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The Inspector Cluzo - We the people of the soil Enquête en territoire musical

À peine les forces de l'ordre sillonnaient-elles le quartier et alors que le rapport du médecin légiste était loin d'être établi, la rumeur enflait déjà, via quelques fuites dans la presse. Les nouvelles vont vite depuis l'avènement de tous ces gadgets électroniques auprès du grand public. Il semblerait que la personne décédée -trouvée ce matin par un groupe de promeneurs- à proximité du Pavillon Rouge situé dans le parc de la Zone Libre, à l'intersection de l'avenue de Verdun et de l'allée Santa Cruz, ne le soit pas suite à un suicide. Si tel n'est pas le cas, répondant à une logique de réflexion binaire, il ne reste plus que la piste du meurtre. La mort accidentelle apparaissant vraiment improbable étant données les circonstances. Et ça, l'Inspecteur Cluzo allait devoir le démontrer...

Effectivement, si la superstar du rock avait déjà fait parler d'elle par des accoutrements et des attitudes provocantes, si elle avait déjà fait part de ses états d'âmes lors de plusieurs interviews -elle aurait voulu être mannequin ou vedette du porn, en tout cas, un rôle qui assure d'être en première ligne-, il y avait un détail qui intriguait le responsable de l'enquête : outre l'absence de lettre ou de communiqué motivant l'éventuel passage à l'acte -certes, on dirait que la victime soit passée de vie à trépas suite à une forte absorption de multiples substances illicites-, outre le fait que le mort ne présente a priori aucune blessure ni trace de lutte ou de combat, c'est la présence de ce monosourcil, outrageusement factice et mal appliqué, qui interpelle. Comme s'il s'agissait de la marque d'une tierce personne ou tout du moins que quelqu'un s'est trouvé à proximité du corps et n'aurait pas dû y être.

Sans attendre la levée du corps et la classique première visite à la morgue dans les heures qui suivent, l'Inspecteur, n'écoutant que son sixième sens, se dit qu'effectuer des recherches pour savoir si une telle agglomération de poils avait déjà été placée, de la sorte, sur le visage d'un macchabée, ou toute autre partie de l'enveloppe charnelle, serait une bonne chose. Et pour y parvenir, qui mieux que son assistant(e) androgyne de toujours : Justin(e). Une mémoire infaillible, toujours alerte et souriant(e), mais aussi un agenda rempli de relations parmi les différents services de renseignement et de police. D'autant plus qu'arrivé début novembre, le crime ferait bien d'être élucidé avant la fin de l'année. De nouvelles coupes budgétaires dans les moyens humains sont prévues dès le début de l'an prochain. L'attribution de crédits massifs aux divers attirails technologiques (outils de surveillance, drones plus ou moins autonomes, armements sans cesse renouvelés, fichages électroniques) parviennent à faire penser à l'Inspecteur Cluzo -35 ans de bons et loyaux services, toujours disponible auprès des autorités politiques de quelque bord qu'elles soient et, cela va sans dire, pas le genre à compter ses heures- que, définitivement, cette course en avant nous amène vers la fin de la société telle que nous la connaissons. En peu de mots, les jours sont comptés pour faire d'un assassin actuellement en cavale un taulard, à moins qu'il ne soit déjà derrière les barreaux.

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Zone Libre - PolyUrbaine C'est justement par ce biais-là que Cluzo demande à Justin(e) (qui se permet des aventures autant en compagnie de Mary Slut que de Nicolas Dick) d'investiguer : se rapprocher des affaires passées ainsi que de l'administration pénitentiaire. Pendant ce temps, Cluzo -fidèle à ses méthodes parfois qualifiées de « vestiges du passé »- mènera lui-même les interrogatoires. À commencer par les promeneurs ayant trouvé la dépouille du malheureux. Ceci avant de s'intéresser aux musiciens désormais sans leader ainsi qu'aux membres du groupe ayant assuré la première partie : Passion Armée, ça ne s'invente pas. Puis, enfin, de passer au crible les équipes de techniciens et d'organisateurs de la soirée.
Comme il le supposait, le trio se baladant à l'aurore -La Canaille, La Plume et L'Oiseau Mort- n'avait rien de substantiel à raconter si ce n'est qu'ils avaient quitté La Bande à Kaader (les inséparables Junior Cony, La Calcine, La Twal, Le Noyau Dur et Le Singe Blanc, à l'esprit du clan fortement soudé) après une nuit blanche à l'autre bout de la ville et, vers 6h30, découvraient le corps inanimé du chanteur, déjà mort. Il ne leur restait plus qu'à prévenir les secours qui débarquèrent avec les premiers policiers. Le trio habitant dans le même quartier de Kobayes (rebaptisé ainsi depuis que celui de Klone ait été brièvement rénové par une nouvelle municipalité) avait préféré passer par le Parc de la Zone Libre plutôt que d'effectuer un grand détour par le boulevard du dernier rempart. Suite à ses déclarations, le trio fut vite libéré.
Si, à première vue, ce serait étonnant que ce soit un musicien qui soit le responsable de la disparition de la vedette, l'inspecteur n'exclut pourtant pas cette piste. Dans toute vie semi-collective, des tensions peuvent apparaître, pour quelque motif que ce soit. Certains, motivés par le profit ou la jalousie ou n'importe quel autre vil sentiment, seraient prêts à commettre l'irréparable... Les acolytes du défunt vivaient tous un véritable trauma avec la perte de celui qui les accompagnait depuis tant d'années. Et ils avaient tous un alibi en béton : après les concerts des deux groupes, ils ont partagé une partie de la nuit dans les loges. Tous ? Non, bien sûr. Celui qui allait finir dans les fourrés, à moitié dénudé, cet élément de postiche sur le front, et emporté par on ne sait quel produit avait quitté les locaux dans les minutes qui ont suivi la prestation. « Une vieille habitude, qu'il avait lui-même dénommé « Les 2 minutes de la haine » où il finissait d'exulter backstage, parfois à plusieurs dizaines de mètres de la scène » selon un membre de Passion Armée qui, nerveux, semblait bien en connaître assez au sujet de celui qui est désormais passé à la postérité. Sa situation s'aggrava lorsque l'enquêteur apprit qu'il avait quitté les lieux avant les autres musiciens.
« Je devais absolument rejoindre mon autre groupe pour une répétition ».
« Une répétition au milieu de la nuit ???? C'est pas banal ! » demanda, interloqué, l'inspecteur.
« Oui, mon batteur a des horaires particuliers de travail et on ne peut que se voir la nuit, soir de concert ou pas. Et là, il fallait absolument qu'on répète une dernière fois car on enregistre notre maxi dans 10 jours. C'est ça la vie d'artiste ! ».
« Et vous n'avez rien vu d'anormal, en partant ? »
« Non, c'est vrai qu'il pouvait y avoir quelqu'un de manquant mais dans la précipitation, je n'ai pas fait attention. »
Les propos semblant crédibles, couplés à l'ambiance plombée de ces entretiens, l'inspecteur consigna, à l'aide de son fidèle crayon, de vérifier les allégations de ce musicien. Néanmoins avant de le laisser filer, il indiqua à Sergent Garcia de le surveiller de près. Les autres musiciens sont libérés dans la foulée, aucun n'ayant un profil de grand prédateur.

Justin(e) - Treillères über alles L'heure tourne, c'est le début d'après-midi et Cluzo aimerait que son estomac sonne moins creux, en plus de prendre l'air. Le staff technique, enfermé dans les loges depuis des heures -la plupart ont dormi sur place, les autres sont revenus d'eux-même à l'annonce de la funeste nouvelle-, commence à s'impatienter. L'inspecteur leur passe commande de pizzas mais leur interdit de quitter le Pavillon Rouge. Les militaires présents les empêcheraient, de toute façon. Cluzo s'éclipse donc pour rejoindre le premier fast-food qu'il trouve, dénommé de façon pour le moins sarcastique « Le Massacre du Client de 15h00 ». Il n'est que 14h20, ouf.

Malgré les résultats de son dernier doppler (au moins une membrane présentait des signes de détérioration majeure), Cluzo ne peut s'empêcher de se nourrir d'aliments graisseux, sucrés et adipeux. Après avoir foulé l'entrée de l'établissement, il commande une formule qui lui sera rapidement livrée. En s'installant à une table, il remarque le revêtement au sol qui imite la présence de parpaings et la tapisserie murale celle de pavés. « Il doit y avoir une sérieuse maldonne » se dit-il mais sans pour autant chercher à en savoir plus. L'endroit n'incite à pas à finir debout sur le zinc. Alternativement, il croque dans son sandwich de chevreuil dont des morceaux de carne dépassent -à la saveur de pneu à peine dissimulée par quelques exhausteurs de goût- et picore dans sa barquette de frites de quoi se substanter. Coté boisson, Cluzo est un indéfectible consommateur de Tang. Il choisit toujours la saveur orange, questions de fidélité et d'ancienneté. Et l'échoppe où il a mis les pieds en propose, fort heureusement.

Après le premier repas succédant une nouvelle enquête, l'inspecteur effectue son petit rituel - on ne se refait pas après tant d'années dans le métier. À savoir sortir le petit magnéto qu'il a toujours dans sa poche intérieure gauche, tel un gri-gri, et le coller à son oreille afin d'écouter les consignes -presque des mots d'ordre- enregistrées auprès de Monsieur Toc (aucun élève n'a jamais su si il s'agissait de son vrai nom ou d'une couverture), enseignant émérite à la Haute École de Police, il y a près de 40 ans de cela. Une fois le simulacre de prière effectué, Cluzo range minutieusement l'appareil. Il règle la note en laissant un généreux pourboire et rejoint d'un pas pressé le parc.

amanda woodward : la decadence de la decadence Avant de retourner dans la salle de spectacle, l'enquêteur effectue un détour par la scène de crime. Si le corps a été enlevé par les services du légiste pour rejoindre le 10 Rue d'la Madeleine, un élément vient frapper la vue de Cluzo : le buisson fait de bois noirs passe pour être intact. Aucun corps étranger n'a pu le traverser verticalement ces dernières heures, la perfection de ses branchages et les nombreuses toiles d'araignées attestent de sa virginité. La piste criminelle se précise donc.

Le restant de la journée est consacré à interroger seul-à-seul et collectivement les roadies, techniciens, bénévoles, permanents de la salle et agents de sécurité. Voyant les gabarits de certains d'entre-eux, Cluzo leur met un peu plus la pression lors des interrogatoires, les soupçonnant d'avoir tenté de glisser le corps du malheureux sous le buisson. Mais à chaque fois, la présence ou l'absence de l'un ou l'autre est confirmée, les témoignages s'entrecroisent. Pour finir par exonérer de tout soupçon la totalité des équipes. Le chanteur paraît avoir quitté la salle à l'issue du concert, s'être évaporé dans la foulée sans que personne ne s'inquiète et être découverte au petit matin en voyage vers l'au-delà. L'argument qu'il ait une loge à lui seul et qu'elle soit accessible à la fois de l'intérieur (depuis un couloir) et de l'extérieur (depuis la cour) justifie que personne ne pouvait contrôler en permanence ses allées-et-venue. D'autant plus qu'il était adepte de ces escapades nocturnes selon les dires de l'ensemble de ses proches. Après une quinzaine d'heures d'activité sans discontinuer, laminé comme si il avait fait les trois huit, éreinté de naviguer en eaux troubles, Cluzo renvoie tout le monde chez soi -non sans avoir noté les coordonnées de chacun- et se dit que demain est un autre jour. Tout en ayant une lueur d'espoir en provenance de Justin(e).

Les journées suivantes se succèdent et se ressemblent à s'y méprendre : rien. Les filatures du mec de Passion Armée ne font que remplir des microfilms de photographies insignifiantes. Justin(e) est injoignable, chose souvent normale durant les premières 48 heures mais qui devient inquiétante lorsqu'on aborde le quatrième jour. Et durant ce laps de temps mort, la rubrique « Faits divers » de la presse quotidienne est en passe d'avoir cannibalisé le reste des autres rubriques. Sale temps pour l'inspecteur Cluzo qui ne peut plus compter sur Amanda Woodward ou Ed Mudshi pour filer des pistons. La première est partie faire du théâtre avec Les Louise Mitchels à l'autre bout de l'Europe et le second s'est accroché à une poutre il y a quelques années déjà - il était souvent très chafouin. Quant à l'Etrangleuse. si il n'y avait pas eu ce foutu pylône... C'est vrai qu'à l'époque, on les appelait la bande des 4. Mais c'est fini ce temps-là. Et la relève n'est pas à la hauteur.

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Aussitôt Mort - Montuenga + 6 Songs C'est au petit matin du cinquième jour après la macabre découverte que le médecin légiste, cet imperturbable Jean-Paul Trash, envoya des signaux à l'inspecteur Cluzo. Le médecin avait les résultats depuis deux jours mais débordé par d'autres affaires -notamment celle de la colonie de morses ayant fait manquer son atterrissage à un avion de tourisme sur le tarmac voisin- et ayant refait faire les analyses : la pâte ayant servi à coller le monosourcil sur la victime était un amalgame de goudron et de paraffine. Cela commençait à dire quelque-chose à l'officier de police et dans les instants qui suivirent, Justin(e) débarquait au bureau avec une sélection d'affaires -résolues ou non- de ces 30 dernières années. Justin(e) se souvenant précisément de l'Armée des 12, groupuscule dont on ignorait combien ils étaient réellement, qui commettait des délits toujours assortis d'une pointe humoristique. Le crime actuellement commis pourrait être l'oeuvre de l'un d'eux, mis à part que lors de leurs forfaits antérieurs, ils n'ont jamais tué quiconque. Mais ce mélange goudron/paraffine était pourtant leur marque de fabrique. Cluzo est tiraillé entre interroger à nouveau le musicien de Passion Armée et investiguer sur l'Armée des 12 mais lorsque le contenu du second rapport de la journée en provenance du 10 Rue d'la Madeleine arriva, il paru indiquer de nouveaux éclaircissements : le chanteur est mort d'avoir ingéré plusieurs capsules d'un mélange fort peu usuel : codéine, morphine et, élément aussi étrange qu'explosif, C4. On est bien loin d'un inoffensif placebo.

Le sang de Justin(e) et Cluzo ne fit qu'un tour et, tout en se demandant comment ils n'y avaient pas pensé plus tôt, semblent employer leur dernière cartouche et se mirent en rapport avec LA référence en matière de suivi des prisonniers, Monsieur Z -fort d'une incontestable aura-, puisque passer par les services de la pénitentiaire serait sans doute trop long. Celui-ci affirma que le potentiel coupable avait fini de purger sa peine depuis près de 2 ans et qu'il était désormais libre. Durant ses longues années de détention, il ne lui a pas été difficile de se renseigner sur les modus operandi de l'Armée des 12 et il n'est pas impossible qu'il ait voulu les imiter.

L'Homme Puma : On remplace les yeux cassés Cluzo, suivi par la fraction la plus endurcie du poste de police où il siège, se rendit immédiatement au domicile du coupable présumé. Avec sa taille -près de 2 mètres- et sa carrure impressionnante, le supposé criminel est facilement repérable depuis l'extérieur de la maison, une résidence pavillonnaire de plein-pied. Son observation à l'aide de jumelles le montre visiblement seul et, a priori, souffrir d'un torticoli -avantage à prendre en compte. Cluzo décide d'aller à sa rencontre alors qu'une quinzaine de subalternes se répartissent autour du bâtiment pour intercepter, si nécessaire, l'ennemi public.

L'inspecteur, avance doucement en direction de la maison dont la porte d'entrée, qui s'ouvre facilement, supporte une ancre factice. Tous ses sens aux aguets, Cluzo remarque rapidement un bruit d'eau s'écoulant en abondance. Redoutant qu'il s'agisse d'un piège, Cluzo préfère auparavant explorer les différentes pièces de la maison. Évoluant à pas feutrés à travers la cuisine -impeccablement rangée-, le salon -où un massicot paraît avoir été utilisé il y a peu- avant d'explorer les deux chambres -sur le lit de la seconde, des habits en vrac parmi lesquels un passe montagne intrigue Cluzo-, l'inspecteur est frappé par le calme du lieu. Se rapprochant de la salle de bain, Cluzo colla sa main gauche sur son holster pendant qu'il actionna la poignée de la porte avec l'autre. Simultanément, un filet d'eau commença à tracer son sillon sur le carrelage. Une fois la porte pleinement ouverte, les deux hommes se trouvèrent face à face, à quelques mètres d'intervalle. L'individu, debout dans la baignoire débordante d'eau, s'écria : « Non, je ne veux pas retourner en prison ! » et, en un éclair, porta à sa bouche une poignée de gélules, en ingurgita plusieurs et se laissa couler au fond du réceptacle en fonte. Cluzo, médusé, se précipita sur le suicidaire pour essayer de le sortir d'affaire... mais en vain. Malgré la tentative de l'homme de loi, le malotru est aussitôt mort. « Mort mort mort ! » répéta plusieurs fois Cluzo, comme s'il avait été mis en échec.

Il ne reste plus qu'à attendre l'autopsie du personnage et les conclusions de l'enquête mais il paraît évident qu'en agissant ainsi, le responsable du préjudice de samedi dernier soit bien l'homme-puma.

Biographie > Serge, Marc et Cyril zonent libres...

Zone Libre est un projet rock regroupant en son sein le guitariste de Noir Désir, Serge Tessot-Gay, accompagné du guitariste-improvisateur Marc Sens, qui a collaboré avec des artistes tels que Yann Tiersen ou Rodolphe Burger, et du batteur Cyril Bilbeaud de Versari et ex-Sloy. Ces trois entités aux univers singuliers délivrent un premier jet en 2007 intitulé Faites vibrer la chair où les guitares à la fois noisy et atmosphériques s'expriment librement. En 2008, le trio contacte Hamé de La Rumeur et Casey du collectif rap Anfalsh pour l'élaboration d'un album à à la croisée du rock et du rap. Le fruit de cette rencontre se solde début 2009 par un album de 9 titres, L'angle mort. Alors que le groupe est en pleine tournée pour promouvoir le disque, Hamé file étudier le cinéma aux Etats-Unis et laisse sa place à B.James (du même collectif Anfalsh). Ce dernier participe donc à la suite discographique de cette confrontation entre d'un côté le groupe rock et le duo de rappeurs de l'autre. Ainsi naît en 2011, Les contes du chaos, troisième album enragé enregistré dans des conditions live pour une authenticité incontestable.

Interview : Zone Libre, En Zone mixte Polyurbaine (novembre 2015)

Zone Libre / Chronique LP > PolyUrbaine

Zone Libre - PolyUrbaine Fondé en 2006, Zone Libre est un collectif free-rock agrémenté d'une bonne dose de rap. Outre les fondateurs Serge Teyssot-Gay (Noir Désir, Interzone) et le batteur Cyril Bilbeaud (Sloy), les acteurs du projet changent au fil du temps. Dans les premiers albums, il faut noter la participation du guitariste improvisateur Marc Sens et des rappeurs Casey, B.James et Hamé (La Rumeur).

Sorti au mois d'octobre, PolyUrbaine s'ouvre à de nouveaux horizons. Ce virage se fait avec l'intervention de Marc Nammour (La Canaille) et de l'Américain Mike Ladd. S'exprimer en deux langues aurait pu être un frein, une difficulté. Il n'en est rien car les deux rappeurs se complètent et s'enrichissent. L'un et l'autre font jaillir une poésie dans un flow rythmé. Tout est là, des mères - dans « La montagne » - au monde ouvrier - dans « Ici du bout de la chaîne »- en passant par une réflexion sur le temps qui passe lourdement avec « Garde-fou ». Les sujets traités sont en adéquation avec la dureté du milieu urbain périphérique. Pour autant, la noirceur présente dans Les contes du chaos (2011) est digérée et fait partie du passé. Ici les textes et la musique mettent en lumière une peinture abrupte mais juste de la banlieue.

Pour illustrer la mixité présente dans les milieux urbains la section guitare-batterie sort des grands sentiers battus par un rock classique pour intégrer des rythmes venus d'Orient et d'Afrique. Fuyant les normes occidentales du binaire, ils s'aventurent dans des rythmes impairs qui nous invitent au voyage.

En opposition avec le marché des majors, ce quatrième album est édité par le label indépendant Intervalle Triton fondé par Sergio himself. Les luttes et les engagements - qu'ils soient politiques, économiques et culturelles - sont portés et assumés sur tous les fronts. PolyUrbaine ressemble à un espace d'expression mixte et utopique, un endroit où l'énergie est positive et où les peuples sont égaux en droits.

Zone Libre / Chronique LP > Mag #21

couv Mag 21 couv Mag 21 Même si on a fait de belles découvertes, assisté à de bons concerts et écouté de bons albums, l'année 2015 aura été bien merdique. On pense à ceux dont on aimait la musique mais qu'on ne connaissait pas personnellement mais aussi à ceux qui aimaient la musique...
Le mag (rédigé fin 2015) propose un bel espoir en une : Zone Libre ! En plus de l'interview de Sergio (aussi ex-Noir Désir ...) , tu pourras lire celles de General Lee, Vesperine, Boneyard Moan, The Prestige, The Arrs, de Patrick Giordano (Manu) et de Julien (chargé de promo)... Des articles sur Chelsea Wolfe, Saint Asonia, The View Electrical, The Sword, Jeanne Added, Arman Méliès, Livhzuena, Clutch, Mass Hysteria, Ghost, Shiko Shiko... et bien d'autres.

[fr] Mag #21 (195 hits)External ]

Zone Libre / Chronique LP > Les contes du chaos

Zone Libre VS Casey & B.James - Les contes du chaos Avec un titre d'album aussi explicite, difficile de ne pas s'attendre à quelque chose de sombre, de crasseux et de violent. C'est en tout cas l'univers dans lequel s'est dirigé le trio de Zone Libre qui reprend les armes tout juste deux ans après L'angle mort avec son arsenal doté de douze cordes, de futs solides et de plumes acides. Cette œuvre ambivalente mais néanmoins originale nous démontrait qu'il était encore possible de nos jours de mettre le son du rock au service de textes rappés sans tomber dans le réchauffé. Pour ce nouvel album, la bande de Serge Tessot-Gay (Noir Désir) remet donc en selle la configuration "groupe de rock VS duo de rappeurs" mais sans Hamé (La Rumeur) cette fois-ci, trop occupé par ses études pour poursuivre l'aventure. B.James, qui a terminé la tournée précédente, prend donc les commandes vocales en compagnie de la seule représentante féminine du projet : Casey. Cette dernière n'est d'ailleurs pas là pour jouer le rôle de la "pouf" de service délivrant des chœurs mielleux qui font bien dans les refrains, son organe sonnant, à l'instar de Keny Arkana, comme celui d'un mâle hargneux. Voilà donc pour le casting qui s'est plutôt bien trouvé. Pour ce qui est du contenu, Les contes du chaos sont une succession de plages musicales corrosives ou chaque mot, verbes et phrases défonce un peu plus les non-dits, un peu comme si Chuck D se tapait une session avec les mecs de Rage Against The Machine ou autres formations portées sur l'élaboration de compositions brutes de décoffrage. C'est dans une fusion rock-noise criante et baveuse ou "free-rock" - comme ils aiment se qualifier - que Zone Libre s'expriment. Les guitares crachent des décibels à travers des fréquences variables où les riffs racés et classieux (mais classiques) croisent les notes perçantes traduites comme un appel au désespoir. Enregistré dans des conditions purement live, ce nouvel album nous offre l'authenticité d'un monde bien morose dans lequel sévissent deux entités underground (donc libres). Le ton est donné, comme celui de sa pochette, il sera noir.