Young Harts Vous avez quoi de "young" à part le nom, parce que les quatre gars qui composent le groupe ne sont pas spécialement des jeunes premiers, non ?
Tu as raison, on est loin de la première jeunesse mais ça nous empêche pas de bien se donner comme à 20 ans, et en partie grâce à ce projet ! Je me rappelle d'une chronique où le mec parlait de nous comme de " la nouvelle génération", ça nous a bien fait marrer ! En réalité on n'a pas vraiment réfléchi au sens de ce nom de groupe, on galérait tellement à trouver un nom qu'on a fini par faire deux listes de mots et voter chacun pour un mot, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que deux, Young Harts.

Vous avez fait vos armes où avant de vous retrouver dans une salle de répète ? Tout le monde a plus ou moins le même background ?
Tout le monde vient d'un milieu un peu différent en fait. Yohan, le batteur, a longtemps eu un groupe de surf s'appelant Araban et joue dans The Kokomo's qui fait du rockabilly, Nico, à la basse, joue actuellement dans un groupe de métal à l'ancienne Teeth to the Flesh et un groupe de cold wave, Chris est le chanteur lead du groupe The Elderberries, qui donne plus dans le rock 70's et stoner et je jouais dans un groupe de punk'n'roll qui s'appelait Stetson et un autre de post-hardcore se nommant Like Wires.

Qui est à l'initiative du groupe ? Vous saviez d'emblée vers quel style de musique vous vouliez vous orienter ?
Je suis à l'initiative du groupe, je voulais rassembler des musiciens qui viennent de milieux différents sur un même projet et voir ce que cela donne. On ne savait pas du tout à quoi cela allait ressembler. J'ai apporté les premières compos et on a commencé à jouer ensemble autour de cela et tout s'est articulé naturellement. On n'a pas forcément beaucoup d'influences communes, ni un groupe qui nous met tous d'accord. Je pense que c'est ce qui fait notre force.

Truth fades, sorti fin 2019 est la suite logique de l'EP sorti deux ans avant, si ce n'est qu'on retrouve bien plus de logos de labels derrière. J'imagine que ça fait plaisir de voir du monde qui vous soutient, même si c'est aussi une sorte de choix par défaut et par manque de structure, capable de produire et distribuer seule ce genre de musique indé. Tu partages ce constat ?
Pour la sortie de l'album, on n'a pas réfléchi trop longtemps à ce que l'on voulait faire pour le sortir. Joe Cool Records de Lyon, Asso Page Blanche de Clermont et Pencil Records de Marseille qui nous avaient aidés à sortir l'EP étaient chauds pour continuer l'aventure sur le LP. Je me suis alors mis en quête de nouveaux labels pour compléter la liste et arriver à en avoir assez pour pouvoir presser 500 disques. J'ai mailé l'album à différents labels que j'appréciais et que j'avais ciblés, en expliquant la démarche. Chacun pouvait participer à sa hauteur, il n'y avait pas d'obligations ou de conditions financières etc. Les retours ont été ultra positifs et on s'est retrouvé avec 13 super labels pour nous aider à sortir le vinyle. Effectivement ça fait plaisir de se sentir si bien entouré, surtout que l'on reste dans une démarche DIY. Cela favorise les rapports humains et grâce à cela, on a pu rencontrer des personnes incroyables. Il existe bien sûr des structures capables de sortir un album à elles seules, mais elles sont effectivement rares dans le style de musique que nous faisons. La démarche n'est pas la même que pour les petits labels qui tournent à la passion et le côté commercial peut parfois prendre le dessus. En restant sur des petites structures, tu peux faire ce que tu veux en termes d'art ou même de promo, garder la main sur ce que tu fais est plus important que tout le reste.

Dans le même ordre d'idée, il y a en 2020 de plus en plus de groupes mais de moins en moins de médias qui traitent de cette musique. Comment on réussit à faire parler de soi et sortir hors des murs de sa ville ?
Alors effectivement, on a pas mal de discussions avec des groupes de potes sur la difficulté de sortir de Clermont, trouver des dates ailleurs etc. Déjà je pense qu'il faut connaître un peu de monde, c'est certain. Avec Yohan, on traîne dans cette culture depuis 15 ans ou plus, on a organisé un paquet de concerts, joué dans pas mal de lieux et rencontré pas mal de personnes, qui sont devenues ensuite nos copains. Puis il a suffi d'activer ce réseau quand on en a eu besoin, une fois qu'on estimait le projet assez travaillé pour jouer. Il y a aussi un peu de chance je pense, les bonnes personnes au bon moment.

Young Harts - Truth fades A ce propos c'est comment Clermont-Ferrand en termes de lieux, bars, disquaires etc. ? Si je ne m'abuse, elle était surnommée Motor City Rock et c'est là où a débuté feu le magazine Rock Sound mais à l'heure actuelle, à part vous, Sofy Major et One Burning Match, je ne saurais citer d'autres noms de groupes.
Il y a beaucoup de groupes locaux à Clermont, et pas mal de lieux qui changent de temps en temps mais probablement moins d'engouement qu'il y a une dizaine d'années. Le lieu le plus emblématique reste le Raymond Bar, qui tient le pavé depuis très longtemps et propose une très bonne programmation tout le long de l'année grâce aux assos bénévoles qu'on remercie au passage ! Nous avons la chance d'avoir deux disquaires indépendants, Spliff et Rolling Rock. Les deux boutiques sont tenues par des passionnés et participent activement à la diffusion des groupes clermontois et du coin. Spliff Records était d'ailleurs un label influent dans le rock des années 90 et avait sorti, entre autres, un des meilleurs groupes que Clermont ait connu, les Real Cool Killers !

Pour revenir à votre musique, il y a eu des changements entre les deux disques dans la manière de composer, enregistrer ? Vous avez fait appel à la même équipe ?
Dans la manière de composer, on est resté sur la même logique. Yohan et moi-même emmenons des riffs ou des compos complètes en répète, et on jam dessus avec Nico jusqu'à trouver quelque chose de satisfaisant. Ensuite Chris travaille son chant et ses paroles sur la base que nous avons créée, base qui peut changer au besoin des lignes de chant. L'EP a été enregistré live sur la scène d'une salle de concert municipale, qui se situe à côté de Clermont-Ferrand, Le Tremplin-Beaumont, avec notre pote Pascal Mondaz aux manettes. On l'a enregistré vite, dans l'urgence pour garder ce côté spontané et pouvoir proposer quelque chose à écouter très rapidement mais aussi un peu parce qu'on manquait de moyens. Pour le LP, nous sommes allés au Magic Studio à St-Peray. J'ai connu Nico, l'ingé son et propriétaire du Magic Studio, il y a un petit moment, j'avais accompagné les potes de Sport enregistrer leur premier album là-bas et j'avais trouvé le studio et l'ingé très sympa et pro. Les tarifs étant aussi très attractifs, on a décidé d'aller passer quelques jours, à savoir 3 jours prises de son et 2 jours de mix, là-bas pour enregistrer l'album. On a eu pas mal de soucis lors de l'enregistrement genre le pied de caisse claire oublié à Clermont, l'ampli guitare qui n'a pas fonctionné, buzz incontrôlables... mais au final on a un rendu très naturel et brut, ce que nous recherchions. Pour le mastering, nous avons eu raison de faire confiance à Thibault Chaumont de Deviant Lab, il était très à l'écoute, s'est investi dans le projet et a fourni un super boulot !

Sans être foncièrement originaux, je trouve que vous avez un petit truc en plus, notamment le grain de voix de Chris avec son côté crooner. J'ai même un pote, que je ne nommerai pas, qui parle de Joe Cocker du punk rock.
Chris est avant tout un passionné de hard rock, stoner, classic rock, etc. Sa voix est hyper mise en valeur dans ce sens avec son groupe The Elderberries. On pensait que ça le sortirait de sa zone de confort de chanter dans un groupe comme le nôtre et à notre grande surprise, pas du tout. Il a juste fait comme il a toujours fait et ça colle bien,et apporte ce côté dont tu parles, même si les gens le comparent plus souvent à Chris Cornell, mais je vois ce que tu veux dire pour Joe Cocker et sans vilaine blague sur les roux (rires).

Pour rester dans les 70's, c'est l'esprit de joyeuse nostalgie mélancolique, tout un programme, qui se dégage du morceau et clip, "Rearranged". Au début je croyais que c'était un hommage à Valéry Giscard d'Estaing et Vulcania mais que nenni. Tu peux m'en dire plus ?
C'est avant tout un hommage à la série Notre Belle Famille et aux autres séries du début des années 90, qui nous rappellent nos enfances respectives et aussi une manière de mettre à nouveau en valeur notre région, comme sur la pochette de l'album, grâce au Parc Fenestre, situé dans le massif du Sancy. Mais également pour l'expérience et passer une journée cool avec nos amis, un truc simple.

J'imagine que le futur maintenant c'est de défendre les morceaux et l'album sur scène. Il y a une date à Paris le 29 février, vous pensez finir comme votre dernier passage à la capitale ? Le retour n'avait pas été trop rude ?
On va finir l'année 2020 à défendre notre album sur scène, peut-être avec moins de disponibilités car la vie privé de certains membres du groupe est pas mal chamboulée, pour le bien, et 2021 est assez flou pour l'instant, alors on se tiendra au jus pour la suite ! Ouais, on est très content de partager la scène du Supersonic le 29 avec Mercury Hill, Lame Shot et Maladroit. En plus c'est gratos ! C'est toujours une belle aventure de monter à la capitale pour les bougnats, on en profite pour visiter la ville. Pour l'instant on ne sait pas où l'on dort, alors on va peut-être se remettre à chercher un coin où passer la nuit, comme l'autre fois !

Un truc pour à rajouter pour conclure, dont j'aurais éhontément omis de parler ?
Oui, tu ne m'as pas demandé mon top 3 des meilleurs fromages donc le voici :
1. St-Nectaire fermier
2. Bleu de Laqueuille dit Bleu de la Mémée
3. Salers entre-deux