young cardinals - sunset chaser Découverts avec le très bel EP Lights | Burns | Despair, les Young Cardinals partent à la chasse au coucher de soleil avec un premier album à la fois sombre et poétique, doucereux et électrique, soyeux et habité. La production de Fabrice Boy ayant déjà fait quelques merveilles (Stereotypical Working Class, Lodz, Vesperine...), le mastering de Magnus Lindberg était un des étalons du genre (le membre de Cult Of Luna est un spécialiste du clair obscur ayant bossé entre autres pour Tang, A Swarm Of The Sun, As We Draw, Erlen Meyer...), tu peux imaginer aisément la qualité du son de cet opus édité par Send the Wood Music.

Les Lyonnais (déjà croisés chez Jaïl, Bul, Tanguero...) ont une grosse expérience de l'enregistrement mais également de la composition, en témoignent des architectures assez complexes et éloignées du sempiternel "couplet/refrain/couplet/pont/refrain". S'ils s'affranchissent de la base de la structure du rock, les Young Cardinals conservent un son léché de guitare qui n'est finalement que rarement assez lourd ("Dried shores", "Bedtime") même si la distorsion prédomine largement. Même les mélodies vocales ne sont jamais vraiment limpides gardant toujours un poil d'agressivité, restant du même coup à bonne distance du "rock californien" que le groupe apprécie (Incubus, Everclear... ?) mais ne copie pas, étant à des kilomètres de titres radiophoniquement bankables. Au contraire d'une certaine joie de vivre, le combo joue sur le désespoir et sa réaction, plus ou moins violente avec des morceaux qui donnent dans le plaintif ("Jupiter" qu'on ne peut mettre qu'en début ou en toute fin d'album) ou la rage ("The weight of inertness" et ses incantations finales riffs finaux donnant encore plus de poids). Les guitares apportent de la lumière et du mordant ("Blued and broken by strong fingers") ou, en déliant leurs notes, une atmosphère emplie d'une certaine (in)quiétude ("Yellow and black" ou le court instrumental "The dawn"). Parfaite image des capacités de Young Cardinals, l'ultime "Strange days" qui attaque tout en puissance avant de calmer le jeu et de totalement s'abandonner aux musiciens pour lorgner vers une éclaircie post rock.

Longtemps isolés dans le registre du rock à guitares aiguisées avec une voix douce et un sens assez punchy de la mélodie, les Stereotypical Working Class trouvent dans leurs concitoyens un camarade pour des soirées ensoleillées. Ce genre de soirées où la beauté du soleil couchant atténue les souffrances de la journée sans savoir si la nuit ne sera pas plus difficile encore.