yard of blondes - feed the moon La Terre étant d'ores et déjà considérée comme foutue, il faut un plan B. Ce à quoi tente de s'atteler Yard Of Blondes, en proposant de nourrir la Lune avec les douze titres qui composent son premier album. Avant d'entamer cette critique culinaire, un petit tour en Dolorean option Guide Michelin s'impose néanmoins.

Parce que le quatuor a beau venir de Los Angeles, on ne me la fait pas à l'envers. Je sais que Vincent, le guitariste/chanteur, a fait ses premières recettes dans les années 2000 en Bourgogne, à base d'emo punk Clumsy (avec un nom pareil, forcément), puis a goûté à l'emo noise post rock Death By The Sin, avant de sortir les casseroles grungy folk Lula Fortune (accompagné d'un gars de Pleymo). Avec un CV pareil, il pouvait postuler dans n'importe quel Relais & Châteaux, ce qu'il a fait en traversant l'Atlantique (et l'Amérique) pour débarquer à L.A. Et là il a pris le temps. Premier EP (2013) en guise de hors d'oeuvre, puis changement de staff (c'est dur le secteur de la restauration, le rythme ne convient pas à tout le monde), restructuration, nouvelle équipe il y a 2-3 ans, en lâchant quelques singles à emporter bien succulents, histoire de nous mettre en appétit, pour qu'on vienne prendre la totale, menu entrée + plat + dessert + digestif quand il serait temps. Et c'est maintenant, le jardin a ouvert le mois dernier.

Bon, les meilleures vannes étant les plus courtes, je vais arrêter là les métaphores gastronomiques. En revanche, question figures de style de l'analogie, on peut faire une comparaison avec le stoner FMisé des Queens Of The Stone Age, ça ne serait pas usurpé. Rien de péjoratif là dedans mais il est impossible de ne pas penser aux reines de l'âge de pierre en écoutant Feed the moon, et toutes les chansons sont bien calibrées pour passer à la radio. Enfin les radios US hein, parce qu'en France... comment dire... no comment ! Alors que certains morceaux le mériteraient, comme "Do you need more ?" qui ouvre l'album, catchy à souhait. Bien sûr qu'on en reveut après ! Ça tombe bien, il y a "Humingbird" ou "Monomoria" dans le même genre et tout aussi efficaces ou encore "Murderology" (titre éponyme du premier EP) et "You and I & I", fonctionnant un peu pareil, grosses distos, fuzz à gogo, avec un côté plus heavy au début et des refrains hyper mélodiques, montrant ainsi l'étendue de la tessiture de voix de Vincent, parfois épaulé par la bassiste Fanny. Et au milieu de tout ça, deux titres, "U drive me crazy" et "1994", qui tirent davantage vers la pop. Enfin façon de parler hein, des Beatles qui auraient écouté Led Zeppelin, avec une préférence pour ma part pour cette belle année de "1994" (au collège je suis passé de l'eurodance au punk rock). Tube en puissance, qui est ressorti direct lors des premières écoutes de Feed the moon, assez formaté et qui fonctionne encore à fond quand j'écris ces lignes.

Malgré cette petite incartade plus légère et sucrée, les amateurs et amatrices de gros son bien gras seront en tout cas servi.es, surtout quand on découvre qu'il y a Billy Graziadei de Biohazard à la production, un mec qui a bossé avec Nine Inch Nails au mix et avec Faith No More au mastering. Avec tout ça, on leur souhaite de ne pas viser que la Lune mais aller vers l'infini et au-delà.