Weezer - Weezer Certains albums sont difficiles à juger tant l'affectif et le contexte d'écoute rentrent en ligne de compte dans la formulation d'un avis global : c'est le cas du premier album éponyme de Weezer qui a été, durant les années 90, la bande-son d'une jeunesse adolescente qui s'abreuvaient au rock estampillé MTV.
Au vu de la pochette de cet album, il est assez aisé d'imaginer ce que sont les Weezer : le genre de types que les filles snobent dans les soirées de campus qu'ils préfèrent d'ailleurs esquiver pour revoir les relectures des aventures de Superman avec Christopher Reeves ou pour s'affronter sur des parties endiablées de Halo III sur la dernière console de jeux vidéos. Bref, des garçons plutôt gentils et inoffensifs. C'est pourtant avec un "My name is Jonas" direct et percutant, presque agressif, qu'ils entament cet album : guitare parfois grassouillette et massive, mélodie qui titille les conduits auditifs, voix "Peter Pan" qui semble ne jamais avoir à subir les affres de la maturité, alternance de passages rock bien enlevés et d'autres beaucoup plus pop dans l'essence, refrains sucrés addictifs qui vous donnent encore (et encore.) envie de plonger le doigt dans cette mixture hautement calorique. Une recette que le groupe de Rivers Cuomo saura appliquer à toutes les sauces avec une certaine constance dans la qualité des compositions qui semblent souvent faire la passerelle entre le passé et le présent d'un groupe très friand de nostalgie : ils n'hésitent ainsi pas à jeter un coup d'œil dans le (rétro)viseur avec un "Buddy Holly" au charme suranné où à rendre un joli hommage ("Surf Wax America") à un groupe mythique qui faisait des chansons sur le surf sans l'avoir jamais pratiqué (Rivers non plus d'ailleurs). Des influences assumées et rendues clairement identifiables par le groupe mais le Blue album, c'est également des morceaux imparables où les Californiens s'emploient à développer cette identité à grand renfort de tubes accrocheurs : "Undone-the Sweater song" et son final dissonant avec un piano démantibulé côtoie également la décontraction passagère de "Say it ain't so" (reprise par les Deftones, un gage de qualité) mais aussi le bouquet final "Only in dreams" de 8 minutes où les Weezer tiennent à faire durer les adieux avec une première partie pop délicate puis une montée d'énergie patiente pour exploser et retomber dans les bras de ce rock "radiophoniquement" correct qu'ils affectionnent tant. Epatant.
On octroie souvent le sobriquet de "bleu" à une personne en apprentissage, pourtant les Weezer font preuve de maturité à l'heure de ce premier album déjà exemplaire. En fait, c'est plutôt du coté du bleu de l'océan et du ciel vers lesquels ce disque lorgne : il a longtemps été la bande-son de l'adolescence, il est désormais devenu la bande-son idéale lorsque les températures daignent à augmenter un peu. Un must en matière power-pop et de rock calibré.