Chamber songs, une piaule très féminine, une héroïne qui ne s'est pas fait défoncée la tronche, les We Hate You Please Die se seraient-ils calmés ? Le groupe et Raphaël ont pris des chemins différents : lui a suivi de l'Isolation, elles et l'autre lui ont poursuivi l'aventure en trio. Devenue seule frontwoman, Chloé assure les textes, le chant et la basse et vient colorer ce nouvel album d'une grosse teinte d'ambiance Riot grrrl, non pas pour la défense d'idées féministes qui caractérisait déjà les Rouennais, mais davantage pour les sonorités qui rappellent la vague de groupes aussi féminin que grunge popularisée, entre autres, par L7 (même si Chloé leur préfère Bikini Kill, plus punk et radical).
Des titres courts avec la disto à donf, de l'engagement et une énergie pure, la formule de base de We Hate You Please Die n'a pas changé, ils ont toujours ce côté un peu foufou, mais c'est moins noise/garage puisque le chant trace un cadre sur lequel nos oreilles restent concentrées. Si on se focalise davantage sur les instruments, on retrouve ces influences supersoniques aux lignes directrices plus claires dans le son mais pas dans l'architecture, ("Automatic mode", "Lust", "Asshole") avec parfois quelques tressaillements math. S'il n'y a plus que la guitare de Joseph, sa saturation occupe bien l'espace et quand il laisse de la place, c'est pour mieux entendre la basse de Chloé ou la batterie de Mathilde pour des breaks bien sentis qui permettent de remettre plein gaz l'instant d'après. Côté rythme, la moyenne est assez élevée, parfois ça bourre encore plus (le plutôt punk "The fool"), parfois ça se calme un peu ("Flesh") et à d'autres moments ça s'efface un peu pour amplifier le fait que la 6 cordes semble tituber avant de régler ses comptes ("Hero"). Oui, parfois ça tire à balles réelles et on capte tout de suite que les gros riffs sont dégainés, il faut se pencher sur les paroles pour voir qui est visé, par exemple tous les connards qui sont capables de dire "tu joues bien pour une fille" ("Asshole") ou les mecs toxiques à qui il faut encore et encore répéter "My body, my choice" ("Control").
Chamber songs n'a pas grand-chose d'une musique de chambre, ou alors pour chambrer les mascu, mais "chambrer" est un peu trop gentil et ça n'aurait pas de sens en anglais. Non, il faut davantage voir cette chambre comme un cocon protecteur, un endroit plutôt douillet et serein où l'on peut décharger les haines accumulées et les transformer en chansons qui ont autant quelque chose à dire et doivent faire bouger autant les corps que les esprits.
Publié dans le Mag #63


