We Hate You Please Die - live by JC We Hate You Please Die - live by JC Vous venez de Rouen, comment vous êtes-vous rencontrés ? En parlant des Dogs ? Plus sérieusement la scène rouennaise recommence à faire parler d'elle avec les MNNQNS notamment, vous vous sentez attachés à votre ville influence-t-elle votre musique d'une façon ou d'une autre ?
Il y a une certaine dynamique en effet à Rouen, mais je pense qu'il y en a dans toutes les villes. Peut-être que Rouen est une ville plus médiatisée ces derniers temps ? On a la salle du 106 ou le Kalif qui dorlotent beaucoup la scène, et ça c'est très chouette ! Mais globalement certains groupes s'entraident et il y a des assos et des orgas extras. Il manque peut-être de lieux de diffusion. Enfin bon on n'est pas chauvins dans l'idée, on préfère dire qu'on vient de Normandie globalement !

Vous sortez votre deuxième album Can't wait to be fine en pleine pandémie. Le titre est lié avec la situation ou avec votre état d'esprit de post adolescence / adulescence ?
C'est vrai que le titre pourrait coller avec la pandémie, apparemment plusieurs personnes l'ont compris ainsi. Pourtant c'est un titre qu'on avait imaginé bien avant. La recherche du fait d'aller bien, une quête du bonheur difficile dans un monde anxiogène. Je ne pense pas qu'il y a vraiment de post-adolescence ou adulescence, ni même d'adultes dans le monde d'aujourd'hui. Car si devenir adulte et grandir, c'est devenir les personnes qui ont fait devenir le monde ainsi, alors le terme adulte est un poil maléfique je trouve. C'est peut-être pour ça qu'on évolue plus beaucoup, car on pense que grandir nous rend plus mature, moi je trouve que ça nous emmène plus sur une répétition des schémas passés et un individualisme profond. A savoir souvent se ranger, ranger ses rêves et ses combats, pour juste prendre le train de la société, et faire à son tour des enfants. Une boucle. Je pense que les jeunes de maintenant sont plus sensibles et matures car ils acceptent les failles du système, mais les subissent malgré tout de plein fouet, ils attendent d'aller bien.

Il y a trois ans vous sortiez sur votre micro-label Kids are lo-fi un album qui porte le titre du label comme si c'était un peu une description du groupe. Il y a une volonté de DIY, de contrôle ou c'est juste parce que les Lo-fi Kids n'avaient pas confiance en eux ?
Kids Are Lo-Fi Records a été créé avant la sortie de notre premier album car on ne trouvait pas de label parce que c'était un milieu encore nouveau pour nous donc on avait peu de contacts. Du coup on s'est dit qu'on allait être notre propre label, on a créé une asso et on lui a donné le nom du premier album avec le mot "records"... on n'avait pas beaucoup d'idées de noms (rires). Finalement, on est contents car le label est devenu un label à part entière sur lequel on sort d'autres groupes ! C'est beaucoup de boulot et de nouvelles choses à intégrer, parfois quelques points de vie perdus, mais c'est passionnant. Le coté DIY il y en a oui, mais on n'est pas jusqu'auboutistes avec ça. Il y a des choses qu'on ne sait vraiment pas faire qui nous ont amené à collaborer avec d'autres gens, ce qui est vachement plus cool car ça permet de faire des rencontres et aussi d'ouvrir son esprit, car le freaks-control parfois ce n'est pas très inclusif.

Le second sort sur les labels Howlin Banana Records, Le Cèpe Records, Ideal Crash, Stomp Records au Canada, Freakout Records aux USA et Buttercup Records en Australie. Comment voyez-vous cette évolution, pas trop de pression ?
On trouvait ça cool d'avoir plein de labels un peu partout dans le monde ! Ça permet de voir un peu comment ça se passe ailleurs, mais aussi de faire des jolies rencontres et de se diffuser davantage ! Chaque label a un peu sa spécificité. Stomp Records au Canada s'occupe de notre distribution numérique, Buttercup en Australie fait une édition limitée du vinyle, Ideal Crash nous a fait des K7 magnifiques à tirage très limitée, Le Cêpe Records et Howlin Banana, nos labels de cœur depuis la réédition nous accompagnent encore pour ce nouvel opus ! On est saucés !

Quand nous écoutons ce nouvel album, nous pensons tout autant à L7, Fluffy, les Pixies époque Doolittle ou par moment à du System Of A Down voire du Maximum the Hormone sur les parties plus criées. Comment décrivez-vous votre style ? Il semble difficile de vous mettre dans une case, de vous coller une étiquette ?
T'as tapé dans le mille avec les références ! Ce sont des groupes que j'aime d'amour ! On aime beaucoup de musique, de la pop au punk thrash, tout comme la folk ou le hip-hop et j'en passe ! On adore les choses hybrides, l'idée étant de proposer quelque chose de sincère et digeste, et surtout qui nous éclate. Ce qui est cool c'est que ça vient assez naturellement et on est grave content quand les gens nous disent que ça leur fait penser à pas mal de choses sans pour autant être identifiable. On distille un peu de tout, c'est aussi une façon inconsciente de rendre hommage à toutes les musiques qu'on aime et qui nous ont sauvé la vie. C'est une sorte de melty-punk je dirais. On ne veut pas trop s'enfermer dans un style.

Pour revenir sur votre nom vous parlez de Scott Pilgrim, pouvez-vous nous expliquer cette référence ? Il semble aussi correspondre à votre sorte de schizophrénie "we hate you" cette haine que vous crachez sur scène (sans parler du "Kill your duddy") et ce "please die", surtout le "please" qui est moins une invective qu'une demande ce qui pourrait plus rejoindre vos caractères diurnes ?
Il y avait une volonté d'avoir un nom percutant, limite provocateur. Une référence pop culture d'un côté avec Scott Pilgrim, et aussi un nom qui serait miroir de la violence du monde. C'est un nom très cathartique finalement, qui fait la synthèse de beaucoup d'émotions. On souhaite la mort de personne, mais il y a quand même des choses qu'on déteste fort, surtout l'injustice. Le monde parfait n'existe pas, on le sait, mais putain un peu de vivre ensemble et de l'égalité ce serait bien. Et puis quand je vois la haine qu'il peut y avoir ne serait-ce que dans les commentaires Twitter et Facebook, je me dis qu'on est "light".

We Hate You Please Die - live by JC We Hate You Please Die - live by JC Question qui rejoint la précédente. Raphaël, vous êtes combien dans ton corps et dans ta tête ? Lors du concert de Cosse, tu étais dans le premier rang à t'excuser de gêner les photographes et dès que tu montes sur scène tu es une personne complètement différente qui occupe toute la scène, invective le public etc.
(Rires), on me pose souvent cette question. Ça étonne souvent les gens car je suis de nature assez timide et réservé, surtout quand je ne connais pas les gens, et sur scène je lâche tout ce que je n'ai jamais pu lâcher. Parfois on me demande même si ce n'est pas du théâtre. En fait, ce sont juste les émotions qui sortent sans filtre, comme si tous mes petits verrous d'anxiété, de colère, de frustration et timidité sautaient un par un. C'est très libérateur et très épuisant en termes d'énergie. La scène c'est vraiment un truc de dingue, et c'est peut-être cliché ce que je vais dire, mais c'est très thérapeutique, surtout sur le style qu'on produit. C'est comme si tout était à vif, les émotions s'entremêlent, je veux que chaque concert soit unique et honnête, comme si c'était le premier et dernier concert en même temps. Avec ces moments de rage et de tension, mais aussi de fun comme de tendresse.

Vous parlez de vous en ces termes "enfants de mauvaise qualité bercés à la méritocratie qui ne se sentent jamais bien dans leur peau, parce qu'ils ont toujours l'impression qu'il faut faire mieux". C'est pour éviter l'autosatisfaction ou c'est révélateur d'un mal être ?
Le mal être est le fruit de la pression qu'on nous impose dans cette vie. C'est super dur de s'aimer et d'aimer le monde dans lequel on évolue. On n'est pas tous équipés de la même façon. On attend de nous d'être productif, et on nous demande d'appliquer un schéma de vie qui est actuellement en train d'arriver à son dernier souffle. Il suffit de voir le rapport du GIEC sur le climat et les tensions géopolitiques. On est de plus en plus alors qu'on sature sur les ressources. La maison brûle clairement. Ça fait une génération malheureuse, qui se sent impuissante et incomprise. La course au mérite est clivante et insensibilise les gens. L'individualisme créé d'énormes frustrations et d'egos boursouflés, et aussi des gens cassés, oubliés, souvent sous médication pour pouvoir respirer un peu. Il y a vraiment des jours où je perds un peu espoir, j'ai la rage, je n'ai jamais demandé à naître.

Plutôt que de parler de la mixité du groupe, il y a ce commentaire d'un musicien qui vous aime sur vos différents caractères qui feraient presque de vous des personnages de dessins animés sur scène. Raphael tu as tout de suite pensé à Scooby Doo. Pourquoi cela ? Vous avez une "Mystery Machine" pour les tournées ?
C'est rigolo comme comparaison le truc des dessins animés. C'est vrai que ça fait un peu "manga" car on a des personnalités assez différentes, ce qui fait des moments magnifiques, comme de tensions ! C'est enrichissant d'apprendre à vivre avec les différences de chacun, que ce soit pour nous ou pour le projet qu'on a commun. C'est marrant de se dire qu'on a 13 ans de différence avec Mathilde (batterie). Je suis vraiment heureux de ces amitiés, et de savoir qu'on est uni dans l'envie de lâcher du gros son et d'envoyer se faire foutre les trucs qui nous énervent !

L'album est sorti depuis plus d'un mois, quels sont les premiers retours et notamment lors des quelques concerts que vous avez pu donner ? Ce n'était pas frustrant tous ces mois sans show ?
Les retours du nouvel album sont déments, on est vraiment touchés. On reçoit des messages d'un peu partout dans le monde vu qu'il a bénéficié d'une plus grosse diffusion, et on est heureux ! Je me demandais si les anglophones allaient comprendre ce que je chante (rires). Les retours des premiers concerts pour le défendre sont vraiment chouettes aussi, on a eu un public terrible en juillet dernier sur une date sur la terrasse du Trabendo. Je pense que c'est mon concert préféré ! Ça a rattrapé la disette de lives due au virus !

Comment se fait l'écriture et la composition des titres ? Il y a des compositeurs et un auteur ou au contraire c'est l'auberge espagnole et chacun vient avec ses compos ? Vous chantez les textes des autres ?
Souvent Joseph (guitare) nous amène des maquettes, ensuite je vais poser un premier jet de voix, parfois c'est Chloé. Ensuite on mouline ça en répète voir ce que ça rend, on teste. Mais souvent on est vite d'accord de si on une composition nous groove ou pas. Ensuite une fois qu'on a un squelette, on voit qui chante quoi, mais souvent chacun chante ce qu'il.elle écrit.

Vous avez consacré deux chansons à des femmes "Paula" et "Rita Baston", une mère et une fille. Vous avez l'idée de suivre ces deux personnes/personnages sur d'autres titres, sur d'autres épreuves de leur vie et de leur consacrer d'autres chansons ?
En vrai, j'aime beaucoup ton idée. Peut-être une chanson sur Robin, le père de Paula, qui est un garçon exceptionnel. J'aime bien faire référence à mes ami.e.s dans les chansons. Comme sur "Barney" qui parle du rêve mon ami Ed ou "Vanishing patience" qui parle de Gaelle, une amie formidable qui est aussi réalisatrice de beaucoup de nos clips. Mais oui il y a possiblement un truc à creuser dans tout ça !

Avez-vous déjà une tournée hors France et dans les pays qui ont sorti votre LP de prévue avec tous ces labels qui vous soutiennent ou pour le moment, la pandémie met tout en suspens ? Et vous seriez plutôt festival type Rock en Seine ou petit club surchauffé ?
On n'a pas encore joué ailleurs qu'en France ! C'était prévu mais avec la pandémie, ce n'est que partie remise. Une tournée au Canada via notre label Stomp Records est prévue en 2022, et bien sûr en France. Personnellement j'adore jouer n'importe où, mais j'avoue que les bars ou club qui suintent la bière c'est mon élément, c'est là où j'ai vécu mes meilleurs moments devant comme sur la scène. La proximité c'est un truc super important je trouve, du moins pour ce projet.

Si nous parlons de l'artwork des deux albums. Qui les a réalisés et y a-t-il un lien entre les deux ? il semble trancher avec le visuel de votre EP.
C'est la même personne qui a fait la photo de chaque artwork, et c'est son visage sur les deux albums. Elle s'appelle Bambi Biche, c'est une amie artiste qui a un univers très thrash mais également enfantin. On trouvait que son travail s'accordait parfaitement à notre musique, le côté percutant et innocent. Récemment elle a exposé au 104 à Paris, elle a conçu un piano pour enfant dont les touches sont reliées à plusieurs godemichets qui s'activent quand on en joue.

We Hate You Please Die - live by JC We Hate You Please Die - live by JC Il y a eu donc cette parenthèse Waiting room entre les deux LPs. Pourquoi le besoin de sortir cet EP, d'autant plus qu'on y retrouve le titre "Coca-collapse" qui est sur le deuxième album et que vous avez sorti récemment une chanson non retenue : "Cult" présente sur le Summer sampler 8 de Howlin' banana ? Vous avez encore d'autres titres en réserve pour un nouvel EP ?
L'EP était une façon pendant le premier confinement de sortir un petit truc pour "patienter" pendant cette période étrange. C'était surtout l'occasion de remettre en avant notre single avec Alt-Dsl, un label digital de Rouen, qu'on a sorti le jour de Noel 2019. Et bah crois moi, sortir un truc le jour de Noël c'est la pire idée du monde (rires), mais comme il t avait la chanson "Coca-Collapse" dedans, on trouvait ça méga drôle. Du coup l'EP Waiting room c'est les deux chansons du single avec une inédite. Et comme on aimait vraiment le jeu de mot avec "Coca-Collapse" alors on voulait absolument lui donner une autre vie sur l'album également. On a pas mal de petites chansons en stock à l'état de maquette, certaines resteront certainement que sur nos disques durs, d'autres deviendront des b-sides, voir pour le troisième album. Ce que je peux te dire c'est qu'on bosse des nouveaux morceaux et que je suis très excité à l'idée qu'ils prennent vie au plus vite !

Vous avez repris en 2020 la chanson de Mia "Bad girl" que vous vous êtes complètement réappropriée. Pourquoi ce choix de reprise et avez-vous été galvanisé de tourner cette reprise dans le magnifique studio Pigalle ?
Le premier truc c'était de trouver une chanson qui nous parlerait à tous et à toutes, et ce n'était sacrément pas simple (rire) ! Il y'a eu beaucoup d'idées, des trucs sérieux et d'autres moins. Puis est arrivée l'idée de reprendre cette chanson de Mia qui est juste tout simplement un des meilleurs morceaux de ces dernières années. La thématique était sûre "qu'est-ce que le punk ?", et quoi de plus punk que Mia qui a marqué au fer rouge la musique par son talent et ses combats. C'est possiblement une des artistes les plus en phase avec son époque, son engagement est admirable, c'était l'occasion de lui rendre hommage. On ne voulait pas tomber dans une reprise énervée du titre, on pensait que ça serait trop attendu, au contraire on est resté sur des tempos assez lents voire identiques, et on a mis un accent sur les voix et les chœurs. C'était vraiment le kiff même c'était impressionnant de jouer au milieu de ce studio magnifique et de toutes les caméras. Depuis on la joue parfois en live !

Une dernière question sur vos trois derniers clips : "Can't wait to be fine", "Barney" et "Otterlove", ils semblent différents mais semblent également représenter une facette du groupe. Il y a des rencontres derrière chacun de ces clips ?
Pour le nouvel album, on a bossé avec différents artistes. C'est super intéressant de voir comme un.e réalisateur.trice interprète une musique et lui donne ses couleurs, ses émotions. On se retrouve du coup avec un clip complètement zinzin en animation sur la chanson "Barney", comme avec quelque chose de plus introspectif sur la track "Can't wait to be fine". Ou encore une carte blanche à des amis en Inde sur la chanson d'amour "Otterlove". Je pense que les prochains prendront la même direction, à savoir montrer des palettes d'émotions et de ressentis différents.

Le mot de la fin pour nos lecteurs ?
Venez boire une bière avec nous en concert avant la fin du monde, on aime bien rigoler aussi !