TotorRo - All glory to John Baltor Après quelques grappes de concerts disséminés un peu partout en Europe et un premier EP digital sorti assez confidentiellement en 2008, TotorRo "s'exporte" vers le pays du Soleil levant pour trouver refuge chez un label nippon, spécialisé en pépites européennes (la structure a déjà sorti des éditions limités d'albums d'AmenRa, Kingdom, Seila Chiara ou encore The Black Heart Rebellion...) : Tokyo Jupiter Records, histoire de trouver une structure capable de donner naissance à un objet digne de l'album qu'ils s'apprêtent alors à publier. Et pour cause, lorsque celui-ci voit le jour, (dans un élégant digifile) à l'automne 2011, on comprend pourquoi les rennais se sont donnés cette peine.

N'y allons pas par quatre chemin, les... quatre compositions figurant au tracklisting d'All glory to John Baltor sont des pépites. Mais du genre à pouvoir se tirer la bourre avec ce que peu produire Mogwai (mais pas que) en termes de qualité intrinsèque. C'est dire un peu le niveau des gaziers, qui dès "John Baltor" satellisent l'auditoire en délivrant une petite merveille d'ambient/post-rock extrêmement classieux mais dans le même temps terriblement enfiévré. Une intensité rare, un climax qui flirte avec les limites d'un post-metal sludge tellurique, des constructions instrumentales enchâssées les unes sur les autres, il n'y a pas encore de chant et pourtant, toute la pièce vibre déjà. Surtout que lorsque celui-ci (le chant donc) entre justement en scène, sur "Lavate las manos", c'est pour s'engager dans la voix d'un screamo/post-hardcore défigurant littéralement les enceintes.

En deux titres, TotorRo a déjà frappé fort mais n'a pas encore tout montré. Parce qu'avec "The stamped", là, le groupe livre son chef-d'oeuvre, mélangeant habilement post-rock alternatif et emo/screamo à la Envy sauf que dix fois mieux dans le cas présent. Si bien que l'on ressort de ce titre-fleuve (près de 14 minutes quand même) les tympans ensanglantés, l'âme en lambeaux et pourtant happé par une irrépressible envie d'y replonger. Et ce n'est qu'avec le bouleversant "The yellow one" que le groupe nous fera "oublier" le titre précédent. Expédiant les déferlantes post-metal ébrécher les murs du studio pour expulser cette colère sourde qui ne demandait qu'à voir le jour. Encore une fois le mélange screamo/post-rock/metal fait des ravages, malgré quelques variations de rythme qui désamorce parfois un peu la tension générale, et le final s'offre un ultime grand-huit émotionnel qui met fatalement l'assistance d'accord sur l'évidente excellence de l'album. Bluffant.

PS : l'album est en écoute intégrale via Bandcamp.