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What the fucked do we all do now? | - Lights

Torpedo
LP : What the fucked do we all do now? | - Lights
Label : Broken Clover Records
Style : Rock expérimental
Date de sortie : 27/06/2025
Some wolves
Some
Where
Onw
Now
Sugar love
| Noise (mouvement 1)

Torpedo - What the fucked do we all do now? | - Lights Avec What the fucked do we all do now? | - Lights, les Lausannois de Torpedo n'ont clairement pas choisi l'option la plus conventionnelle. Ils ont en effet préféré réaliser une œuvre conceptuelle en deux parties. Une première publiée en juin 2025, suivie d'une deuxième en octobre 2025. Mais ce qui frappe avant tout, c'est l'objet en lui-même. Dans le premier volet de sept pistes, le vinyle 12" est accompagné d'un fanzine bien fourni accompagné d'un poster triptyque reproduisant six peintures avec les paroles de l'album, d'illustrations, de feuilles volantes (dont une pour télécharger le disque), et d'une peinture de citations et de revendications inspirantes. Un tote bag est même livré en supplément. L'ensemble est soigné et de toute beauté, on pourrait croire à un simple "plus" pour le plaisir des collectionneurs, sauf que ce n'est pas complément ça.

En réalité, le fanzine n'est pas là pour faire joli puisque sa présence permet d'avoir les clefs de compréhension de l'album et ce pourquoi il a été conçu. Ainsi, il contient une longue transcription écrite (avec son time code) d'une émission de radio intitulée "Bienvenue dans l'anthropocène", rediffusée notamment en France en 2023 via France Culture dans la série documentaire LSD. Cette discussion sur l'état écologique de notre planète et l'impact de l'activité humaine dans le monde a bouleversé Torpedo. Ce constat a été le fondement de la réflexion musicale et narrative de What the fucked do we all do now? | - Lights. Ainsi, le trio a clairement souhaité nous impliquer dans ce projet, l'immersion dans le disque prenant un tout autre sens après avoir vu/lu/feuilleté le contenu. Le deuxième volet de What the fucked do we all do now? | - Lights est un vinyle transparent de 10" de deux pistes qui peut s'insérer dans l'emballage du premier. "Sugar love" et "| NOISE (mouvement 1)", qui clôturait la première partie, sont rejoués sur la deuxième. Les chants d'oiseaux et les voix de "Sugar love" sont d'apparence identiques, mais le groupe voulait précisément nous inviter une nouvelle fois à l'écouter, mais avec un autre niveau de conscience après avoir traversé tout le chemin aventureux du premier disque. Tandis que, de son côté, le mouvement 2 de "| NOISE" subit un prolongement sous stupéfiants ressemblant à la bande-son d'un monde qui se fissure (pour renaître sous une autre forme ?).

On ne vous divulgâchera pas le contenu textuel de ce "package", ce serait bien trop long et on risquerait d'être hors-sujet, autant vous inviter à aller acheter le disque pour ça. On va plutôt se concentrer sur la partie musicale qui appuie en notes toute la thématique proposée. Et là aussi, c'est dense et carabiné, Torpedo ne nous fait pas de cadeau, ne prémâche pas le travail d'écoute. What the fucked do we all do now? | - Lights est une œuvre qui se mérite. Sa première écoute est déroutante, on est désorienté, mais on avance à tâtons dans les sentiers de ses montagnes russes émotionnelles, où les styles, les degrés d'intensités, les expressions vocales, et les humeurs changent constamment... Même les durées des morceaux sont (très) inégales. On se demande presque si le groupe ne s'est pas un peu perdu dans son concept, ou si ce sont les mêmes personnes qui jouent sur chacun des morceaux qui surprennent par leur hétérogénéité. Et puis, plus les écoutes s'accumulent, plus l'intérêt est grandissant. Et surtout, on retrouve progressivement ce qu'on a adoré sur l'album d'avant, Orpheo_ nebula, - même si ce nouveau projet se démarque par sa conceptualisation et se trouve être bien moins linéaire et plus poussé dans l'expérimentation - à savoir cette voix habitée, mi-spoken word mi-incantation, qui scande, murmure, s'emballe ou vocifère selon l'instant ; ces guitares à la fois lourdes et fragiles, capables de passer d'un riff abrasif à des stridences imitant la douleur ; cette section rythmique subtile qui joue son rôle d'accompagnement, sans être démonstrative, mais qui reste essentielle pour soutenir, par exemple, les montées en tension. Désormais, s'ajoutent des nappes de drones inquiétantes, sortes de respirations sombres entre deux accès de fièvre.

On passe par plein d'émotions à travers ce What the fucked do we all do now? | - Lights, sa sinuosité nous plaît, on aime se perdre dans ses circonvolutions, à la seule condition de s'y intéresser avec application. Il peut séduire comme rebuter. Mais si tu aimes les concepts aiguisés avec des questions philosophiques, si tu une âme d'écolo, que tu te soucies de la condition humaine, et que tu aimes la noise, le pouvoir de la mélodie, les gros riffs, les instants torturés, ou au contraire contemplatifs, alors ce disque et son extension sont définitivement faits pour toi.

Publié dans le Mag #70

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