Torche - Harmonicraft On avait senti venir le coup depuis Songs for singles, il y a une bonne année et demi maintenant donc. 3 albums (Torche, In return, Meanderthal) à la cohérence et la logique imparable dans le cheminement artistique, un quatrième qui sonnait comme la conclusion d'une première partie de carrière en amorçant peu à peu un virage dans sa trajectoire créative vers quelque chose de potentiellement plus pop pour le futur. Et déjà une volonté à moitié dissimulé de fabriquer des tubes. Ou tout du moins des singles... d'où le titre dudit album. Et si le split LP pondu par le groupe en compagnie des excellents Part Chimp s'était révélé, comme un ratage quasi absolu semblant se faire l'écho d'une profond changement d'écriture encore pas tout à fait assumé ni maîtrisé, Harmonicraft lui, remet les compteurs à zéro. Et pas qu'un peu.

La première volée de titres nous arrive en travers de la figure et comme à son habitude (ça, ça ne change pas par contre), Torche expédie l'affaire sans traîner. Trois premiers morceaux en quelques cinq minutes chrono et l'affaire est déjà emballée. "Letting go" déboule d'entrée avec la puissance d'une torpille made in Foo Fighters, le charisme atomique de Dave Grohl en moins (mais c'est déjà pas mal). Même cause, même effet avec le fédérateur "Kicking" : ça sonne outrageusement power-pop, avec de gros morceaux de rock alternatif bien fougueux dedans et un petit zeste de stoner burné domptées par des rythmiques enflammées qui font du bien par où ça passe. Le groupe cherche le hit imparable et y met les moyens. Des mélodies qui font l'amour aux enceintes, une énorme présence instrumentale et une débauche d'énergie qui laissent à penser que si les floridiens ont quitté Hydrahead, c'était surtout pour une histoire de ligne éditoriale sans doute, pas vraiment une question d'envie d'un découdre.

Surtout qu'avec "Reverse inverted", les réfractaire à la pop surboostée du début d'album et autres nostalgiques des tentations stoner du passé récent des gaziers vont trouver du répondant, avant que les américains n'enfoncent définitivement le clou sur un "In pieces" qui met justement l'auditeur en pièces. Le riffing stoner power-burné tartine les amplis bien comme il faut, on délaisse la pop animale et turgescente des débuts pour causer gros rock bien couillu qui défouraille... avant de s'en retourner ferrailler dans des sphères musicales plus aérées, limite psyché-pop mais avec toujours un groove stoner imparable, ce crossover idéal en sommes, qui entre ciel et terre ("Snakes are charmed", "Roaming") permet aux Torche d'incendier les enceintes, surtout quand ils entrecoupent ces morceaux de quelques petites tornades éclairs du calibre de "Sky trials" ou de l'affamé "Skin moth". Des titres courts à l'urgence contagieuse ("Kiss me dudely") et au feeling high-energy qui contamine un album sans la moindre fausse note, que ce soit sur les post-stoner "Solitary traveler" et "Looking on" ou l'éponyme et vrombissant "Harmonicraft", Torche est encore là, plus tout à fait le même qu'avant, mais en fait certainement pas moins bon. Juste différent. La bonne surprise du moment.