Thurston Moore

Thurston Moore / Chronique LP > Flow critical lucidity

THURSTON MOORE flow critical lucidity Pendant une trentaine d'années, Sonic Youth a marqué le rock alternatif et a bousculé tous les codes. Une discographie complètement hors-norme qui a influencé des musiciens dans un éventail compris entre Brigitte Fontaine et Nirvana. Mais toutes les bonnes choses ont une fin dit-on et le tandem Gordon/Moore prend l'eau en 2011. De facto, c'est la mort de Sonic Youth. La même année, Thurston Moore signe son troisième album solo Demolished thoughts. Comme ses anciens compères, il se montre particulièrement prolifique au fil des années. Sur scène, le chanteur/guitariste déploie encore une énergie sauvage. En septembre, Thurston Moore a sorti un neuvième album studio : Flow critical lucidity.

Pour ce nouvel opus, le guitariste et chanteur s'est entouré  de Deb Googe (My Bloody Valentine), James Sedwards, Jem Doulton et Jon Leidecker. Les trois derniers sont certainement moins populaires, mais leur expérience dans le domaine de la musique expérimentale est pour le moins impressionnante. A cette formation s'ajoute la française Lætitia Sadier (Stereo Lab, McCarthy) qui vient poser sa voix sur un refrain pop dans "Sans limites".

Flow critical lucidity contient des morceaux assez longs, comme une volonté d'emmener l'auditeur vers un univers complet à chaque titre. L'impression est renforcée par la mise en place presque systématique d'un "blanc" en fin de titre. Une opération qui permet de respirer dans les transitions. Si les dissonances propres à la musique de Moore sont bien présentes; la sauvagerie de sa jeunesse a pris le large : il propose des compositions à l'énergie plus apaisée. Cela, il faut le digérer et c'est certainement pour cette raison que les espaces sont nécessaires.

Avec "New in town", Thurston Moore propose une de ces fameuses ballades. Le phrasé au chant est étrange. Il vient se glisser sur une musique aussi posée que hors cadre. Le même type de chant est présent sur "Shadow", bien que ce morceau soit plus entraînant et que la tension soit plus palpable. D'ailleurs, la dernière minute du morceau fait vrombir les guitares. Une ambiance noise qui peut s'opposer à "Hypnogram" qui présente un rock rythmé mais plus lumineux et mélodique. Le chant de Thurston Moore s'accorde à cette ambiance. La batterie de Jem Doulton marque un pas lent pour "We get high". Le chant distant est halluciné, les cloches tintent, la guitare tonne comme l'orage : tout est là pour nous enfoncer dans les limbes.

Flow critical lucidity regorge de surprises. Il faut prendre le temps pour apprécier la richesse des compositions. Et si un bref instant, vous pensez que la musique est éteinte : lâchez prise ; le voyage ne fait que commencer...

Publié dans le Mag #64

Thurston Moore / Chronique LP > Rock n roll consciousness

Thurston Moore - Rock n Roll Consciousness Membre fondateur de Sonic Youth, Thurston Moore a été également le chanteur/guitariste de la formation New Yorkaise. Trente années d'aventure ont fait du groupe une des figures de proue du rock alternatif. En 2011, avec dix-huit albums studio dans la boite, Sonic Youth annonce sa séparation. Thurston Moore avait parallèlement commencé une carrière solo mais il choisit de monter sur pattes un nouveau projet : Chelsea Light Moving. En 2014, il reprend pied dans sa carrière solo avec la sortie de The best day. On retrouve sur cet album : James Sedwards à la guitare, Debbie Googe (My Bloody Valentine) à la basse et Steve Shelley (Sonic Youth) à la batterie. Trois années plus tard, la même bande remet le couvert avec Rock n roll consciousness.

La pochette de l'album représente un portrait de Thurston Moore pris dans un mélange rouge, jaune et orange. Au menu, six titres s'alignent pour une durée totale de près de 45 minutes. Si "Exalted" et "Turn on" plafonnent à plus de 10 minutes chacune, les autres morceaux ne sont pas davantage taillés pour la radio. L'album démarre, le son est posé et répétitif : le batteur et le guitariste se répondent en tout simplicité. Une belle mélodie sort ensuite de la guitare de Thurston Moore puis une autre. Un voyage sonore s'impose et l'absence de voix permet d'ajuster à sa juste valeur toute la dimension instrumentale. Perturbation en approche, la guitare grince et se distord pendant que le batteur frappe lentement mais surement. Le rythme s'accélère et le chant fait surface après huit minutes de musique. Il est serein, planant et se pose à merveille sur les sonorités made in Sonic Youth que Moore a gardé pour ses compositions. Quand "Cusp" rentre dans la danse, l'intensité continue d'augmenter. Le chanteur lui garde la même posture poussant un peu du pied le rebelle qu'il était. Si dans sa jeunesse une perceuse faisait l'affaire pour hurler dans les enregistrements, Thurston Moore propose avec ce titre un rock propre sans tomber dans ce qu'il a de plus classique. "Turn on" qui vient ensuite est changeante. Elle possède en elle des passages excellents pour celui qui aime "triper" les yeux fermés et les oreilles ouvertes. Sans prévenir, Steve Shelley impose un rythme bien au dessus et Thurston Moore suit son vieux compère dans l'agitation sans se retourner. L'ancien chanteur de Sonic Youth pose ensuite un solo propre plus destiné à faire voyager qu'à balancer la sauce d'un coup. Pour faire la rupture, le groupe rend une musique bruitiste avant de terminer plus calmement. "Smoke of dreams" est en fait une transition parfaite avec une intention à nouveau planante. "Aphrodite" veut enfin rendre hommage à la déesse de l'amour, de la beauté, du plaisir et de la procréation. Pour autant, le morceau possède son lot de distorsions et de grincements de guitare. C'est un peu la signature du musicien.

Avec The best day, Thurston Moore avait retrouvé une formation équilibrée. Rock n roll consciousness n'est pas loin d'être un album concept avec des titres longs et peu fournis en textes. Associé au producteur Paul Epworth (Adele, Paul McCartney, U2...), le musicien dépose dans les bacs un enregistrement propice au voyage plein de maturité. Le tout sans se compromettre car ne vieillissant pas, Thurston Moore fait toujours hurler les guitares...

Publié dans le Mag #28