Thrice - Palms Dixième (voire douzième si on compte les doubles) album de Thrice, groupe en perpétuelle évolution qui se réinvente en permanence réussissant à gagner des fans malgré des compositions toujours ambitieuses. Difficile de présenter cet album "en résumé" si ce n'est pour dire qu'il est très bon ! J'ai l'impression que Dustin Kensrue a été poussé plus loin dans ses retranchements, chargeant son chant davantage en émotions, montant légèrement dans les aiguës par moment pour toucher davantage les cordes sensibles et montrer une relative fragilité. Les Californiens se rapprochent ainsi d'un grand Cave In.

L'opus s'ouvre avec une intro qui ressemble un peu au générique de "Stranger things", idée renforcée avec la vison du clip véritable court-métrage qui met en scène des enfants étudiés à leur insu dans un camp de vacances, l'occasion de signaler que le groupe soigne ses vidéos et que ça fait du bien de voir telles productions ! Surtout que ce "Only us" est un petit bijou, la boucle qui hante le morceau et la débauche d'émotions qui passent tant par les guitares que par la voix forment une sorte de brouillard qui se détache du sol et s'élève lentement. Bis repetita avec "The grey", sur une musique superbe, les lascars ont collé des images en noir et blanc pour le clip, encore un vrai court-métrage, il traite de la manipulation mentale, de l'impossibilité d'une autre voix que le noir ou le blanc, c'est une autre petite merveille. On passe du côté obscur avec "The dark" même si le découpage de la voix sur la batterie reste assez clair et lumineux et qu'il faut attendre la fin du titre pour sentir tout le poids des guitares. Un poids contrebalancé par un chœur composé de fans qui ont enregistré la petite mélodie et l'ont envoyée au groupe. Les sons clairs de la guitare se font plus entendre sur "Just breathe" où Emma Ruth Rundle (Red Sparowes entre autres) est invitée et se signale sur un pont tout en délicatesse. La première petite déception de l'album c'est "Everything belongs", cinquième morceau, le chant est un peu dissimulé et ça ne décolle pas vraiment. "My soul" est bien plus chaleureux mais la tension des premières compositions ne refait surface que brutalement avec "A branch in the river", titre écorché vif. Rock plus basique, "Hold up a light" est l'autre moment de moins bien de l'opus, peut-être parce que le reste vole très haut... On reprend la balade avec "Blood on blood" et ses sonorités sorties d'un rêve qui ont le don de décontenancer l'auditeur non averti. C'est avec gravité et un "Beyond the pines" qui vous tire les larmes que Thrice prend congé non sans y avoir mis toute sa classe.

Un paquet de titres sublimes, deux clips somptueux, un artwork intrigant, 20 années après ses débuts, Thrice démontre qu'ils ont encore des idées et le talent pour les exploiter au mieux. Au passage, on peut noter l'excellent flair des recruteurs de chez Epitaph qui par leurs dernières signatures ont prouvé que le label était plus que jamais un poids lourd de la production alternative et non plus seulement cantonné au skate-core (Architects, Converge, The Frights, Touché Amoré, Quicksand...).