thom_yorke_spitting_feathers.jpg Avec Radiohead, Thom Yorke, Johnny Greenwood et le reste de la bande d'Oxford avaient déjà l'habitude de sortir différentes versions de leurs maxi et autres singles pour les marchés japonais et australiens. Des versions alternatives donc destinées à des publics réputés comme étant d'inlassables collectionneurs et souvent des "die-hard fans". A l'occasion de son projet semi-solo, Thom Yorke avait accouché avec The eraser d'un album riche, envoûtant, hypnotique et brillant, dont le seul défaut était sans doute alors d'être un peu court. Avec l'EP Spitting feathers destiné au marché nippon, le génial vocaliste de Radiohead corrige le tir et livre cinq B-sides en forme de complément idéal de l'album. Joli coup commercial ou EP avec une véritable raison d'être ? La question mérite d'être posée. Après une ou deux écoutes fascinées, on tenterait de pencher pour la seconde hypothèse. Car si les morceaux présents au tracklisting de The eraser sont autant de pépites de grande classe, elles ont toutes la particularité d'être relativement accessibles. Avec Spitting feathers, on change un peu de registre et on découvre (enfin) les vélléités expérimentales de Thom pour son projet presque solo. Un peu comme sur le dernier EP en date de Radiohead, [Com lag NDLR].
On est ici en territoire éléctro-pop plus aventureux, bruitiste et nihiliste que sur l'album. Un objet plus réservé aux vrais inconditionnels de son travail qu'aux habitués des singles radiophoniques encensés par toute une presse (trop) bien pensante. "The Drunkk machine" qui a la charge d'ouvrir cet EP nous plonge d'entrée dans des circonvolutions pop hors-norme, baignant dans une éléctro glaciale et épileptique. Fascinant mais pas forcément à la portée de l'auditeur lambda. Thom Yorke passe la seconde (piste) et nous offre avec un "A rat's net" un morceau tout aussi étrange et unique que le précédent. Volutes de fumée, vocalises lunaires et embrumées, arrangements déroutants, on est en plein trip psycho-hypnotique et l'anglais s'amuse à nous égarer dans les multiples virages des chemins sineux emprunté par sa musique. A l'occasion de "Jetstream", sorte de maëlstrom éléctro torturé, on passe à l'étape suivante. Ici, on est dans un autre monde, un territoire inconnu, fantasmagorique et ambiancé, où Thom Yorke règne en maître sur un univers musical navigant à vue entre mélancolie mesurée et détresse psychotique. Expérimental. On passera sur la version rallongée du magnifique "Harrowdown hill", single absolu et proposé ici dans une version... donc plus longue que sur l'album (sic) pour mieux s'attarder sur "Iluvya". Sorte de comptine expérimentalo-bruitiste, clinique et malade, ce dernier morceau est à l'image de son compositeur. Etrange mais fascinant, déroutant, insaisissable et personnel, comme si Thom Yorke était un artiste en avance sur son époque. On en reparlera dans quelques années...