Therapy? (2015) Therapy? a connu le succès dans les années 90 et n'a jamais cessé de composer et de sortir des disques. Comment analysez-vous l'évolution du rock en 20 ans et le fait que, sans être devenu confidentiel, votre groupe n'a plus la popularité qu'il a connue en 94 avec Troublegum ?
Je n'analyse pas ces choses-là. Je suis trop occupé à écrire des chansons, à jouer de la guitare, à écouter de nouveaux morceaux, à lire des livres et à apprécier l'instant présent pour m'attarder sur le passé et sur l'état du rock. Dans le groupe, nous écoutons de la musique qu'elle soit d'hier ou d'aujourd'hui et dans tous les genres. Concernant notre succès dans les années 90, nous nous estimons déjà chanceux d'avoir eu du succès, surtout qu'étant originaires d'Irlande du Nord, qui est un coin tout petit, on a dû batailler pour se faire entendre au départ. Nous avons appris il y a bien longtemps à rester fidèles à nous-mêmes et à ne pas suivre les tendances. Je pense que c'est pour ça que nous aimons toujours faire de la musique. En plus, nous n'avons jamais ressenti le besoin d'être des « Rock Stars », donc ça ne nous tracasse pas trop de ne pas traîner avec des stars du cinéma ou des mannequins.

Vous avez toujours mis en avant, dans vos enregistrements, la paire basse/batterie plutôt que les guitares, ce qui est assez rare pour un groupe de rock. C'est ça le secret de votre son ?
Oui, sinon nous ressemblerions à tous les autres groupes de rock. Nous sommes fans de rythme, de toute façon. Depuis toujours, nous aimons James Brown, NWA, Public Enemy, Can et bien d'autres... Tout comme Fugazi, Big Black et le punk.

10 ans sans changer de batteur, ça rend les choses plus faciles ?
Oui, Neil est un batteur fantastique mais c'est aussi une personne très ouverte et honnête. Nous avons de meilleures discussions au sein du groupe, depuis 10 ans. Les mensonges et les subterfuges peuvent ronger un groupe de l'intérieur. Nous avons tous changé depuis 1990 et nous en sommes arrivés à la conviction que le groupe dans son ensemble ne se résumait pas aux besoins d'un ou deux égoïstes.

Disquiet, Anxiety, Suicide-Pact, Trouble... Ce thème du malaise revient très souvent dans les titres d'album, pourtant sur le plan personnel, vous allez bien, c'est facile de faire du rock quand tout va bien ?
Je pense que ceux qui vivent au 21ème siècle et qui ne se mettent jamais en rogne méritent une médaille. Ceux qui sont heureux, vraiment heureux à notre époque sont des exceptions. Moi, je me réconforte comme je peux. Écrire et chanter des chansons m'évite de payer un psy. Je suis honnête au sujet de mes problèmes. C'est le fait de les garder pour soi qui crée toute la détresse.

Quelle est la signification de la pochette de Disquiet, sale et dérangeante au demeurant ? Vous avez laissé travailler Nigel Rolfe ou vous lui avez fait des demandes précises ?
Comme toujours avec Nigel, nous lui envoyons un exemplaire de l'album, il l'écoute et il nous envoie une photo. Nous décidons de l'utiliser ou non. Jusqu'à présent, pour tous les albums qu'il a créés pour nous, nous sommes très contents du résultat. Si tu me demandes quelle est la signification de la photo, je ne sais pas. Je ne sais jamais. Tout ce que je peux te dire, c'est que nous lui faisons confiance pour interpréter nos sons comme il veut.

Therapy? - Disquiet Le clip de "Still hurts" est dans la lignée de l'artwork, c'est aussi une sorte de "lyric vidéo" mais en très travaillée, comment est venue l'idée ?
"Still hurts" a été réalisé par une boîte de prod' vidéo de Manchester appelée Sitcom Soldiers. C'est la troisième vidéo qu'ils nous font et comme Nigel Rolfe, nous leur faisons entièrement confiance. Notre seule demande pour celle-ci était que le groupe n'y apparaisse pas. C'est comme ça qu'ils ont eu l'idée de faire écrire les paroles par des individus de générations différentes. Ça nous a plu et je pense que ça complète le morceau.

Avec "Vulgar display of powder", vous faites un clin d'œil à Pantera, avec un son très lourd au passage, vous pourriez faire une reprise de Pantera ?
Oui mais sans solo à la Pantera, parce que ce style n'est pas le mien. Mais les riffs sont très bons.

Vous avez donné des concerts spéciaux pour l'anniversaire de Troublegum. Est-ce difficile d'abandonner la plupart de ces chansons maintenant ?
Certains des morceaux les plus connus de l'album sont tellement connus par le public qu'un concert sans eux semble bizarre. Ça vaut vraiment le coup de voir la foule réagir comme elle le fait quand on les joue.

Comment faites-vous vos set lists ?
On essaye de jouer la majeure partie du dernier disque avec quelques chansons des anciens albums autour pour que le set sonne bien. Avec 14 albums différents, ça peut être difficile. On doit toujours laisser de côté un truc que quelqu'un veut entendre.

Therapy? Therapy? Parle-nous de ce label Amazing Record Co., comment s'est fait ce choix ?
C'est un jeune label du Nord-Est de l'Angleterre avec de gros projets et plein d'idées. Leur enthousiasme pour la musique nous a attiré vers eux et jusqu'à présent, c'est un plaisir de travailler avec eux. L'un de nos patrons de chez Blast Records travaille maintenant chez Amazing Record Co., alors c'était plus facile de changer pour une boîte où nous avions déjà un ami.

Vous aviez d'autres possibilités après la fermeture de Blast Records ?
Deux autres labels étaient intéressés pour nous signer mais après les avoir rencontrés, nous avons décidé qu'Amazing Record Co. était celui qu'il nous fallait.

Avoir des problèmes avec un label, c'est obligatoire aujourd'hui ?
Je pense que c'est plus difficile d'avoir un label à long terme. Comme les artistes peuvent assurer une bonne partie des relations publiques eux-mêmes, les labels n'investissent plus autant d'argent qu'avant. Sauf bien sûr s'il s'agit d'une bande de jolis minets pop et qu'ils pensent qu'ils vont leur rapporter un paquet, ou encore d'un phénomène rap, métal ou punk pour ados, avec une forte présence sur les réseaux sociaux qu'ils pensent pouvoir exploiter.

Peu de groupes font carrière avec le même label comme par le passé ?
Je ne sais pas trop... Manic Street Preachers ont le même label depuis vingt-cinq ans et ils marchent toujours bien, après tout.