En ce moment, je suis plutôt gâté avec le rock à langue étrangère (comprenez "sans anglais"), cela l'enrichit d'une tonalité de couleur différente et donne un charme unique à l'ensemble. Cette fois-ci, il s'agit de l'italien avec Terestesa, un quatuor résidant à Toulouse et dans lequel deux membres, Teresa (chant/guitare) et Lilli (flute/trombone/synthé), viennent du bel paese. Il a livré en avril dernier Bella faccia, un premier album qui a retenu toute notre attention. Musicalement d'abord, avec un style déstabilisant et pluriel, textuellement ensuite, avec des notes acides et moqueuses sur le pays d'origine de Teresa et Lilli qui ne doit pas être si loin du notre d'ailleurs, si l'on suit un peu l'actualité politique et sociale de notre cher hexagone. Soyons clairs, on va s'attacher ici uniquement à analyser le meilleur de Terestesa qui pour nous est clairement musical. De toute façon, dans le terrier, (presque) personne ne parle l'italien je crois.
Bella faccia est une œuvre difficilement classable et à rebondissements. Son style ne sait pas jamais trop dans quelle direction il veut aller. Volage donc quand tantôt il se meut en pop rêveuse et baroque, tantôt il préfère côtoyer le rock aventureux et progressif, ou lorsqu'il décide d'explorer la musique psychédélique et retro des 70s, quand il ne va pas chercher ses influences du côté de la musique classique, voire des bandes sons de films. Avec tout ça, on a tendance au début à s'égarer dans ce voyage invitant à l'immersion la plus totale. Et c'est justement cette dernière qui permet progressivement de lâcher prise et à prendre goût note après note, mouvement après mouvement, mots après mots, à ces beaux rayons de lumières musicales ("Reveria", "Senza nomi"), à ces mélodies à la fois tourmentées ("Tali luoghi", "Mondo cane") et voluptueuses ("Brace", "Pezza"). Si vous ajoutez par-dessus ça la beauté de la langue italienne, musicale et chantante, avec toutes ses voyelles qui s'enchevêtrent, on devient assez vite accroc à ce Bella faccia, qui a ce petit quelque chose de dramatique et sensible qui éveille nos sens. À recommander d'urgence à tous les amateurs des formations de la scène indie pop-rock qui détestent rentrer dans le moule.
Publié dans le Mag #62


