Tame Impala - Currents Qui ne fut pas surpris lors de la sortie en 2015 de Currents, le troisième album de Tame Impala ? Après Innerspeaker (2010) et Lonerism (2012), deux longs et très beaux essais d'un rock psychédélique que Kevin Parker, multiinstrumentiste, producteur et fondateur de la formation australienne, avait façonné de telle manière qu'il soit reconnaissable entre mille, Tame Impala passe tout en rupture le cap du "disque de la maturité". Un choix courageux et osé, qui s'est révélé être, en plus d'une belle prouesse (le mec bosse souvent seul en studio), une réussite totale et incontestable.

Un vrai tournant pour Tame Impala qui change le ton de son style en mettant le cap sur les synthés, en épousant des sonorités plus électroniques, et en puisant dans le meilleur des musiques dansantes tel le funk, le disco, et la pop music. Ça change complètement la face d'un groupe, c'est certain, mais c'était visiblement nécessaire. En effet, après l'aventure Lonerism, la vie personnelle de Kevin Parker subit des changements (sa séparation avec Melody Prochet de Melody's Echo Chamber le fait quitter Paris pour Perth...) et il ressent un besoin urgent de se remettre totalement en question musicalement, constate être arrivé au bout de quelque chose, et réalise que la musique est moins une question de genre que de valeur et de qualité. Il avouera même à cette époque avoir essayé des choses qu'il considérait comme nulles ou en inadéquation avec ses envies dans le cadre de ses expérimentations faites au sein de son petit home studio. À commencer par les boîtes à rythmes...

Currents révèle surtout cette influence de la scène musicale de l'époque en la matière : on pense bien évidemment au carton de Random access memories de Daft Punk, à ses compatriotes d'Empire Of The Sun, mais aussi à Arcade Fire qui s'essayait un peu à la disco-pop avec Reflektor. Mais lorsque tout cela tombe entre les mains de Parker, ce qui pourrait être rejeté d'un revers de la main du fait d'un style trop normalisé voire pompé(eux), cela devient des petits bijoux qui s'entassent les uns après les autres. À commencer par ce "Let it happen" inaugural de près de huit minutes, qui déjà par sa durée montre qu'il n'a pas renié ses voyages psychédéliques et immersifs, mais cette fois sans l'aide de ses guitares (ou presque, car souvent noyées d'effets qui les maquillent en les faisant passer pour des synthés). Chaque titre est une démonstration de bon goût, une succession de mélodies qui font mouche, des ambiances à la fois mélancoliques et galvanisées par des rythmiques sublimes, une voix de tête charmante et entêtante, le tout soigné par des transitions, des textures, des arrangements et une production largement au-dessus du lot.

Cet album comporte des hits qui restent encore bien ancrés près de dix ans après sa sortie, tels que la tuerie groovy "The moment", un "The less I know the better" signé de sa ligne de basse rugueuse et unique, ou encore la belle et langoureuse "New person, same old mistakes". Tous les morceaux de Currents reflètent assez bien les états d'âme d'une personne en profond changement intérieur, l'acceptation d'un nouveau départ avec les regrets et les remords que cela comporte. Aujourd'hui, Kevin Parker profite toujours - avec plus ou moins de réussite - de cet élan créatif, disons, plus mainstream. Il a poussé un peu plus le bouchon sur The slow rush (2020), un album avec de bons arguments, mais moins surprenant et réussi, et sa dernière création avec Justice l'année dernière, qui avouons-le, nous a quand même laissé un petit goût d'amertume au regard de ce qu'il est capable de réaliser. Espérons que le prochain album nous fasse revivre les mêmes sensations que Currents.