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Biographie > The Strokes

Tout le monde les connaît plus ou moins, on ne va donc pas trop s'étendre. Le quintet est avant tout une bande de pôtes, ils se forment en 1998 à New York, leur nom : les Strokes (les coups). Au chant : Julian Casablancas, aux guitares : Nick Valensi et Albert Hammond Junior, à la basse : Nikolai Fraiture et à la batterie : Fabrizio Moretti. Leur première démo ne contient que 3 titres, elle s'appelle The modern age et va convaincre le petit monde du rock. La suite, tu la connais : leur premier album Is this it est un carton absolu. La suite ne fera pas moins bien...

The Strokes / Chronique LP > Comedown machine

The Strokes - Comedown machine Pour balancer un peu, on va raconter la vérité sur ce qu'il s'est passé au W-Fenec avec le nouvel album des Strokes : le label, peut-être peu alléché par l'idée de se prendre une chronique au napalm éject-facial façon Angles du dernier-né d'un groupe dont on ne sait jamais s'il va splitter ou pas demain (ce serait quand même bien qu'ils le fasse là mais bon...) n'a pas daigné faire plus qu'envoyer un simple message de réponse indiquant d'aller chercher sur Deezer si nous voulions parler du disque. Fatalement on s'est dit que dans ce cas, il n'y aurait pas d'article (faut pas se foutre de la gueule du monde hein... ces gens sont quand même payés pour faire de la promo). Puis, l'instinct du tueur a réveillé notre cerveau reptilien et ainsi fait naître une petite interrogation, insidieuse mais oh combien excitante : "pourquoi ?".

La réponse attendra parce que dans l'immédiat une petite écoute discrète, comme ça par curiosité (et surtout pour la déconne) s'imposait. "Tap out", "All the time", "One way trigger", "Welcome to Japan", quatre titres, pour voir comme au poker. D'accord, on a compris. Le label s'est fait enfumer et méchamment, au bluff. Parce que derrière la marque The Strokes (forcément encore lucrative), le groupe a sous-traité l'écriture de l'album à des petits cambodgiens, certes pas forcément dénués de talents, mais encore très tendres (Ian Watkins, chanteur des Lostprophets et éminent spécialiste de la question "tendresse infantile" serait déjà sur le coup...) lorsqu'il s'agit d'assurer comme des grands, même s'ils ne sont évidemment pas chers du tout.
Et correspondent parfaitement à ce qu'est Comedown machine. Un disque artistiquement low-cost. Mis en boîte sans le moindre effort ni ambition si ce n'est celle de faire mieux ou pas pire qu'Angles. Fatalement, partant du "maître"-étalon de la loose créative, ce n'était pas forcément si difficile... même si les Strokes parviennent à être cette fois encore particulièrement médiocres en matière de songwriting ("80's comedown machine"). Pour changer...

"50/50" est ainsi l'archétype de ce qu'est le groupe en 2013. A moitié mort (c'est con), à moitié vivant (ça l'est encore plus, surtout artistiquement) : The Strokes est une entité musicale très à la mode puisque "The walking dead" et les zombies sont la hype du moment. Sauf qu''eux ne le font pas forcément exprès. Ou plutôt qu'ils s'en cognent royalement pour être honnêtes. Toujours est-il que cela reste audible oui, soyons honnêtes (déjà plus qu'Angles en tous cas) ... pour un jeune groupe de rock qui répète dans son garage. Quand on s'appelle The Strokes, ça transpire carrément la loose. Alors forcément quand on est un label sensé transformer ça en hit dans les bacs autant prendre des cours d'alchimie et trouver une formule changeant le plomb en or. Ou éviter d'envoyer l'album chez les médias un peu intègres (parce qu'on trouvera forcément un ou deux papiers criant au chef-d'œuvre en cherchant bien) ou méchants. Parce que quand il faut se farcir "Partners in crime" toujours aussi paresseux, zapper 2/3 titres parce que bon, notre patience a ses limites, et qu'on n'a pas que ça à foutre non plus, c'est marrant mais là, il n'y a plus personne. Même pour arriver tout doucement jusqu'à notre Eden instantané concernant ce disque, un "Happy ending" dont on rêve secrètement qu'il signe le "The end" d'un groupe qui est en train de méchamment saloper sa discographie à force de continuer à sortir des trucs alors que la magie s'est depuis longtemps estompée (depuis First impressions of Earth si tu veux tout savoir). Un peu comme ces couples qui rêvent d'ailleurs mais restent ensemble parce qu'il faut payer les traites de la baraque et l'école privée des rejetons. Triste et un peu pathétique.

Tout ça pour dire que la stratégie marketing du label qui tient apparemment à ne faire écouter et donc parler de l'album que chez les médias les plus consensuels et policés s'explique très logiquement. Pire, elle est à la fois nécessaire et la seule potentiellement acceptable vues les circonstances. Alors que le groupe refuse les interviews pour ne pas avoir à expliquer que ses membres ne peuvent plus s'encadrer mais continuent à se supporter juste assez pour faire des disques histoire de garnir leurs comptes en banque. Parce que Comedown machine est l'album qui vient après l'album qui était déjà de trop (Angles donc pour les deux du fond qui ne se suivent pas), c'est dire sa légitimité et/ou son intérêt intrinsèque. Puis finalement on remercie le label de nous avoir épargné le fameux cas de conscience de l'écologiste pris en flagrant délit de gaspillage. Non pas que l'on soit les plus acharnés à défendre la cause verte... m'enfin, c'est vrai que recevoir un album et être tenté de le jeter illico, c'est un peu triste. Pour le prochain on sera prévenu et évitera aussi de gaspiller quelques minutes de cerveau disponible supplémentaires. R.I.P The Strokes.

The Strokes / Chronique LP > Angles

The Strokes - Angles Quand le meilleur groupe dandy-rock du monde revient avec une quatrième offrande, apparemment accouchée dans la plus grande douleur et après trois albums absolument imparables, forcément au W-Fenec on est dans les starting-blocks. L'épreuve du titre et de la pochette une fois passées (si, c'est une épreuve quand même à ce niveau), les New-Yorkais peuvent désormais mettre le feu au terrier avec un album aussi attendu que redouté. A tort ? A raison ?

Pour :
De toutes les façons, passer après First impressions of Earth était plus que compliqué rien que sur le papier, le troisième album des américains étant une bombe gorgée de tubes, les "Juicebox" et autres "Heart in a cage" et on ne parlera même pas ici de "Vision of division" intense et complètement habité par les Dieux du rock indépendant. Il fallait donc un miracle pour atteindre le même niveau d'autant que les crises d'ego agitant le groupe n'allaient vraiment pas aider. On va donc évacuer l'idée d'entrée en la faisant courte : Angles n'a pas grand chose d'un chef-d'oeuvre, mais ce n'est pas non plus la purge que l'on aurait pu craindre. Même si lors de la première écoute, après deux titres, on n'en menait pas large. Faut dire aussi que Julian Casablancas ayant commis il y a peu un premier album solo frisant l'innommable à côté duquel Angles est un chef-d'oeuvre, l'échelle critique est peut-être ici un peu abaissée. Plus objectivement, le quatrième effort des Strokes réserve quand même quelques jolies réussites, "Two kinds of happiness", son feeling retro, son break électrisant et sa mélodie qui fait vibrer les enceintes marque les esprit, idem sur la ballade "Call me back", intimiste et pudique et "Gratisfaction" est drôlement bien écrit. Le talent, quand on l'a un jour, on ne le perd jamais complètement. C'est déjà ça de pris.

Contre :
Oui les trois précédents albums du groupe sont des torpilles rock et ont claqué la dernière décennie de la musique indie comme rarement. Mais ce n'est pas une raison... parce qu'il faut être honnête, la mise à feu est cataclysmique. Le groupe, certainement pas aidé par des épisodes d'intenses dissensions internes accouche d'un "Macchu Picchu" paradoxalement tubesque et pénible, un peu putassier et à des années lumières des hits jalonnant la discographie du groupe. A ce moment-là, les Strokes sont entre deux portes, presque dans l'angle-mort (ahah), avec d'un côté une volonté apparente de changer de voie/x, abandonner le rock frondeur à la fois dandy/bad-boy, et de l'autre, la recherche (vaine) du tube à tout prix, du single qui va propulser l'album en haut des charts... et fatalement se ratent sur un "Under cover of darkness" tristement quelconque. Puis, on le sait, c'est écrit d'avance, l'album va quand même marcher, du moins au départ. Après ce sera le bouche à oreille qui fera la différence. Là par contre, ça risque de se gâter, tous les morceaux de l'album n'étant clairement pas à la hauteur de ce que le groupe avait su proposer par le passé ("You're so right" est à ce titre particulièrement difficile), à tel point qu'au terme de l'écoute de cet Angles, on mesure avec regret la distance qui nous sépare d'un Room on fire ou d'un Is this it. Les guitares ne sonnent pas vraiment (et à des années lumières du précédent enregistrement), alors les New-Yorkais compensent en chargeant les effets 80's, option goût douteux à l'appui, la prod, limpide, rate la cible... limitant de fait les possibilités d'un groupe dont on suppute alors qu'il ait pu avoir du mal à faire les bons choix artistiques tant on sent l'édifice musical parfois... bancal. Et puis sérieusement cette pochette...

Verdict :
Intrinsèquement bien trop doués pour sombrer dans la médiocrité, les Strokes passent en mode survie sur un album qui a failli apparemment sceller la fin de leur histoire commune. Au bord de la rupture, les américains ont tenté de limiter la casse, pas toujours avec la plus grande réussite d'ailleurs, et s'ils parviennent à livrer un disque de qualité honorable (foutu talent tout de même) là où certains se seraient royalement plantés, le rendu final de ce quatrième album est bien trop faiblard pour soutenir les comparaisons avec ces prédécesseurs. Éternel problème que celui de l'excellence qui devient toujours plus difficile à conserver au fil des créations, celle-ci bien que d'honnête facture étant à des années lumières de ce qu'a pu produire le groupe au sommet de son art. Là, ça sent quand même un peu la fin...

The Strokes / Chronique LP > First impressions of Earth

The Strokes : First impressions of earth The Strokes, acte III. Début 2006, les new-yorkais se retrouvent à nouveau dans l'actualité à l'occasion de l'apparition de First impressions of Earth. Pour ce troisième débarquement dans les bacs, l'incontournable Julian Casablancas est toujours aux commandes en tant qu'auteur-compositeur dans la quasi totalité de l'album (seuls trois morceaux sont co-écrits avec trois des quatre autres membres). Premier point positif avant même d'avoir écouté la bête : un contenu revu à la hausse (14 pistes contre 11 pour les deux précédents). Il ne reste qu'à espérer que la qualité se soit jointe à la quantité. Et à peine la galette dans la machine, on en prend plein les oreilles ! La succession de véritables cartons tels que le single au riff et à la basse accrocheurs "Juicebox", ou "Heart in a cage" doté d'une intensité musicale inarrêtable, ou encore "Razorblade" et son air jovial attachant, ne peuvent que séduire l'auditoire. En revanche par la suite, quelques morceaux comme "Evening sun", "Killing lies" ou "Ask me anything" (véritable singularité du disque), montrent peu d'intérêt de par une certaine mollesse et un manque de forme qui auraient tendance à ennuyer. Un des premiers constats qui vient à nous concerne la production : exit le son garage, c'est dorénavant un son modernisé qui caractérise entre autres cet album. Et on se rend vite compte à l'écoute de First impressions of Earth que l'évolution atteint celui-ci au-delà de ce domaine : les Strokes sont clairement allés de l'avant musicalement, et semblent s'éloigner de l'aspect simpliste et linéaire qui leur collait à la peau jusque là. Les influences sont également plus modernes, ce qui devrait un peu décrédibiliser leur image d'héritiers des influences garage des 70'. Fab Moretti, derrière les fûts, ne se réduit plus à un seul rythme tournant en boucle par morceaux, et ajoute du piquant à son jeu ("Red light" en est une bonne illustration). Il en est de même pour Nikolai Fraiture qui complexifie légèrement ses lignes de basses. C'est chez les guitaristes que la différence est la moins flagrante, ce qui n'empêche pas de bénéficier de riffs toujours aussi prodigieux et d'une lead foudroyante (dans des titres comme "Heart in a cage", "Red light", "Vision of division"). Ce troisième opus est synonyme de libération pour Casablancas : amputé de ses effets voix, c'est d'une manière complètement décomplexée et relâchée qu'il prend plaisir à expérimenter et repousser ses limites vocales pour le plus grand plaisir de l'auditeur. Ainsi, il nous projette ses quelques montées et fantaisies ("Ize of the world", "Vision of disorder", "Fear of sleep"). Toutefois, pour certains, c'est avec modération qu'il faut y prendre goût car le chant peut se montrer lassant, très lassant. En effet, il est possible qu'enchaîner les 14 titres puisse rendre fou en raison de la voix de déchiré du leader (flagrante dans "On the other side" ou "Killing lies" mais qui atteint son summum dans "15 minutes"). En y réfléchissant avec un peu de recul, et vis-à-vis du tournant pris par The Strokes, on pourrait presque inclure Is this it et Room on fire dans un seul et même double album. Vous l'avez compris : First impressions of Earth est un virage dans la carrière du quintet, et laisse présager une suite toujours aussi prometteuse.

The Strokes / Chronique LP > Room on fire

The Strokes - Room on fire Suite à l'extraordinaire battage médiatique du premier album Is this it, propulsant The Strokes sur les devants de la scène rock, il est certain que la formation new-yorkaise a voulu réitérer cette performance. Et "réitérer" semble être le bon mot étant donnée la ressemblance indéniable entre le premier opus et son successeur. En effet, en dégustant la deuxième fournée du groupe, cela semble avoir le même goût. Pour Room on fire, le quintet a réemployé les mêmes méthodes guidées par deux mots d'ordre : simplicité et efficacité. Nul doute que les prises de têtes lors de la composition (prise en charge quasi intégralement par Julian Casablancas) ont dû se faire rares. Instrumentalement, cet album nous livre un schéma basse-batterie linéaire qui s'accorde très bien dans un ensemble essentiellement poussé vers le haut par la savoureuse association des guitares de Albert Hammond Jr (rythmique) et Nick Valensi (lead).
Julian Casablancas s'occupe du reste avec sa voix toujours légèrement éraillée (notamment quand il s'agit de monter dans les aigus) et couverte d'effets de distorsions. A l'image de Is this it (avec entre autres des "Last nite" et "Someday" tubesques), Room on fire nous dévoile quelques calibres tels que "The End has no end" (dont le principal fournisseur national en gaz, pour ne pas le citer, a assuré une partie de la promo française dans l'une de ses publicités .), "Reptilia" ou encore "Under control", la petite ballade du lot. En bref, cet album est sans surprises mais tout de même très agréable à écouter, s'inscrivant dans la continuité. On retrouve la touche musicale du groupe, sans grande évolution, mais on s'en contentera largement.

The Strokes / Chronique LP > Is this it

The Strokes : Is this it Mais qui sont ces jeunes freluquets new-yorkais qui sortent de nulle part avec leurs son de guitare craspouille et leurs pop-songs simplettes et qui soulèvent une vague de hype outre-manche et outre Atlantique (et à présent ici) d'une ampleur telle qu'elle ferait passer At the drive-in (qui a quand même fait office l'année passée de "grand retour du rock") pour une bande de bouseux sortant à peine de leurs grange texane ! Les cinq Strokes font parler d'eux pour plusieurs raisons : à cause de leur look de glandeurs désabusés, de leur attitude de New-Yorkais tellement pointus que plus rien ne les impressionne (le chanteur n'est autre que le fils du fondateur de l'agence de top models "Elite"...), mais aussi et surtout espérons-le, de leurs chansons. Car il y a véritablement là de quoi être impressionné. Les onze morceaux de Is this it, c'est de la pop avec la sueur du rock, des mélodies toutes bêtes mais tellement efficaces du minimalisme terriblement sophistiqué, le tout servi par un son soigneusement élaboré pour sonner approximatif et combiner la rugosité du garage avec la crudité du punk ("New York city cops, they ain't too smart", entonne Julian Casablancas sur la chanson du même nom). Faire du neuf avec du vieux, après tout est le lot de tout le monde ou presque, il se trouve simplement que Is this it, derrière ses airs de ne pas y toucher parvient à livrer une musique qui ne ressemble pas à grand chose de contemporain. Les puristes seront trop dégoûtés par l'engouement branché qui entoure le groupe pour y jeter une oreille, et si on les comprend, ce n'est toutefois pas faire justice à un groupe au talent immense.