Stoned Jesus

Stoned Jesus / Chronique LP > Songs to sun

stoned jesus Songs to sun Depuis sa première production sérieuse (l'EP Stormy monday), Stoned Jesus a vu sa carrière prendre une ampleur considérable : tournée à l'autre bout du monde, invitations dans les plus grands festivals, labels d'envergure internationale, les mecs auraient pu avoir une vie de rêve s'ils n'étaient pas Ukrainiens et en guerre... Malgré les tourments et les préoccupations quant la survie de leurs familles, ils continuent de composer et s'attaquent à une trilogie dédiée au soleil, à la lune et à la Terre. La première livraison, c'est donc ce Songs to sun.

Si notre étoile est à l'honneur de ces chansons, elle n'est pas vraiment présente sur une pochette dans le brouillard où la seule teinte de jaune correspond aux flammes d'un Icare qui s'est brûlé à trop vouloir s'en rapprocher. Cette ode au soleil se plaint donc en premier lieu de la nuit qui se termine ("New dawn"), des ombres ("Shadowland") et de la pluie ("Lost in the rain") et d'une lassitude qui n'amène rien de bon ("Quicksand"). Quand bien même le tempo est plutôt cool, on ne lézarde pas sous les rayons, et c'est avec pas mal de groove que Stoned Jesus fait décoller son premier long morceau. Marqué par la voix claire d'Igor, le stoner prend parfois des allures plus rock, voire même grunge par moments, puisqu'on n'est plus très loin d'un Soundgarden quand la disto laisse place à des notes plus brillantes. Le groupe s'est éloigné de ses premières aspirations psychédéliques et son sludge laisse beaucoup de place à des instants de clarté, comme ces chœurs très doux sur "Lost in the rain" qui précèdent un solo qui n'est pas sans rappeler la patte de David Gilmour. Et encore une fois, c'est avec beaucoup de groove que le trio remet la machine en route, "Low" envoie du riff et du rythme comme on l'aime et comme on en a l'habitude, ce titre est taillé pour le live avec un passage instrumental qui fera des ravages. "See you on the road" passe un peu inaperçu parce qu'il est suivi d'un autre très gros morceau, le dernier, construit avec une anaphore ("I'm tired of") et un refrain désabusé, "Quicksand" marque les esprits par les sonorités de guitare (quelle force dans ses riffs acoustiques !), la force du propos et une ambiance assez glaçante. Là encore, Stoned Jesus prend des risques et ça paye car ils ne font qu'étendre leur univers et y apporter d'autres saveurs.

Songs to sun est davantage un ensemble de compositions réclamant le retour du soleil plus qu'un parcours au cœur d'un chaud désert rocailleux, la prochaine série est pour la lune, elle pourrait être plus sombre, elle est en tout cas déjà diablement alléchante. Slava Stoned Jesus.

Publié dans le Mag #70

Stoned Jesus / Chronique EP > Stormy monday

Stoned Jesus - Stormy Monday Ep L'Ukraine c'est un peu de l'ex-U.R.S.S qui se bat pour un brin de démocratie. Mais c'est aussi de cet état que vient Stoned Jesus. Signé sur Heavy Psych Sounds Records, le jeune groupe enregistre en septembre 2015 un premier titre prometteur : "The Harvest". Il faut ensuite attendre cinq mois pour que l'effort se poursuive. Mais tout vient à point à qui sait attendre ; la formation pose dans les bacs Stormy monday.

La pochette colorée est trompeusement annonciatrice d'un rock psyché. Cela dit, le genre est aussi vaste que ses déclinaisons sont nombreuses. La question est alors : qu'avons-nous dans la boîte ? Une musique riche et diversifiée. "Stormy monday" - titre éponyme - se présente en deux versions pour l'ouverture et la fermeture du disque. Le titre est lent et bien mené dans sa mélodie qui rappelle un peu la musique des Melvins. "Bear cave" - reprise de Red Temple Spirit - surprend son auditeur. Elle commence comme une ballade mélancolique à l'ambiance épurée. Le break se fait par un extrait de l'enregistrement "Self under siege" du philosophe américain Rick Roderick : "en rien nous devons croire, vouloir, espérer ou même rêver". Le titre prend ensuite un véritable virage, l'ambiance est orageuse, le chant caverneux s'impose sur un son lourd et gras. A la vitesse de l'éclair, nous repartons dans un tout autre univers avec "Drunk and horny". Dans un style punk hardcore, le titre nerveux est une ode de deux minutes au sexe et à la piave. Stoned Jesus nous fait passer du nihilisme à la débauche, du métal au hardcore.

Dans les années 70 à la sortie des cinémas, les membres de Black Sabbath constataient le succès de l'horreur et sa place dans l'imaginaire. S'en suivit une carrière énorme d'une cinquantaine d'années au service du côté obscur. Egalement enclin à faire fuir les hippies, les jedis et autres habitants de la lumière, Stoned Jesus distille dans cet EP une musique sombre qu'on se repasse comme pour jouer à se faire peur. Reste à leur souhaiter un chemin plein de succès et fleuri de chrysanthèmes. Pour ceux qui en demandent plus, l'EP The seeds, Vol II est disponible depuis juin 2016. A bon entendeur...