Stoned diplodocus - Ante mortem Un dinosaure défoncé, que ce soit par les artworks ou leur nom, les Normands aiment l'image d'une grosse bête en voyage dans les paradis artificiels. Les adjectifs "psyche" et "acid" leur vont très bien, même si les principales dénominations de leur travail tendent vers "math" et "noise".

Les bestioles sont trois : Anthony Retaillé (à la guitare et au "chant" si on peut appeler ça du chant vu que ce ne sont surtout que quelques cris), Armel Sfaxi à l'autre guitare et Robin Dufour à la batterie. Oui, ils n'ont pas trouvé de bassiste. Originaires de Ouistreham, ils sont aujourd'hui basés à Caen et se sont liés d'amitié avec l'asso L'étourneur qui touche un peu à tout (studio, concerts, label), offre ses productions à prix libre et aide donc des groupes du coin (Nooumena, Multimodal Brothers, F.A.T Animal...) et sort donc leur premier album Stoned diplodocus fin 2016. Après une démo Weird jamming tapes qui présentait 4 petits titres, Stoned Diplodocus passe à l'opus éponyme. Cinq longs titres qui sont handicapés par un son trop léger (pousse le volume !), un peu sourd, certainement trop saturé car à trop être brouillé, il en devient brouillon comme sur "Empress" où le chant lointain, pas forcément nécessaire, se perd au milieu d'une saturation grave. Pour autant, un titre comme "Paxton" et sa déferlante de riffs math/noise et des passages qui sonnent comme des impros presque jazzy indiquent que le trio en a dans le ventre.

Fin 2017, on prend les mêmes et on recommence avec Ante mortem, cette fois-ci la prod' a été davantage soignée et les 4 titres sonnent plus agréablement, ça reste accrocheur, granuleux et très électrique mais on ne doit pas forcer l'attention pour comprendre le propos. C'est déjà pas évident d'essayer de suivre les morceaux (qui en moyenne durent un quart d'heure même avec le blanc qui cache un "Frère Jacques" déstructuré en fin de galette) pour que le son ne s'en mêle, certains moments sont plus que graves et attaquent les neurones mais mes oreilles ont entendu pire. Et taper dans le gras et le dérangeant est assumé par les Normands sans quoi, ils n'auraient pas transformé "Sun song", titre qui débute calmement et clairement avant de fondre en un maelstrom distordu où des hurlements viennent déchirer ce qui pouvait encore l'être. Plus psychédéliques et moins mathématiques, les ambiances sont un peu plus chaleureuses et on sent que le groupe aime le live dans la manière qu'il a de faire progresser ses énormes plages. Le "chant" ressemble d'ailleurs davantage à un cri primal, un exutoire qui permet à une énergie brute de fuir un corps qui cherche à tout maîtriser. Ou alors, Stoned Diplodocus ne voulait pas être entiché de l'adjectif "instrumental"... En tout cas, si tu veux explorer des terres lointaines, qu'elles soient enfumées ou vieilles de plusieurs millions d'années, écoute Ante mortem.