Rock Rock > Soviet Suprem : Chronique LP

Rouge

Soviet Suprem Rouge Depuis que je sais que c'est la dernière (au moins pour un temps) participation de Sylvester Staline au projet Soviet Suprem, j'écoute un peu différemment ce Rouge, non plus comme un nouvel assemblage de titres qui forment un album (il faut lire l'interview pour comprendre la fabrication de l'opus), mais comme un moyen d'apporter une conclusion à cette partie de l'histoire.

Comme s'il fallait fermer la boucle, comme s'il fallait terminer avec des trucs qui semblent si évidents qu'il devient étrange que le groupe/collectif ne l'avait pas fait avant... Comme intituler son album Rouge, référence évidente au communisme, mais aussi gros clin d'œil aux albums blanc, noir ou bleu de certains collègues (et avec du rouge sur l'artwork pas comme King Crimson qui avait sorti un Red... noir). Une évidence comme ce morceau qui ouvre le disque "Komunistoirdamour", comment ne pas y avoir pensé avant ? Alors, lève-toi et danse, si t'es au pays des Soviet, c'est pour faire la fête, pour faire l'amour et pas la guerre, debout ! Derrière le sens du rythme et la science des jeux de mots, on n'oublie pas les messages et les références plus ou moins faciles, ici les "damnés de la Terre" font référence à l'ouvrage de Fanon, résistant, anticolonialiste, mobilisé pour l'indépendance de l'Algérie, il y défend toutes les formes de lutte. Autre évidence, placer "On fait le putsch" sur disque, le titre est présent dans les concerts comme une sorte d'intermède depuis plusieurs années, il s'offre ici une plage avec un vrai texte et quelques guests pour apporter du flow (2ksee, Namko,) ou des sonorités aussi engagées qu'ensoleillées (Tracy de Sà). Il semble assez clair également qu'on devait retrouver le Dubioza Kolektiv avec le Soviet Suprem tant l'esprit folk venu des Balkans est fondamental dans leur identité ("C'est la chute finale"). Pour le reste, il y a au moins autant de logique car le gang nous a habitués au choc des mots (l'excellent "Fashion facho" avec en invité le doux portugais de Flavia Coelho), aux exercices de style ("Hiphop condrie" qui rappelle le tube de Gaston Ouvrard, mais ici la rate ne se dilate pas, elle est en snapchat !), à l'exploration d'un monde particulier (ici celui du gaming avec "Tetris", hit absolu inventé à Moscou), à des chansons à reprendre en chœur ("Bis trop" qui joue autant sur le fait de boire un coup que de devoir prolonger un peu le concert). Enfin, en plus d'une introduction ("Interlutte" pour "Tetris") et d'une petite pause réflexive ("Interlhop"), Soviet Suprem joue sur la douceur avec un "Rougir" en guise d'au revoir (pas question d'imaginer un adieu) et surtout sur un "Pacifique", superbe titre partagé avec Aurélie Saada (Brigitte) et Mourad Musset (La Rue Ketanou), hymne au pacifisme sur lequel on vogue délicatement.

Forcément trop court (c'est toujours trop peu quand on apprécie autant), ce Rouge vient compléter la discographie d'un groupe connu pour son esprit festif, mais qui démontre qu'il sait aussi se poser et faire réfléchir au-delà du programme annoncé en faisant tomber le mur qui pouvait exister entre le concept de départ et ce qu'il est aujourd'hui.

Publié dans le Mag #70

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