Rock Rock > Soviet Suprem : Review Concert

Soviet Suprem au Channel (fév. 2024)

Pour ouvrir les 3 jours des flâneries sonores 2025, le Channel de Calais a invité Soviet Suprem, un excellent groupe qui fusionne plusieurs influences et représente donc l'idée de leur week-end festif autour de la musique, mais aussi un petit pied de nez à la tendance politique locale toujours plus à droite et dont les décisions menacent chaque jour davantage la culture, l'ouverture et la solidarité, trois valeurs chères au Channel.

the skol band the skol band Histoire d'ambiancer la grande halle, c'est une fanfare locale qui met le son, The Skøl Band joue avec quelques idées personnelles et revisite des standards avec énergie. Le brass band regroupe soubassophone, saxophone, trombone, trompette, percussions et dégage donc une belle chaleur cuivrée et rythmée. Le concert est sympa mais prend une autre dimension avec l'invitation lancée à Y. Le rappeur calaisien vient poser son flow sur une instru bien sombre, le soubassophone se distord alors pour intensifier le message car le texte évoque la vie, la survie et la mort de ceux qui traversent le monde par espoir et passent par Calais. C'est profond, bien écrit, bien envoyé, il faut espérer que les deux collectifs (La Guêpe pour The Skøl Band et La Case pour Y) travaillent de nouveau ensemble. Un petit "Sweet dreams" pour faire participer le public et il est déjà l'heure pour les musiciens de quitter la scène.

Soviet Suprem Soviet Suprem C'est sous l'oeil d'un agent du KGB que les derniers préparatifs et réglages ont lieu, il s'agit de ne rien laisser au hasard pour l'arrivée de l'Armée Rouge. Elle débarque chaudement vêtue et nous invite, sous les drapeaux, à nous rapprocher de leurs rangs. Accompagnés de Yugo Chavez au violon et de Didier Croute Chef aux samples, John Lénine et Sylvester Staline (qui s'est blessé au genou mais ne semble pas forcément suivre les recommandations médicales qui exigent certainement du "repos" plus que des slams) débarquent presqu'autant en fanfare que The Skøl Band. Après une introduction grandiloquente, le groupe enchaîne ses tubes sur un rythme effréné, comme s'il ne fallait pas gâcher la moindre seconde du temps qui leur était imparti. C'est donc sacrément sportif sur les planches, mais aussi dans le public qui participe aux jeux para-soviétiques et réalise des exercices qui deviennent vite des pas de danse (toujours de la gauche vers la gauche), avec ou sans le petit doigt. En plus des hits, on a le droit à du rab de jeu de mots ("on fait tourner les soviets"), des petites blagues (une pause publicitaire pour les Air Marx), le passage de Trump, des interventions inopinées du président Micron ("Parce que c'est notre projet !") et alors qu'on était dans un monde très slave, on passe encore plus à l'Est avec un changement de backdrop. Les deux leaders qui s'affichaient laissent de la place à l'Asie et les tubes du nouvel album mettent un peu plus le feu à Calais ("Made in China", "Woke wok", "Coco", "Ping pong"). Les plus "vieux" ne sont pas oubliés ("Rongrakatikatong", "Soviet Suprem party", "Slow slavic" où tout le monde danse, "Valse soviet") et certainement pas "Bolchoï" où une partie du public monte auprès d'eux pour rejoindre le goulag. Flow incisif, instrus bien calés, énergie débordante, c'est la fête au Channel, mais c'est déjà l'heure du rappel... Avant d'avoir leur version, on a un peu de la vraie, on lève le poing et on danse encore avec "International", on chantonne avec "Rideau de fer" et on s'extasie avec le medley "Raspoutine orchestra" / "Vladimir" / "Couic-Couic" en formation resserrée. Après avoir envoyé plein de bonnes ondes vers son public (sans pour autant tendre le bras comme Etron Muscle), rideau... Et on aura beau reprendre celui de fer pendant plusieurs minutes, rien n'y fera, c'est bel et bien terminé.

Merci à Julien (Math Promo) et à l'équipe du Channel. Coucou aux Audomarois !

Publié dans le Mag #64

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