Sonic Youth : Murray Street Cet album sorti en 2002, a marqué un petit tournant dans la vie de Sonic Youth. Alors que le groupe a toujours fonctionné à quatre, et ce depuis 20 ans, un cinquième membre vient se greffer au désormais quintet : Jim O'Rourke. Producteur de son état (Stereolab), et auteur d'albums naviguant entre expérimental et pop sophistiquée, l'homme a activement participé à l'écriture de la quasi-totalité des titres de Murray Street.
Délaissant un temps les morceaux complexes, les expérimentations diverses et variées des EP tels que Syr I et Syr II, Sonic Youth nous offre avec Murray Street un album moins complexe mais plus direct que ces prédécesseurs.
S'ouvrant sur une très belle ballade rock, qui malgré ce que laisse ironiquement supposer son titre est plutôt inspirée ("The Empty Page"), Murray Street se poursuit avec le très calme "Disconnection Notice". Un morceau au tempo relativement lent, Sonic Youth prenant visiblement son temps avec un titre pop travaillé où le style très particulier des new-yorkais fait merveille, à mille lieues des pop-songs ultra-calibrées qui trônent au sommet des charts.
Troisième des sept titres de Murray Street, "Rain on Tin" est un instrumental pop-rock agréable au début mais qui finit par devenir un peu répétitif sur la fin. "Karen revisited" marque le retour des Sonic Youth à l'expérimental. Lee Ranaldo assure les vocaux sur la première partie du titre avant que la seconde ne s'engage sur des chemins de traverse et ouvre la voie à "Radical adults lick godhead style", pur morceau de rock expérimental.
Quid de Kim Gordon ? La demoiselle fait son apparition vocale sur le très bref "Plastic Sun", un titre à réserver aux habitués de l'univers de Sonic Youth tant le groupe se plaît à jouer sur la non-mélodie, une particularité qui a, en partie, fait le succès du groupe à la fin des années 80. Cerise (ou plutôt fraise ici…) sur le gâteau, "Sympathy for the strawberry" est une vraie réussite. En guise de final de cet album, le quintet sonique nous offre un morceau de neuf minutes en tous points remarquable. Tout Sonic Youth est là, guitares et claviers qui s'enchâssent à merveille, rythmique lancinante, chant discret mais efficace et final tout en crescendo à la Oceansize, ce morceau est une merveilleuse conclusion pour un album qui au final s'avère un peu plus complexe qu'il n'y paraissait au premier abord.
Certains estiment que le groupe a connu une traversée du désert au milieu des années 90 en s'enfermant dans des expérimentations un peu absconses, avec Murray Street, Sonic Youth se montre plus en forme que jamais et que les désormais cinq new-yorkais ont encore de bien belles années devant eux.