Sonic Youth : Goo Premier album à sortir dans les bacs après que les Sonic Youth aient signé chez une major, Geffen Records en l'occurrence, Goo marque un tournant dans la musique du groupe. Après Evol, Sister et Daydream Nation, le quartet new-yorkais est en 1990 un groupe devenu culte de la scène pop-rock underground et s'oriente alors, avec Goo, vers une musique plus rock et plus accessible que sur les albums précédents. Avec des titres tels que "Dirty Boots", "Tunic" ou "Mary Christ" (qui rappelle quelques titres furieusement speedés des Queens of the Stone Age), ce nouvel album démarre fort, Sonic Youth met, dès les premières secondes, le feu au plancher et livre des titres de rock pur et dur aux mélodies très travaillées et à l'énergie brute. Le groupe ne verse pas pour autant dans le rock calibré et se permet notamment quelques lignes de guitares, presque post-rock avant l'heure, au beau milieu de l'excellent "Tunic". Quatrième piste de Goo, "Kool Thing" est un must , un titre encore une fois rock, simple, groovy, inspiré et terriblement efficace, qui préfigure ce que sera Dirty, l'album suivant des Sonic Youth ; celui-ci étant considéré par beaucoup comme l'opus le plus rock des new-yorkais. Sur Goo, les natifs de la Grosse Pomme, nous offrent des titres de rock pur et dur mais nous réservent également quelques surprises avec l'expérimental "Mote" dont les distorsions de guitares radicalement anti-mélodique combleront les inconditionnels des premiers opus de Sonic Youth. Les new-yorkais alternent ensuite morceaux de rock énergique et souvent très réussis avec des titres bien plus déroutants tels que "Mildred Pierce" et son chant hurlé final, qui ne cadre pas vraiment avec le reste de l'album, ou "Scooter & Jinkx", morceau aussi bruitiste que très rapidement lassant. A noter qu'une vidéo de ce titre fut à l'époque shootée par Richard Kern, réalisateur et photographe underground new yorkais. Une fois passée les déceptions de ces titres qui laisseront de marbre ceux qui n'apprécient pas forcément ce type d'expérimentations peu accessibles et assez décevantes, Sonic Youth nous offre le sombre et désespéré "Cinderella's Big Score", un titre magnifique qui n'est pas sans rappeler le travail du groupe sur Evol. Quelque soit la qualité de ses albums, Sonic Youth sait les conclure avec des titres toujours très réussis. Goo ne déroge pas à la règle et nous offre en guise de final un excellent "Titanium Exposé" qui pourrait tourner des heures durant sur la platine sans que l'on puisse s'en lasser. Entre titres rock légèrement formatés mais à l'énergie contaminatrice et morceaux plus underground et un peu décevants, le groupe a semble-t-il tenté avec Goo de concilier ses velléités d'expérimentations avec les obligations que supposent son arrivée sur une major (à savoir, vendre le maximum de disques). Au final, le groupe nous livre un album un peu hybride, parfois un peu déstructuré mais non dénué de qualités intrinsèques.

Mécontent du son de Goo, Sonic Youth sortira l'année suivante via leur fan-club Sonic Death, les démos de l'album sobrement regroupées sous le titre de Goo Demos. Les titres des morceaux ne sont pas les même que sur l'album sorti chez Geffen et ce disque contient un petit bonus, un inédit instrumental intitulé "Lee #2".