The Somnambulist-Sophia Verloren Auteurs il y a trois ans de Moda borderline, un premier album à l'élégance rare, les Berlinois de The Somnambulist poursuivent leur trajectoire aventureuse (cf. pochette) avec Sophia Verloren, confirmant ainsi les excellentes impressions que nous avions eu à leur égard à l'époque et à quel point cette formation est décidément hors-norme. Car cette entité représentée par des membres aux nationalités multiples (italien, français, allemand, belge, néo-zélandais) brassent également différents backgrounds musicaux (rock, jazz, classique et klezmer) qui confèrent au groupe son aspect si particulier. Les limites de The Somnambulist deviennent de moins en moins visibles avec ce nouvel effort qui arpente en huit titres des espaces sonores situés autour du post-punk, du rock vague à l'âme et du folklore d'Europe centrale. Le tout avec la manière et une classe déconcertante.

Ce qui marque d'entrée chez cette troupe, c'est son habileté à poser des ambiances antinomiques et à insérer des éléments de nature discordante ensemble, à entrainer des confusions de genres pour en tirer in fine une substance qui fonctionne admirablement et qui attise la curiosité. D'abord, il y a cette voix rauque, presque énigmatique, et captivante de Marco Biancardi venant griser ce tableau kaléidoscopique. Une vocalise qui s'oppose à celle argentine d'Albertine Sages sur "A daisy field", morceau à la mélodie enivrante en mouvement circulaire. Cette chanteuse, faisant partie de la longue liste des invités du trio originel pour cet album, marque son empreinte également sur le final feutré et jazzy "Monday morning carnage". Une illusion lorsqu'on fait face au reste des titres à la tension palpable de ce Sophia Verloren.

Parlons dans un second temps de l'apport conséquent des instruments et de la mise en place du décor sur lequel Marco pose sa voix. Comme une chimère dans le royaume de Morphée, la musique de The Somnambulist possède la singularité d'utiliser des panels sonores issus d'autres styles que le rock classique (violon, theremin, piano, vibraphone, sax alto, scie musicale...) créant, par la même, des atmosphères troublantes comme sur "...And the snow still falls", mais pas que. Si le violon de Rafael Bord domine un peu les débats, c'est pour insuffler ce vent de liberté qui rend ce groupe tant insaisissable. Faite de lentes progressions orchestrées ("My own paranormal activity"), de rythmes effrénés accompagnés de guitares au style tarabiscoté (deuxième partie de l'excellente "Dried fireflies dust") et autres engrenages inextirpables ("Steam"), ce Sophia Verloren est un véritable casse-tête, un chemin caillouteux sur lequel l'auditeur ne fera jamais de sortie de route car cohérent de A à Z.

PS : Vu que les mots me manquent pour vous donner l'envie d'écouter ce chef d'œuvre (osons le mot), je vous conseillerais peut-être la chanson éponyme qui selon moi représente le mieux l'album de par les déclinaisons de son hétéroclisme. Bonne écoute !