Rock Rock > Sleep Talker

Biographie > Le causeur endormi


Jusqu'à aujourd'hui, de chez Dead Bees Records, on ne connaissait que les talentueux Eyelash Pulse. Connexion purement fortuite avec Sleep Talker, le groupe qui nous intéresse maintenant, Rémi (guitare) et Nicolas (batterie) sont justement des membres d'Eyelash Pulse. Ceux-ci rejoignent début 2003, Jean (guitare) et Sebastien (guitare, octaver), venant eux de Call me Loretta, et les quatre décident alors de monter un groupe évoluant dans un registre indie-pop rock instrumental. Sleep Talker est né. Pendant près de trois ans, les quatres musiciens vont alors se retrouver en divers moments de stand-by de leurs formations respectives, pour répéter et composer tranquillement quelques compos, qui leur serviront à produire une ou plusieurs démos. Finalement, sans jamais s'être endormi pendant ses séances de répétition, Sleep Talker se retrouve, au moment de son passage en studio, avec pas moins de 18 titres, que le quartet enregistre et mixe en l'espace d'une petite semaine, tout ça pour sortir en rafale, un EP (Shelbyville bus stop) puis un album éponyme, en l'espace de trois mois à peine et toujours via Dead Bees...

Sleep Talker / Chronique LP > Cornerlife crisis

Sleep Talker - Cornerlife crisis Il ne faut jamais prendre pour argent comptant ce qu'annonce un groupe quand il parle de son nouvel opus comme d'un disque conçu pour les allergiques aux fêtes de fin d'année, composé de "8 chansons pour faire bombance, 1 pour se sentir mal et 1 pour s'endormir. C'est juste un argument marketing pour eux, surtout quand il s'agit des Sleep Talker. En même temps, ils ont bien raison, car Cornerlife crisis mérite largement que l'on utilise tous les moyens à notre disposition pour faire parler de lui, même de la manière la plus vénale qui soit. Après deux premiers essais (Shelbyville bus stop et un éponyme) où il qualifiait lui-même sa musique comme étant en "work in progress" permanent, Sleep Talker semble avoir fixé une limite virtuelle, une sorte de frontière invisible à son évolution permanente pour la capter sur un instant précis ou plus certainement une période donnée, l'enfermant dans un espace d'expression clôt au sein duquel, il peut pleinement s'exprimer, sans pour autant réfréner ses ardeurs électriques. "Anna Cruz", "Soviet pillow", "Spitshakes galore", les premiers titres s'enchaînent très naturellement et le groupe développe un rock noisy (sans basse s'il vous plaît) quasi exclusivement instrumental, à la fois élégant, homogène et cohérent. Seul bémol, si l'exercice de style est une jolie réussite, à la longue, l'absence de chant a tendance à rendre le résultat un tantinet répétitif. Ce, malgré l'inventivité assez exhaltante qui caractérise les motifs musicaux composés par le groupe et ce que ceux-ci renvoient tout au long des titres comme "Tamozhnikam Ivangoroda" ou le très raffiné "Blue or grapefruit flavored ?". Une impression générale d'autant plus renforcée quand le chant (même un peu incertain) fait justement son apparition sur l'éponyme "Cornerlife crisis". Là, fatalement, la musique du groupe y gagne sérieusement en impact. Mais ce n'est pas là la dernière surprise que les gaziers nous réservent. Car, curieusement, les Sleep Talker ont gardé le meilleur pour la fin avec notamment "Barefoot in the snow" ou "Numb me out". Puissance saturée et fausse nonchalance électrique sont au programme de ces deux titres sur lesquels le groupe semble hausser son niveau de deux ou trois crans avant de conclure son album sur un ultime morceau un peu plus anecdotique... quand bien même "l'anecdotique" reste très honorable quand il est fait par Sleep Talker.

Sleep Talker / Chronique LP > Sleep talker


sleep_talker_st.jpg Il y a un an et demi, Sleep Talker enregistrait en même temps deux disques : un EP baptisé Shelbyville bus stop chroniqué dès sa sortie et un album "full length" éponyme décortiqué par nos soins seulement maintenant. La raison ? Tout simplement parce qu'il y a en permanence et au minimum une jolie cinquantaine de disques en attente de dépeçage rédactionnel sur le bureau de chaque membre de la rédaction et qu'on essaie d'en faire un maximum sans pour autant trahir l'essence des oeuvres qui nous sont proposées à écoute. Cela dit, il était quand même grand temps de se pencher sur ce Sleep talker, d'une part pour rendre compte de ce que pouvait donner le groupe sur un long format après un EP plutôt prometteur ; et d'autre part, parce qu'on ne s'attardera jamais trop sur les productions du foisonnant et sympathique label Dead Bees Records. Une petite structure à la dynamique étonnante et à l'exigence de qualité pleinement assumée. En témoigne notamment les sorties des albums de Alone in 1982, Eyelash Pulse, Cobson, Call me Loretta ou plus récemment Junkyard Birds. Musicalement, Sleep talker, est dans la droite lignée (qui en doutait ?) de Shelbyville bus stop, leur effort inaugural. Mélange à l'anglo-saxonne de distorsion noisy, d'effluves post-rock et d'écriture typiquement indie-rock, l'album, quasi exclusivement instrumental, se veut, à l'instar, du premier essai, comme un "work in progress" permanent. A savoir qu'une fois enregistré et complètement finalisé, l'album est laissé à la libre-interprétation des auditeurs, qui peuvent à loisir écrire des textes, les enregistrer puis les envoyer au groupe. Sous l'influence discrète des Sonic Youth, Deerhof et autres Fugazi, les compositions du groupe semblent vouloir s'ouvrir à d'autres horizons musicaux, sans toutefois s'éloigner trop d'une certaine conception du rock indé : exigeant, inventif et lo-fi... Assez roots dans l'âme osera-t-on... Des guitares qui s'entrelacent à n'en plus finir, des mélodies tenues aux tendances pop, des rythmiques qui jouent la rupture sans jamais s'égarer sur des chemins de traverses, les membres de Sleep Talker osent, se mettent en danger, sans jamais copier personne ni jouer la facilité. Ils ne se posent assurément pas en réinventeurs du rock mais se plaisent à faire dans leur coin la musique qu'ils aiment, tout simplement, sans prétention ni considération mercantile. Si l'intention est louable, le résultat l'est bien plus...

Sleep Talker / Chronique EP > Shelbyville bus stop

sleep_talker_shelbyville_bus_stop.jpg Un artwork illustrant de fort belle manière l'impressionnante logistique de l'armée russe (sic...), une guitare octave se substituant à la basse, des morceaux courts et singuliers, quasiment exclusivement instrumentaux et composé avec en tête le concept du "work in progress" (le groupe n'hésite pas à proposer à ses auditeurs d'écrire eux-même les paroles, les interpréter et les lui envoyer), le projet Sleep Talker ne respire pas vraiment le "déjà vu" ou le "déjà entendu". Aussi, entre l'urgence d'un "Missing turntables" et les les lignes de guitares de "Last resort before jealousy", le groupe n'usera du chant que sur le premier titre de cet EP, évitant de lorgner du côté des formations post-rock haut de gamme, pour livrer un indie-rock instrumental dense et mesuré... Presque plus prôche d'un rock noisy mainstream que d'un post-rock en phase de méditation transcendentale (et là, tout le monde est quasiment largué, sic). Plus simplement, le temps de ce Shelbyville bus stop, Sleep Talker a trouvé sa voie, son cheminement musical, l'emmenant à emprunter des contrées que l'on imaginait déjà connues, pour mieux nous égarer et au final nous surprendre. Agréablement. Evidemment, se jouant des paradoxes, le groupe s'amuse et prend ainsi un malin plaisir à s'éloigner du post-rock à un moment précis, pour mieux s'élever dans l'atmosphère l'instant suivant. Puissant, inventif, entremêlant à merveille ses lignes de guitares pour mieux "faire surgir en filigrane de précieuses mélodies cachées" (cf: le press-book du groupe), Sleep Talker joue ici une musique matûre qui ne semble jamais pouvoir ennuyer. 18 titres ont été enregistrés lors du passage en studio du groupe début 2006, les 6 premiers forment Shelbyville bus stop, un EP en forme d'appéritif en vue de l'album éponyme, sorti quelques semaines plus tard.