Qu'est ce que vous avez pensé de ce concert ?
Josemi : De puta madre ! La première fois qu'on est venu ici, c'était bien, la seconde fois c'était mieux, et cette fois-ci...
Encore mieux ?
J : De puta madre ! (Pipi arrive)
Pipi : Holà todos !
Vous vous appelez Ska-P, mais votre musique semble s'éloigner de plus en plus du ska originel, avec de nombreuses influences... Pensez-vous encore faire du ska ?
J : Il n'y a pas de définition de la musique de Ska-P... C'est un grand mélange, avec des inspirations ska, punk, folk, rock, musique populaire... Ska-P, c'est Ska-P, c'est la folie !
Beaucoup de gens sont déçus de voir que vous ne jouez pas sur scène les instruments que l'on peut entendre sur vos albums, comme l'accordéon ou la cornemuse...
J : (en faisant mine de frapper Pipi) Mais c'est ce cabron qui veut pas apprendre !
P : On a commencé par intégrer des cuivres... Cela fait 6 concerts qu'on fait avec eux, et tous se passe vraiment bien. Qui sait, peut-être qu'un jour on aura un accordéoniste, ou un homme-orchestre (il mime l'homme-orchestre : ta tatata !)
J : T'as trouvé ça mieux avec les cuivres ?
Euh... Ouais, ça fait plus de monde sur scène, c'est quand même plus chaleureux que les synthés.
J : Ouais, maintenant Ska-P est un vrai groupe !
Est-ce qu'il y a des groupes avec qui vous aimeriez jouer ?
P : On voulait jouer avec Manu Chao, et on a eu la chance de pouvoir le faire... C'était génial !
J : Moi, j'aimerais bien jouer avec les Fils de teuhpu !

Sur votre dernier album, Que corra la voz !, vous avez pour la première fois traduit vos paroles, ça correspond à une volonté de mieux faire passer vos messages ?
J : Non, en fait on l'a fait pour que les gens ne comprennent rien (rires).
P : Oui... Les paroles sont quelque chose de très important pour nous, et comme on écrit en Espagnol et qu'on se ballade un peu partout en Europe, on voulait que tout le monde puisse comprendre. Et on continuera sur cette lancée.
Sans la traduction, il était possible d'assimiler le discours de Ska-P à celui de groupes comme la Ruda Salska ou Marcel et son orchestre. Vous vouliez éviter d'être considéré comme un groupe purement festif ?
P : C'est vrai qu'une chanson comme "Cannabis" a eu un impact énorme, que ça soit en France ou en Espagne. À l'aide de ce morceau, nous avons touché un public beaucoup plus large que celui auquel nous nous attendions. C'est depuis ce moment là que nous faisons des efforts pour transmettre notre message plus en profondeur.

A quoi correspond votre slogan, "fiesta y revolucion" ?
P : Pour la "fiesta", je crois que c'est clair... Tu viens à un concert de Ska-P et tu le vois.
J : Ce slogan signifie "faire la fête, mais avec en même temps une certaine conscience politique". Après, ce qu'on arrive à faire passer, ça dépend du public. Il y a des gens qui vont venir au concert, faire la fête et puis se casser. D'autres vont continuer à réfléchir, et ouvrir un bouquin.
Comment réagissent les gens en Espagne face à certaines de vos chansons, à propos de la corrida par exemple ? (Ska-P est férocement opposé à la tauromachie)
J : Il faut savoir que la majorité des Espagnols ne regardent pas la corrida. Le problème, ce n'est pas seulement qu'il y ait des corridas, c'est surtout l'indifférence des gens. Par exemple, quand ils sont dans un bar et qu'à la télé il y a une corrida, ils vont changer de chaîne, comme si la réalité allait disparaître. Ce qui est terrible, c'est que c'est la même chose avec la pauvreté, le racisme ou les violences conjugales. Le grand problème, c'est l'indifférence.
Y a-il quelque chose de particulier en France qui vous fait réagir ?
J : (L'air accablé...) Oui...Le fait que vous fassiez cuire vos tortillas avec du beurre (rires) !
P : En fait, ce n'est pas au niveau de la France... Partout il y a des injustices, des situations et des idées contre lesquelles il faut lutter. La France n'est pas très différente de l 'Espagne, ou de l'Italie. Les combats sont les mêmes. Beaucoup de gens se reconnaissent dans les paroles, quel que soit leur pays. Même quand on joue en Amérique du Sud, les gens se sentent concernés.
Justement, j'ai l'impression que les thèmes que vous abordez deviennent de plus en plus planétaires (la mondialisation, le conflit israélo-palestinien, la peine de mort...) sur vos derniers albums, moins centrés sur l'Espagne... Est-ce lié à votre succès hors de l'Espagne ?
J : Non, je ne crois pas, je pense que depuis le début nous défendons des causes planétaires.
P : C'est vrai que le thème de la mondialisation est apparu récemment dans nos albums. Mais nos chansons restent liées à l'actualité, elles peuvent être sur des sujets planétaires ou très locaux. Par exemple, sur Planeta Eskoria, on a écrit une chanson pour soutenir les ouvriers des chantiers navals d'Asturies, qui s'intitulait "Naval Xixon". Je crois qu'il y a un équilibre entre les chansons localisées et celle plus générales.

Pour finir, y a-il une question qu'on n'a pas posé et auquel vous auriez aimé répondre ? Quelque chose qui vous tiens particulièrement à cœur ?
P : Il y a un truc en particulier dont je suis fier et dont j'aimerais bien parler. J'ai commencé à travailler quand j'avais 12 ou 13 ans, jusqu'à 25 ans et mon entrée dans Ska-P. De ça je suis très fier et j'ai beaucoup appris.
J : On nous a déjà posé des questions sur tout... On voudrait juste dire merci, merci à tout le monde d'être venu... Et maintenant on va manger !