Sigur Ros : Takk... Ny batteri EP, Von, Agaetis Birjun, ( )..., l'annonce de la sortie d'un nouvel opus des génies islandais de Sigur Ros a toujours le don de provoquer des petits picotements derrière la nuque. Invitation à une plongée en apnée dans les méandres d'un abyme inconnu, Takk (en islandais "merci") est la dernière offrande en date du groupe, un nouvel opus composé de 11 titres pour plus d'une heure de musique, que dis-je, de voyage aux confins du merveilleux et de l'univers onirique de Sigur Ros.

Takk est un album que les quatre Islandais ont façonné dans leur studio d'Alafoss (une ancienne piscine désaffectée) pendant plus d'un an et demi afin d'en saisir la quintessence, de s'approcher au plus près d'une perfection pourtant inaccessible. Post-rock céleste, éléctro atmosphérique, pop cotonneuse. L'intro éponyme, nappée de discrètes sonorités éléctro, de ce nouvel album se fond naturellement avec "Glósóli", premier single de Takk. Un morceau aux vocalises cristallines, presque enfantines, qui nous prend par la main pour nous conduire vers des contrées inexplorées, un eden musical, contemplatif et métaphorique. "Hoppípolla" et sa mélodie jouée sur un piano droit (petit détail qui a son importance dans l'ambiance qu'il offre au morceau), se révèle d'une musicalité saisissante, tant les notes de claviers semblent s'élever par delà les sons pour trouver leur écho dans les harmonies du titre suivant, l'émouvant "Með blóðnasir".

Evidemment, les paroles sont en islandais, donc, à moins de comprendre cette langue, difficile d'avoir une idée précise des histoires que raconte le groupe à travers sa musique. Mais qu'importe, il n'est pas ici question, de linguistique mais de poésie. Et la musique de Sigur Ros prend alors tout son sens. Bercé par les ambiances ouatées d'un "Sé lest" long de plus de 8'40, l'auditeur se laisse emporter par la mélancolie douce et naïve, encore une fois presque enfantine, des mélodies du groupe. A l'image de ses précédentes oeuvres, Sigur Ros parvient à nous toucher au plus profond de notre être avec "Sæglópur", sans doute le sommet de cet opus. Intemporel et enivrant, soumis à des crescendo d'une intensité rarement égalée, les Islandais nous offrent un titre d'une maîtrise remarquable pour lequel chaque note, chaque quart de soupir semble avoir été longuement pensé, mesuré et retravaillé. Un hymne à l'existence, une ode à la joie de vivre, simple, aérienne et apaisante ("Mílanó"), la musique de Sigur Ros passe sans aucun problème d'un post-rock teinté d'électronica, à une pop délicate et feutrée, comme en atteste un titre tel que "Gong". Mais elle est avant tout autre chose, un sublime voyage à travers les cieux pour un auditeur errant seul, au milieu de ces mélodies épurées, magistralement orchestrées par un groupe une fois encore touché par la grâce ("Andvari", "Svo hljótt", "Heysátan"...). Merci.