Shannon Wright - Secret blood En visitant les forums de rock et assimilé, il est facile de déceler deux types de fans de Shannon Wright. Ceux qui prétendent qu'elle a déjà tout donné et que le meilleur est derrière elle, notamment Over the sun avec le gourou indé Albini. Et les autres, ceux qui vont la soutenir mordicus, pensant qu'elle est toujours capable de bien jolies choses en matière de musique. Je me range de leur coté et plutôt deux fois qu'une.
Et Secret blood offre pas mal de raisons de penser que l'on a là affaire à un talent intact de chez intact : notamment "Violent colors" qui offre une entame d'album deluxe après une intro ambiante bizarroïde faisant monter le déplaisir d'attendre une véritable pièce de choix. Ambiance tendue et riff pénétrant, une voix (et quelle voix!) qui se découvre peu à peu pour un morceau dont la montée de tension amène au plaisir auditif. "Fractured" est du même acabit : c'est du Shannon Wright qui tranche les sceptiques à la machette avec un songwriting précieux et brute de décoffrage. Premier morceau apaisé et porte d'entrée vers une pelletée d'étapes à la beauté palpable, "Dim reader" se savoure par ses textures en arrières-plans, ses relents shoegaze, et la respiration qu'il offre tandis qu'"On the riverside" se révèle être une perle en matière d'écriture anémique, la mélodie est très belle, on est pas loin du "sadcore" (la sainte trinité Low, Chokebore, Codeine) au niveau du rythme. On est à la mi-conclusion de l'album et Shannon Wright est encore loin d'avoir dit son dernier mot, Secret blood va alterner les titres doux splendides ("Merciful secret blood of a noble man"), les brulots écorchés vifs ("Commoner's saint") et les intermèdes marquants ("Satellites"). Shannon Wright en 2010, c'est toujours, de toute évidence, une écriture solide, sincère et à la richesse pluri-émotionnelle exacerbée. Shannon Wright en 2010, oui et plutôt deux fois qu'une (bis).

NdR : Sur la pochette du disque, à coté de la télé et du vinyle, on devine une pochette de disque de Black Flag, peut-être une manière de réaffirmer, pour ceux qui ose en douter, son attachement à la sphère DIY, donc à une certaine esthétique et conception de la musique.