Self Defense Family - Try me Il est ici question de rock noisy hardcore sur-tendu et (volontairement) étouffé. Une harangue DIY propulsée par les bonnes grâces de l'écurie Deathwish Inc. cherchant à rendre un peu moins confidentiel quelque chose qui sans cela, resterait un peu dans l'ombre de cette griffe musicale que l'on qualifiera ici d'atypique. Racée et renvoyant l'auditeur à une douce exploration de la scène des 90's (Jawbox, Fugazi et autres Quicksand en tête), elle exhal(t)e une douleur pernicieuse solidement ancrée dans l'épiderme, une mélancolie vrillant l'âme de ses auteurs et une dynamique à fleur de peau... ("Nail house music", "Tithe pig").

Parfois un peu trop dans l'économie d'effets ("Turn the fan on") - mais peut-on réellement leur en vouloir ? - Self Defense Family n'en demeure pas moins vénéneux. Et addictif. Surtout quand ils font grimper la tension nerveuse de quelques crans (d'arrêt) avec "Apport birds" ou "Aletta" oubliant toute forme de concession pour provoquer la réaction émotionnelle : viscérale. Décidément prêts à tout pour conserver leur indépendance de ton, les Américains s'autorisent un peu tout (et parfois des trucs un peu étranges) comme cet "Angelique one" consistant en une longue tirade de spoken word sans aucune musique (ni guère d'utilité) ou le très pop-rock et étonnamment easy-listening (pour du Self Defense Family s'entend.) "Mistress appears at funeral".

Pas de prise de risques réelle possible chez les ex-End of a Year dans la mesure où l'essence même du groupe est de jouer les funambules, de se poser en contre-pouvoir marketing. Et toujours sur la corde raide, n'hésitant pas à ferrailler contre le vent, n'effleurant les contrées mélodiques que pour en déconstruire les codes usuels ("Fear of poverty in old age"), Self Defense Family ne cherche, au travers de ce Try me, qu'une seule chose : l'abrasion sensorielle, la fusion d' émotions brutes et qui prennent littéralement aux tripes, sans un regard pour le conformisme (l'incandescent "Weird fingering", "Dingo fence" et ses mantra gorgés de colère intériorisée). En somme, tout ce qui fait de cet album ce qu'il est : soit une œuvre exigeante et anti-consensuelle au possible. Parfois à la limite de l'anachronisme, souvent empreinte de résignation cinglante et d'une mélancolie sourde, expulsée de la manière la plus maladive qui soit. Toute en violence à peine contenue...