Scowl-Are we all angels Rappelez-vous, dans le Mag #57, je vous disais tout le bien que je pensais de Scowl après les avoir vus en concert à l'Xtreme Fest à l'été 2023, fortement impressionné par le quintet californien (redevenu quatuor tout récemment après le départ de son guitariste originel) et son punk-hardcore hybride imprégné de certaines consonances quasi pop. La mue entamée à l'époque, décelable dans l'EP Psychic dance routine (2023) et son titre éponyme (ou "Opening night"), arrive-t-elle à son terme avec ce nouvel album ? Pas sûr, malgré le papillon prenant son envol symbolisé sur la pochette. Le groupe a encore de la marge, mais une chose l'est, le Scowl de 2025 a de moins en moins à voir avec celui des débuts en 2019. Les morceaux basiques et rugueux, d'1min30 environ, rendant hommage au hardcore des 80's (Black Flag en tête), se sont enrichis d'autres influences. "Mainstreamisés" a-t-on pu lire, et j'ai vu aussi le qualificatif pas si déconnant de "gentrified hardcore" qui leur était accolé, ainsi qu'à Turnstile. Autre formation dont la musique a également considérablement évolué, au risque de faire grincer des dents les puristes et d'en perdre en chemin. Tout en en gagnant d'autres, moi le premier, qui considère que ce Are we all angels est ce que Scowl a fait de mieux. À condition express de ne pas l'envisager comme un disque de punk-HxC et ça tombe bien, je ne suis pas fan de tough guys.

D'entrée de jeu, dans "Special", premier single sorti plusieurs mois avant l'album et préfigurant la métamorphose Scowl, Kat Moss nous prévient, alternant passages langoureux et d'autres criés : « I don't wanna be special, just tell them a lie. I don't wanna be different, just to stay alive. ». Il n'y aura pas de faux-semblant, elle ne nous donnera pas ce qu'on veut, ou ce qu'on attend d'elle. Cette dichotomie dans le chant va souvent prédominer, notamment dans "B.A.B.E." aux grosses guitares dégoulinantes d'alternative rock 90's (très présentes dans tout le disque), ou bien se contenter d'un chant clair qui n'est pas sans évoquer Hole et Courtney Love ("Fantasy", "Not hell, not heaven"). C'est à ce moment que déboule "Tonight (I'm afraid)", qui paraît au début comme le morceau le plus posé de l'album, et se transforme au bout de 2min, avec un tempo multiplié par 10 (le batteur est du reste monstrueux de bout en bout) et une Kat Moss qui hurle, expulse toute la rage, frustration et désespoir accumulés. Tube !

Si je n'ai absolument rien à redire à ces cinq premiers titres, sur cette lancée on n'était pas loin de tenir un des albums de l'année, les cinq suivants sont un peu plus faciles, moins accrocheurs, pour ne pas dire plus plats. Sans être désagréables pour autant, mais cela manque de saveur. Mince. Peut-être que le groupe le sait, et a pour cette raison placé comme pièce finale, l'éponyme "Are we all angels", qui lui sonne bien davantage punk-hardcore qu'alternative rock et ravive notre attention, donnant envie de relancer l'écoute depuis le début. Malin.