scarlett_johansson_anywhere_i_lay_my_head.jpg Chère Scarlett,
Je dois t'avouer que sur papier (glacé), l'idée-même de te voir pousser la chansonnette sous la douche a de quoi me renvoyer à mes premiers émois d'adolescent. T'imaginer enregistrer en studio des reprises de Tom Waits paraissait comme une brillante idée pour exciter la plume des journalistes rock mais également une preuve de ton bon goût en matière de musique de qualité. Tu avais alors su attiser ma curiosité. Et, à la lecture des premiers échos d'une certaine presse hexagonale "hype" ou bien-pensante (du type Inrocks), j'étais perplexe mais plein d'espoir(s). A l'écoute de ton album, l'évidence est venue d'elle-même... Je vais être sincère : tu n'es pas une chanteuse et ces journalistes ont définitivement perdu tout sens critique - "ensorcelant", "très impressionnant" - ai-je lu... De quoi me laisser plus que circonspect, sinon incrédule devant aussi peu de recul ou de capacité d'analyse. Et je reste objectivement poli. Car si on peut être logiquement charmé, sinon complètement hypnotisé par ta plastique irréprochable, je dois t'avouer que l'introductif "Fawn" ou "Town with no cheer" ne tiennent absolument pas la comparaison avec les compositions originales et les interprétations du Maître.
J'ai alors remisé mes fantasmes au placard pour finalement laisser l'album se dérouler sous mes yeux, espérant vaguement que quelque chose se passe, que la magie opère enfin.... Peine perdue, si les arrangements sont parfois plutôt sympathiques malgré l'abus de claviers Bontempi (sic), n'y allons pas par quatre chemins, ta voix pose problème. Robotique, comme passé au filtre cybernétique, elle a l'étonnant faculté de faire retomber la tension sexuelle née à la découverte du clip de "Falling down" ; et la vague trame sonore orientée electro-pop 90's ne suscite au mieux qu'un ennui poli. Pourtant on sent bien que tu essaies de moduler tes inflexions de voix, de forcer ton talent, mais je crois que c'est à ce moment-là que je me dois de te confier que tu es malheureusement bien trop limitée de ce point de vue-là pour séduire l'auditeur même le moins exigeant. "Fannin' Street", "Song for Jo", "I don't want to grow up"... les morceaux s'égrènent lentement, trop lentement... et on n'a plus qu'une hâte, celle de pouvoir conclure sans avoir ressenti le moindre plaisir... Chère Scarlett, tu as eu le bon goût de reprendre du Tom Waits, peut-être est-ce pour lui rendre grâce et nous faire comprendre que ses morceaux sont définitivement intouchables ? Soit, mais permets-moi de te dire que c'est assez curieux comme méthode. Et s'il ne fait aucune doute que tu es une actrice douée, oublie la chanson et laisse-ça à ceux et celles qui n'ont pas ta faculté à brûler la pellicule à chaque apparition sur grand écran...