The Samuel Jackson Five Quatre années se sont écoulées depuis Goodbye melody mountain et on commençait à se demander si l'on verrait un jour les discrets norvégiens de Samuel Jackson Five sortir un quatrième album. Et puis il y eut cette boxset vinyle collector compilant les trois premiers enregistrements des scandinaves, parue en 2010 chez Denovali Records, l'hyper-prolifique spécialiste européen des musiques exigeantes mais de qualité (Bersarin Quartett, Birds of Passage, Mouse on the Keys, The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble...), laquelle semblait alors amorcer un retour des SJ5 sous les feux de la rampe. Quelques mois plus tard, ce fut officiel, le groupe enregistrait un nouveau disque et parce que la patience est mère de toutes les vertus, le voici enfin, s'exposant à la face du monde par l'intermédiaire du label... Denovali. Logique.

On avait quitté les nordiques sur un troisième album, Goodbye melody mountain, clairement en deça de leurs productions précédentes, comme si le groupe s'était trouvé un peu à cours d'idée au moment de boucler sa presque trilogie discographique. Mais après une période de silence créatif qui a, apparemment, du leur faire le plus grand bien, les SJ5 livrent ici un disque éponyme ébouriffant (ahah) qui semble opérer un retour au sources de ce qu'était leur musique à l'époque de Same same but different, tout en s'offrant de nouvelles "ouvertures" artistiques. La base post-rock est toujours présente ("Never-ending now", "mockba"), mélangeant allègrement l'ampleur instrumentale d'un Explosions in the Sky et les fulgurances jazz d'un Esbjörn Svensson Trio voire d'un Jaga Jazzist pour mieux bluffer l'assistance, mais le groupe sait également s'essayer à des choses plus novatrices en terme d'écriture.

Toujours sur le fil du rasoir, il s'offre ainsi quelques petites incartades pop-rock indie/arty perchées à la The Arcade Fire avant d'opter pour un travail composition oscillant entre musique néo-classique et (légèrement) contemporaine afin de s'affranchir définitivement du seul horizon post-rock duquel on l'a trop souvent rapproché. Une volonté de briser les codes, qui vaut à au groupe de surprendre en permanence avec un "Radio Gagarin" à la maturité élégante et racée ou un "Race to the self-destruct button" sauvagement indie-rock, avant de laisser l'auditeur face à un exercice de style un peu abscons ("What floats her boat") mais qui a au moins le mérite de le laisser respirer. Parce que cette virtuosité mêlée d'inventivité de tous les instants est aussi désarçonnante que passionnante, mais nécessite que l'on s'y accroche. Parce que les norvégiens de The Samuel Jackson Five n'aiment rien moins que laisser courir leur inspiration retrouvée le long de titres toujours parfaitement ciselés ("Tremolous silence", "Low entropy"). Une sorte de cocktail indie/rock/post-rock/pop à l'inspiration enrichie ("Ten cript in") mais qui ne s'évite pour autant pas quelques tentatives un peu osées, voire complètement incomprises ("A perennial candidate", "...And then we met the locals"). Le virtuosité expérimentale est parfois à ce prix.

Insaisissable, parfois un peu "too-much" mais en même temps brillant.