Samiam (band) 1 Quel effet ça fait de faire à nouveau la promo de Samiam, des interviews, 12 ans après Trips, votre dernier album ?
Sean (guitare) : C'était il y a longtemps en effet, d'autant qu'on n'a pas fait énormément de presse pour Trips. Je ne sais pas pourquoi mais cela n'a pas suscité beaucoup d'intérêt à l'époque. On a un peu tourné et fait quelques interviews mais à trois semaines de la sortie de Stowaway, on a déjà fait bien plus de promo. Pure Noise Records, notre nouveau label, semble davantage impliqué et c'est vraiment chouette. Je ne m'y attendais pas forcément, pour être honnête.

Trois titres ont été dévoilés ces derniers mois et vous avez joué quelques nouveaux morceaux lors d'une tournée européenne en octobre, quels ont été les premiers retours ?
Chad (basse) : Les gens ont été un peu surpris au début parce que seul "Lights out, little hustler" était sorti et on avait mis dans notre set "Lake speed", qui est un morceau beaucoup plus rapide et punk. C'était assez marrant de les voir réagir mais, dans l'ensemble, ils semblaient surtout très contents de savoir qu'un nouvel album était prêt à sortir.

Samiam a toujours eu des difficultés à garder le même line-up, notamment au niveau du basse/batterie. Comment sont arrivés dans le groupe les deux petits nouveaux Chad et Colin ?
Sean : Notre précédent bassiste, Billy, était trop saoul, comme souvent, et n'avait pu prendre son avion pour nous rejoindre au Festà Gainesville où nous devions jouer en 2012. Chad qui habite là et jouait avec The Ship Thieves a appris le set en 4h et a tout déchiré. Il nous a sciés. On n'a jamais viré quelqu'un dans le groupe, ce qu'on aurait dû faire si on avait été plus sérieux mais ce n'était pas la première fois que Billy nous plantait et il nous a finalement quittés de son plein gré peu après. On a donc proposé la place à Chad qui a très gentiment accepté.
Chad : Ça va faire 10-11 ans que je suis dans le groupe, maintenant.
Colin (batterie) : 9 ans pour moi ! Mon ami Jason White (guitar tour de Green Day) avait entendu dire par Jason Beebout (chanteur de Samiam) qu'ils cherchaient un batteur et il lui a conseillé de m'appeler. C'est comme ça que j'ai directement débarqué pour une première tournée en Australie en 2014, sans connaître les autres membres du groupe. Mais j'étais fan de Samiam donc je ne pouvais pas refuser !

Vous n'avez même pas encore sorti un album ensemble mais c'est finalement le line-up le plus stable du groupe...
Sean : Pour moi, c'est même le meilleur qu'on ait jamais eu ! Chad et Colin sont tous les deux d'excellents musiciens en plus d'être des chics types, Sergie n'a fait que se perfectionner à la guitare et joue bien mieux qu'il y a 20-25 ans, Jason a arrêté de fumer et de trop boire avant les concerts...

Tiens à ce propos, Sean, on peut parler du dernier concert de Samiam en France (juillet 2007 au Batofar à Paris) ou bien ce souvenir est trop lointain, flou, douloureux ?
Sean : C'était justement à cette époque où Jason perdait fréquemment sa voix en tournée, parce qu'il fumait trop, buvait trop... On devait quand même assurer les concerts mais avec un chant en demi-teinte, c'était parfois embarrassant. Pour couronner le tout, il prenait des trucs pour la gorge mais il buvait encore plus, pour ne pas se rappeler ces moments humiliants sur scène, et il fumait à nouveau par-dessus. Le concert à Paris était de ces moments-là, en rajoutant des bouteilles de vin rouge en plein soleil... C'était particulièrement désastreux mais vraiment, depuis qu'il ne fume plus, ce n'est plus jamais arrivé. S'il n'avait pas stoppé la cigarette, je ne pense pas que le groupe aurait continué.

Pour vous avoir revus plusieurs fois depuis en Espagne, Allemagne et Floride, je confirme. Faut revenir en France maintenant !
Colin : J'aimerais bien car j'adore la France. C'est un peu cliché mais j'ai fait mon voyage de noces à Paris et avec ma femme, on est allés au Louvre, à la Tour Eiffel... des trucs de touristes quoi. (rires)

Vous avez traversé les décennies et courants musicaux en proposant toujours la même mixture de punk, indie et emo sans véritablement connaître de succès commercial. Avez-vous été frustrés par moments, avez-vous envisagé une autre orientation ?
Sean : On fait un peu ce qu'on veut et on l'a toujours fait. Être là depuis toutes ces années nous évite de suivre ou ne pas suivre une mode. On a compris depuis bien longtemps qu'on ne serait pas millionnaires et ça enlève toute pression. On a notre propre style, je pense, notamment grâce à la voix très identifiable de Jason donc, album après album, on se contente d'imiter Samiam. (rires)
Colin : Quand il a fallu faire l'album, avant la pandémie, on avait 15-16 chansons, construites au fil des dernières années et on a travaillé là-dessus. On ne s'est pas dit : « Faisons un morceau plus lent ou plus rapide ou quelque chose qui sonne vraiment comme du pur Samiam ».

La pandémie n'a pas aidé mais le processus d'enregistrement de l'album a été pas mal complexe, non, en jonglant entre plusieurs studios ?
Chad : J'ai essayé de planifier tout ça mais ça n'a pas été évident, d'autant que j'habite en Floride, Colin à New-York et les autres en Californie. On s'est d'abord retrouvés 2-3 jours à Oakland en Californie dans le local de Green Day, pour répéter et terminer de mettre en place les chansons. Comme un vrai groupe, parce que jusqu'à présent on s'était contentés de s'envoyer des bouts de démos via Internet. Au bout des trois jours, on a enregistré la fin de la répétition avec les morceaux finis, afin de s'entraîner chacun chez soi et revenir un mois après pour une vraie session d'enregistrement studio. Sauf qu'on était fin février 2020 et que le monde s'est arrêté juste après. Pendant un an et demi, on a alors travaillé et encore peaufiné les chansons, en bidouillant cet enregistrement de répèt sur ordinateur. Colin a alors fait ses prises batterie en mode karaoké, tout seul, dans un studio à New York. Ensuite Sean et Sergie sont venus à Gainesville en Floride dans le studio de Ryan Phillips où nous avons enregistré les guitares et la basse. Puis Sean et Jason ont enregistré les voix et chœurs en Californie mais le résultat n'était pas concluant donc il y a eu une deuxième session à Gainesville qui s'est avérée la bonne et l'album a enfin pu être mixé. Malgré toutes ces étapes et tout ce temps, quand j'écoute le disque, je retrouve le moment un peu magique où les morceaux se sont construits et la fraîcheur du local de répétition d'Oakland.
Colin : Je suis complètement d'accord, ça ne semble pas si travaillé. Je n'y étais pas à l'époque mais j'ai l'impression qu'on retrouve dans Stowaway la spontanéité des deux premiers albums de Samiam, Samiam (1990) et Soar (1991), qui avaient été enregistrés dans l'urgence, en quelques jours.
Sean : C'est vrai, à part pour le chant, qui a été fait et refait pendant plus d'un an et dans plusieurs studios. Ce qui est bien car souvent, Jason n'était pas toujours satisfait de ses parties. Il regrettait de ne pas avoir plus de temps, notamment parce que c'est ce qu'on faisait dans le rush, à la fin. Comme il n'y avait pas d'attente particulière, notre label nous a dit de prendre le temps qu'il nous fallait et c'est un luxe qu'on n'avait jamais eu avant donc merci Pure Noise.

En parlant de Gainesville, j'ai été doublement surpris en écoutant le morceau "Lake speed", qui ouvre Stowaway. D'une, parce que c'est sûrement le morceau le plus punk que vous n'ayez jamais composé et, de deux, parce que ce n'est pas Jason qui a le chant lead.
Chad : Avec Chris Wollard (guitariste/chanteur de Hot Water Music et The Ship Thieves), on rentrait d'un concert à Tampa et dans la voiture, je lui faisais écouter les versions brutes de notre session à Oakland . Il a adoré ce morceau, "Lake speed", plus incisif et il était là : « Stop ! Je dois chanter sur cette chanson ! ». Au final, il a même été davantage impliqué parce que j'ai du quitter la ville quand Jason et Sean sont venus enregistrer leurs chants à Gainesville et il s'est occupé de les chaperonner. Il connaît bien Ryan et le Blackbird Studios car plusieurs albums de Hot Water Music ont été faits là-bas et c'est comme ça qu'il s'est retrouvé sur trois chansons de Stowaway.

Pour finir avec Gainesville et The Fest, qu'est-ce qui rend cette ville si particulière sur la carte mondiale du punk-rock ?
Chad : J'ai déménagé récemment mais j'ai habité à Gainesville pendant 23 ans et je n'y suis pas allé parce que c'était une ville très étudiante. Non, j'y suis allé parce que c'est là d'où viennent un paquet de groupes punk-rock. Alors, ce n'est pas toute l'année cette énorme fête et communion de personnes avec des tee-shirts Off with their heads ou Jawbreaker mais il y a quelque chose de spécial. La scène est très soudée et actuellement 90% des groupes répètent dans le même local car ils se sont faits expulser d'autres endroits par des promoteurs pour construire des parkings ou des bureaux. Il y a aussi beaucoup de musiciens ou d'anciens musiciens qui tiennent des bars ou des restaurants et qui ouvrent leurs établissements en dehors des heures de service pour que des groupes puissent y répéter. D'autres personnes ouvrent également leurs maisons ou leurs garages... je ne sais pas si on retrouve ce genre de camaraderie ailleurs.

C'est la première fois qu'un album de Samiam porte le nom d'une chanson. Quelle est la signification de "Stowaway" ?
Sean : Quand j'ai écrit cette chanson, pour moi c'était une sorte de suite à "Tag along", qui est dans l'album Clumsy (1994). En tout cas, c'est à ça que je pensais mais il n'y a pas vraiment de signification particulière. Sergie a ensuite trouvé que ça ferait un bon titre d'album. Ce titre (NDLR : "passager clandestin" en français ) a pu trouver davantage de sens après coup, mais comme toute chose peut résonner différemment selon les gens, leurs expériences, peu importe l'idée initiale...

L'album sort bientôt, j'imagine que vous êtes pressés de le faire découvrir aux gens et de le défendre en concert. J'ai vu pas mal de dates de prévues aux USA alors que ces dernières années, vous aviez surtout tourné à l'étranger.
Colin : Ça va être cool de pouvoir à nouveau se réunir car on n'a pas joué ensemble depuis Halloween, de retrouver le soleil de Californie car, ici à New York, il est censé neiger en mars. Je suis super excité, je fais du sport pour pouvoir être en forme et assurer.
Sean : Oui, on va notamment jouer à Los Angeles pour la première fois depuis 15 ans !

Samiam (band) 2 Bon, l'heure tourne, parlons peu, parlons bien. Peut-on envisager un nouvel album de Samiam avant 2030 ?
Colin : Ahaha ! Sean nous a envoyé une nouvelle chanson l'autre jour, c'est trop bien donc oui, pourquoi pas un EP prochainement.
Sean : Pour l'instant, on est surtout concentrés sur cet album qui sort à la fin du mois et les premiers retours sont plutôt positifs donc on est vraiment heureux. Si ça n'avait pas été le cas, on aurait sûrement été déçus et pas forcément motivés mais il est vrai que là ça peut nous booster. Qui sait...

Pour finir, c'est quoi le dernier groupe que vous avez écouté aujourd'hui ?
Colin : Je ne m'en rappelle déjà plus, laisse moi regarder... Going to a go-go de Smokey Robinson And The Miracles. J'aime bien les classiques de la Motown.
Chad : Moin je viens juste de m'envoyer le premier album de The Damned, un autre genre de classique. (rires)
Sean : Je crois que le dernier disque que j'ai écouté c'est Warm Drag, un groupe de Los Angeles avec Paul Quattrone, le batteur de Osees.

Merci à vous et à bientôt en France, j'espère.
Colin : Merci beaucoup ! (NDLR : en français dans le texte)
Chad : Merci et si tu reviens au Fest cette année, n'hésite pas à me contacter !