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Originaire de Suède où il s'était formé en 1992, Salt est un groupe de rock grunge alternatif scandinave, composé de Nina Ramsby, Daniel Ewerman et Jim Tegman qui connu rapidement le succès en signant après quelques années d'existence chez l'un des poids-lourds de l'époque, en l'occurrence Island Records, chez qui sort en 1996 l'album Auscultate. Un très joli score dans les charts plus tard (dans les 40 premiers du Billboard US à sa sortie) et les suédois rempile avec un deuxième opus : Delay Me Down and Make Me Wah Wah!!, sorti lui chez l'indépendant Meltdown Records un an plus tard.

Salt / Chronique LP > Delay me down and make me wah wah !!!

Salt - Delay me down and make me wah wah !!! Le moins que l'on puisse dire c'est que l'artwork typé serial année 50 détonne... à tel point que je me suis demandé un instant s'il s'agissait bien du même groupe !

Un an seulement vient de s'écouler et MVG records (Misery Loves Co., Peace, Love & Pitbulls, Mary Beats Jane) va devoir se démerder seul pour écouler ce Delay me down and make me wah wah !!! car Island Records ne remet pas le couvert, conséquence certainement du rachat de ce dernier à cette époque par Polygram, ce qui explique la discrétion pour ne pas dire l'indifférence dans laquelle est sorti ce deuxième album (à la base un EP de 6 titres auquel ont été ajoutées 6 B-sides) et voilà comment un groupe sincère, nettement supérieur à la moyenne termine dans le plus stricte anonymat après deux galettes de qualités, sort injuste que connaîtra également Mindset dans un autre registre.

Avec si peu de temps entre les deux disques, on est à peu près certain de reprendre les choses là où on les avaient laissées.. .et c'est tant mieux pour nos oreilles car ça démarre plutôt fort : intro noise (très Made Out Of Babies) pour mettre en jambes puis on rentre dans le vif du sujet avec "Suppose" qui déboule avec son riff plombé et démontre à ceux qui ne l'avait pas encore compris que le groupe ne joue pas de la power pop. Ensuite vient la première baffe avec "You", la seconde, "Fragile", mettra peu de temps à arriver derrière : c'est jouissif et bien chiadé, rythmiquement imparable et l'ensemble est porté avec beaucoup de maîtrise par Nina Ramsby dont le timbre de voix et le chant sont à classer dans le même tiroir que ceux de PJ Harvey et Kristin Hersh (Throwing Muses)... allant même jusqu'à rappeler celui de Kerstin Haigh (Senser) sur l'excellent "Frust" !

Salt va enchaîner des titres plus efficaces les uns que les autres comme d'autres enfilent des perles, ce sans jamais tomber dans la niaiserie ou la ballade poussive ( en témoignent "Silenty sleeping" et "A play"), ou l'hommage foireux, ce qu'ils démonteront sur "Into water" et "Sad dog" véritables clins d'œil aux Pixies, mais la véritable surprise viendra de "Good God" où la bande à Nina va démontrer ses réelles capacités à transcender ses influences et se montrer plus ambitieuse en lorgnant sur un rock plus progressif. Peu d'évolution donc sur ce Delay me down and make me wah wah !!!, on peut penser que le groupe a récupéré d'anciennes démos ou repris les compos abandonnés pour Auscultate, c'est possible mais on s'en fout après tout car le résultat est là, le groupe s'est affranchi de son demi-succès précédent et ne tombe pas dans le piège à cons de vouloir absolument récidiver. Salt se montre tout de même un peu plus brut de décoffrage avec une impression de jeu plus instinctif, ce qui en plus de le différencier subtilement de l'opus précédent, lui confère un certain charme.

Salt / Chronique LP > Auscultate

Salt - Auscultate Faire la chronique d'un disque de 1996 en 2012 c'est soit ne pas avoir grand chose à foutre de son temps libre, soit faire son vieux con nostalgique, je vais être franc : du temps libre je n'en ai pas des masses alors je vous laisse en tirer les conclusions ! Nous sommes en 1996 et Island Records a sorti il y a quelques mois Manic compression, l'ultime album de Quicksand et dans trois ans la maison de disque anglo-jamaïcaine sortira celui de Stanford Prison Experiment : l'excellentissime Wrecreation, et c'est entre ces deux albums cultes que va arriver dans les bacs Auscultate. Voilà je pourrais presque m'arrêter là si je n'avais pas envie de me faire chier mais comme je suis quelqu'un d'appliqué.
Après Fireside et juste avant Refused, c'est une nouvelle fois la Suède qui va se faire entendre en allant jusqu'à piquer au vif les ricains sur un terrain qu'ils pensaient le leurs ! Les coupables de ce nouvel affront : Nina Ramsby (voix, guitare ), Daniel Ewerman (basse) et Jim Tegman (batterie) qui évidemment ne sont pas les membres d'un énième groupe de pleureuses post-grunge qui, à grands renforts de mélodies mièvres et souvent peu inspirées, vont tenter de pilier l'héritage de Nirvana et des Pixies..., non le combo scandinave a trop la classe et de maîtrise pour cela, il puise d'ailleurs plutôt son inspiration du côté du post-hardcore (rythmique appuyée, basse plombée, gratte tranchante et abrasive) mais avec un feeling, une fibre indie rappelant beaucoup celle des Breeders voire Veruca Salt en mieux !
Aidé à l'époque par le titre "Bluster", l'album va connaître un certain engouement et sera classé 33 au Billboard US, mais ce single n'est pas forcément le plus représentatif d' Auscultate. La musique de Salt, c'est un peu la main de fer dans un gant de velours : de l'émotion avec un songwriting de qualité, des mélodies retorses ou addictives , le tout porté par des compos efficaces jamais avares en décibels, le groupe ne lâche rien et quand il se montre un tantinet plus calme c'est pour mieux rentrer sournoisement dans la tête et vous toucher de l'intérieur comme le terrible "Witty" ou encore "Lids". Alors si à l'époque vous êtes passés à côté, trop occupé à vous pignoler sur Life Is Peachy, Aenima ou encore Antichrist Superstar, et que vous êtes de ceux qui arboraient fièrement vos disques de Sonic Youth, Girls Against Boys, Throwing Muses ou plus récemment ceux de Rival Schools, alors n'attendez plus, vous avez suffisamment perdu de temps !