la rue ketanou : en attendant le scaravane Hum hum ! Au moment où commence à retentir les premières notes de ce disque dans une ambiance de bistrot et de bonne bouffe dans les cantines, j'ai un peu d'appréhension... Signé sur le même label que Tryo et produit par le même producteur, ne serait-ce pas un "Tryo bis", une redite de l'étonnant groupe de reggae accoustik ? Et bien non, tout va bien, on sent d'ores et déjà que La Rue Kétanou n'est pas une pale copie d'un groupe à la mode, et c'est tant mieux. Dès le premier titre, l'auditeur est plongé dans cette ambiance formidable qu'est l'univers des trois saltimbanques. Les guitares sèches donnent le rythme à un accordéon qui oscille entre mélodie et mélancolie. Les trois voix apportent une touche de poésie à ce joli morceau qu'est "La Rue Kétanou", hymne à ce groupe né dans la rue et qui restera attaché à cette identité quelque soit le succès de ce disque. Pleins de jeux de mots accompagnent "Les mots" sur un reggae simple et efficace, et c'est par magie que les mots s'emboitent, coincident entre eux. "L'ardoise", chanson manouche et au tempo lent. Un bon reggae à jouer sans a priori. Les voix jouent encore un grand rôle pour rendre ce titre tout bonnement magnifique."La fiancée de l'eau" est un peu trop chiant pour moi, trop triste peut-être, je ne sais pas, je ne le sens pas, il m'ennuie, ce qui n'est pas mon avis global de ce disque. Et c'est un morceau comme "Les caravanes" qui me renforce dans l'idée que ce skeud est unique : un morceau sur la vie de bohème, son mode de vie, une vision positive, peu-être idéaliste mais tellement attachante ! Un accordéon glissant un thème arabisant en intro d'"exil" et c'est l'histoire d'oiseaux qui rêvent de liberté : un message caché, à vous de vous faire une opinion. S'ensuit le fabuleux "Pépé" en hommage à cette personne pilier de bar qui semblait etre attachant et à qui le groupe a sans doute souhaité rendre un hommage. Et comme par magie, la première mélodie d'accordéon et à peine terminé que les notes s'enchainent dans la tête et l'émotion nous guette en chantant le refrain. La Rue Kétanou aime jouer avec les contrastes, "Tu parles trop" en est le parfait exemple. Démarrage très calme et oriental avec les voix et l'accordéon montant en volume et en puissance au fur et à mesure, et c'est l'explosion acoustique teintée de guitare manouche frôlant le ska, et toujours cet accordéon qui, à la manière du reggae amplifié, balance un accord à contre-temps. Les voix sont un peu limites sur ce morceau, avec une impression de fausse note dans le timbre des trois chanteurs, mais la qualité musicale rend tout cela insignifiant. La mélancolie réinvestit l'ambiance avec "Sur les chemins de la bohème", ôde à ce personnage qui ne vit que l'instant présent, qui n'a pas de future proche, et qui vit avec émotion tous ces instants futiles de la vie faite de rencontres dans le monde entier. Une belle leçon de respect et d'humilité. C'est beau, tout simplement. L'amour est au thème de "Chouff la gazelle", chanson de séduction qui ne se fait plus de notre temps. L'harmonnica et la guitare solo amène de nouvelles ambiances à ce titre rappelant les Negresses Vertes assagies, et toujours la mélodie tout de suite assimilée dans nos têtes et nos coeurs. Les textes sont primordiaux pour ce trio, c'est indéniable, et aux paroles légères et candides se succèdent les mots durs et pesants qui nous font lourdemant réfléchir à cette putain de Terre ou l'on vit."Le clandestin" nous propose une réflexion sur le racisme sous fond de musique tzigane mélancolique. Cete chanson est forte, dure et malheuresement réaliste ("il sinquiète devant la police, qui contrôle les gens de sa race"). Rythmé par l'accordéon de Florent, encore un thème sur la vie de bohème dans "Où je vais". C'est chouette tout ça. Le poème urbain en puissance. Percussions en introduction de "L'oiseau sans plume" et toujours cette recette gagnante jusqu'au bout : riff d'accordéon imprégné dans notre crâne, et accords de guitares simples et efficaces. Le disque se termine (déjà) avec l'excellent "Mohammed", hymne au respect de la race unique qui nous réunie sur cette putain de Terre. Chanson festive très humoristique sur le ton des voix, ce titre est une réussite malgrè le thème grave du racisme et du profit.
Ce premier album de La Rue Kétanou est tout bonnement réussi. Tout y est pour faire passer à l'auditeur un bon moment, sans pour autant rester passif dans la réflexion des textes des trois troubadours : mélodies, rythmes endiablés et posés, textes légers propices à la fête et mots durs amenant à songer plus longuement sur notre société. C'est beau, tout simplement.