Rob Crow - He thinks He's people Quand la moitié de Pinback sort un album solo, via l'excellent Temporary Residence Ltd (Eluvium, Explosions in the Sky...) qui plus est, fatalement le webzine aux longues oreilles ne saurait être bien loin. Pas une règle formellement gravée dans le marbre mais juste un principe de base. Et avec He thinks He's people, nouvel album solo de Rob Crow, on obtient à peu de choses près ce que l'on était venu chercher. Soit une musique tantôt pop classy, tantôt indie-folk à la classe incomparable et au songwriting très au-dessus de la moyenne. "On" n'est pas l'une des deux têtes pensantes de Pinback pour rien en même temps.

Treize titres pour "seulement" un peu plus de trente-trois minutes de musique, les morceaux sont donc courts et concis (on n'atteint jamais la barre des 3'30) mais ce n'est certainement pas là la résultante d'une volonté affichée, chez le songwriter/multi-instrumentiste américain, de livrer des singles calibrés pour les radios. Enfin, des singles, ou des tubes... des pépites pour être exacte, il y en a dans ce He thinks He's people, évidemment. En fait, il n'y a un peu "que" ça et ce n'est évidemment pas plus mal. Que ce soit avec ce "Sophistructure" qui balade sa nonchalance noctambule aux accents rock électrique jusqu'à "Scalped", qui lui succède en délivrant une pop synthétique narcoleptique du plus bel effet, avant que "This thread" ne vienne jouer la carte d'un folk désenchanté et épuré a minima. Facile...

Quoiqu'il tente, Rob Crow le réussit avec une aisance confondante, une élégance troublante, comme sur le très beau "Tranked" ou l'insaisissable "Prepare to be mined". Et lorsqu'il délaisse les sphères pop/indie/folk pour s'en aller vers des contrées rock aux fulgurances punk avec "Build", c'est pour se laisser aller à quelques poussées de fièvre électrique histoire de rompre avec l'atmosphère générale de l'album et le rendre toujours plus imprévisible. Sur le très bref "Pat's crab" notamment ou le plus feutré "So way" pour lequel le leader de Pinback revient à des formats plus pop en laissant perler sur eux une mélancolie intimiste et touchante. Jamais à l'abri d'un rupture de tonalité, il enchaîne avec le bondissant "Locking Seth Putnam in hot topic" avant de se mettre à nu sur "Purpose", "Unstable" puis "Ungnailed", une dernière volée de titres dans la lignée des précédents, pour un résultat à la fois éclectique et racé, complètement à l'image de ce personnage incontournable de la scène indie nord-américaine qu'est Mr.Crow.