Red Sparowes - The fear Is excruciating, but therein lies the answer Aux dires de certains, le post-rock serait un "sous-genre" musical largement surreprésenté par une masse toujours plus importante de formations clonées les unes sur les autres et de fait, englué depuis trop longtemps dans un système le conduisant à tourner en rond. Ce n'est pas tout à fait vrai. Mais ce n'est pas tout à fait faux non plus. Car si on a le plaisir de découvrir assez régulièrement des projets de qualité, on ne compte plus les formations dites "suiveuses" empruntant encore et encore les mêmes sillons musicaux que celles qui les ont précédées. Et là débarque Red Sparowes avec son dernier-né : The fear is excruciating, but therein lies the answer...
Cocktail heavy/post-rock comme toujours chez ces américains, finement ciselé, l'album marque une vraie évolution dans la trajectoire du collectif. De la succession d'épisodes post-rock classieux marquant la narration d'un scénario à la mythologie étudiée, à prendre obligatoire dans sa globalité afin d'en saisir les plus infimes nuances, Red Sparowes est passé à quelque chose de moins "conceptuel" sur la forme comme le fond. De fait, The fear... est plus un "album" sens de compilations de morceaux indépendants, de "stand alone" écrit avec le soucis de boucler la trame mélodique au terme des 4 ou 5 minutes que dure chaque titre (ou à peu près). Les compositions se suivent, se répondent plus ou moins et à chaque fois, le groupe semble chercher à raconter une nouvelle histoire ("In illusions of order", "A hail of bombs"), toujours deux ou trois tons au dessus de ses contemporains (le très beau "As each end looms and subsides").
Arrangements toujours aussi élégants, des harmonies feutrées ("Giving birth to Imagined saviors"), contorsions stratosphériques, quelques éclairs que ne parviennent pas à museler des guitares posées avec une délicatesse infinie ("A swarm"), Red Sparowes ne se soucie plus du tout de convaincre ou de plaire (ce qui était un peu le défaut du premier album), le collectif a trouvé son identité depuis l'album précédent et avance, écrit, progresse, comme il l'entend. Nappes électriques, atmosphères veloutées et guitares scintillantes, Red Sparowes démontre au fil des écoutes qu'il a véritablement changé ("In every mind", "A mutiny"), notamment en portant son intérêt sur quelque chose de légèrement différent de ce à quoi il nous avait habitué. Ce faisant, il nous emmène avec lui explorer les facettes d'un post-rock organique moins prévisible qu'il n'y paraît, quand bien même l'album manque d'un ou deux morceaux capables de nous transporter dans une autre dimension... celle des disques de grande classe.