red_sparowes_every.jpg "The Great leap forward poured down upon us one day like a mighty storm, suddenly and furiously blinding our senses", ça c'était le titre du morceau ouvrant le deuxième album de Red Sparowes, Every red heart shines toward the red sun (ah... les miracles du copié-coller). Donc on va faire simple, on va nommer les morceaux par leur numéro. C'est arbitraire, mais c'est comme ça, sinon la chronique qui va suivre va durer 12 pages...
Après un premier album où la couleur dominante était le vert, Red Sparowes saute une classe de maternelle et découvre le rouge. Le rouge comme la Chine communiste, le rouge, pourpre comme la couleur des rivières de sang qui s'écoulent dans nos veines. Une idée centrale de cet album dont le concept, finalement assez sombre, n'était donc pas de proposer des titres à rallonge et de rendre par là-même la tâche du chroniqueur impossible (sic). Et pourtant.
La Chine donc et plus précisément un programme complètement absurde baptisé "Great sparrow Campaign" et signé Mao Zedong qui prévoyait l'extermination massive des millions de moineaux, provoquant indirectement la mort de 30 millions de personnes dans le pays. Une thématique assez curieuse pour un disque au souffle artistique ahurissant et à la classe incontestable. Entre lignes de guitares étouffantes et instrumentations travaillées portées par un spleen mélodique doux, feutré et amer, Red Sparowes fait parler ses arrangements tout en subtilité, en détails discrets et nappes post-rock évanescentes. Every red heart shines toward the red sun est un album à la maîtrise technique et artistique rare, une oeuvre baignant dans une mélancolie desenchantée latente qui peu à peu, parvient à créer des paysages musicaux dans lesquels on aimerait volontiers se perdre. Tout en puissance et délicatesse, le groupe livre un opus rouge sang où les plages calmes et atmosphériques se substituent sans effort aux intenses murs de guitares. Et vice-versa.
Dépassant allèrement le pourtant très bon At the soundless dawn, les américains semblent de mieux en mieux maîtriser leur sujet, d'autant qu'instrumentalement, Isis et Neurosis obligent, c'était déjà béton. Au-delà d'une étiquette "post-rock" forcément dangereusement réductrice, ils livrent une partition hautement métaphorique, un disque riche et sans complaisance, un album d'une rare précision artistique, car vraisemblablement écrit avec le souci constant de ne négliger aucun détail et de rendre justice à l'intelligence de son auditeur. Difficile dans ces conditions de lui trouver le moindre défaut. Etonnant dans son approche conceptuelle, irréprochable dans son intégrité artistique et sa réalisation formelle, Every red heart shines toward the red sun est, bien que sorti assez discrètement, l'un des meilleurs disques entendus depuis des années. Une "master-piece" évidente...

NB : une petite vidéo dans laquelle le groupe explique ses intentions au moment d'écrire et enregistrer ce disque est dispo en source.