Pup

Review Concert : Pup, Pup à la Bellevilloise (juin 2025)

Pup / Chronique LP > Who will look after the dogs?

PUP-LP5 Après plus de dix ans de chaos scénique, de burn-outs semi-assumés et d'hymnes punk hurlés à pleins poumons, Pup revient avec Who will look after the dogs?, cinquième album studio et sans doute leur disque le plus frontal à ce jour. Enregistré à Los Angeles en seulement trois semaines sous la houlette du prolifique John Congleton (Baroness, Cloud Nothings, Chelsea Wolfe, Disappears...), ce nouvel opus condense l'énergie live incendiaire du groupe tout en creusant plus que jamais dans les méandres de la psyché de son chanteur, Stefan Babcock. Dès le single inaugural "Hallways", le ton est donné : riffs accrocheurs, batterie qui claque sec, et une mélancolie mordante dans les paroles. Babcock y écrit en pleine débâcle personnelle, oscillant entre lucidité désabusée et ironie salvatrice : « Cause when one door closes, it might never open / There might be no other doors ». Et pourtant, ce désespoir est porté avec une telle frénésie qu'il devient cathartique. Ce morceau marque aussi un retour à une écriture spontanée, libérée de la quête de perfection qui avait alourdi les sessions précédentes.

L'album explore, en douze titres, les relations à tous les étages : amoureuses, amicales, professionnelles, et surtout celle, souvent conflictuelle, que Babcock entretient avec lui-même. Il y a quelque chose d'émouvant dans cette manière qu'a Pup de se livrer sans filtre, tout en refusant de s'apitoyer. On y retrouve cette touche si caractéristique du groupe : un humour noir qui surgit là où on l'attend le moins, un rire nerveux face à l'abîme. Le titre de l'album lui-même en est une preuve éclatante, à la fois tragique et totalement absurde. Musicalement, c'est du Pup pur jus, mais dopé à l'adrénaline brute. Guitares tranchantes, rythmiques tendues, chœurs en cascade : le groupe a abandonné toute volonté de surproduction pour revenir à ce qu'il fait de mieux : des chansons qui sentent la sueur, les vans bondés, et les crowdsurfers en furie. Le groupe, qui avoue souvent se chamailler en studio, semble ici avoir retrouvé le plaisir de jouer ensemble, de lâcher prise, et surtout de faire du bruit. Beaucoup de bruit. En filigrane, l'album sonne aussi comme une tentative de réconciliation, avec leurs racines, avec leur métier, avec leurs émotions. Et c'est peut-être ça, la vraie victoire de Who will look after the dogs? : un album qui gueule, qui pleure, qui rigole à moitié, mais qui ne lâche rien. Parce qu'au fond, il faut bien que quelqu'un s'occupe des chiens.

Publié dans le Mag #66

Pup / Chronique LP > Morbid stuff

Pup La vie est quand même pas trop mal faite. Quand, en octobre dernier, je suis allé voir un concert de Frank Turner & The Sleeping Souls, le groupe était notamment accompagné du quatuor canadien Pup, qui a ouvert sur la tournée européenne. Le concert était énergique, et passé les premiers morceaux de mise en bouche, j'en suis ressorti avec une bonne impression. Quelques mois ont passé et au détour des dernières sorties annoncées par mon diffuseur streaming, je lance sans rien en attendre Morbid stuff, troisième album des gars de Toronto. Plusieurs dizaines d'écoutes plus tard, je ne me suis toujours pas remis de la claque magistrale que j'ai prise dans la tronche !

Car assurément, et mon ami Oli peut d'ores et déjà en prendre note pour notre bilan de fin d'année, Morbid stuff est pour moi LE disque de l'année (ok, avec la dernière production des Wildhearts et le prochain Not Scientists que je n'ai pas encore écouté, mais c'est un autre débat dont je vous dispense bien volontiers). Car Morbid stuff est assurément tout ce que j'affectionne et dans la musique, cette musique qui me fait vibrer, chanter, danser et plus si affinités. Une musique entraînante, résolument rock aux relents punks saupoudrée de noise et de hardcore, juste ce qu'il faut pour faire pencher la balance et passer d'un disque réussi à un album indispensable d'une collection qui se respecte. Comment, en effet, ne pas succomber à la pop délicieuse de "Morbid stuff" ? Comment ne pas crier au génie une fois le mélodique et puissant, le somptueux "Kids" lancé à toute allure ? Et pourquoi résister au brûlot "Free at last", aux hypnotiques "See you at your funeral" et "City" et au chaotique et véritable rouleau compresseur "Full blown meltdown" ? Pup est à l'aise dans tous les styles, que ce soit le rock, la pop, le punk et le hardcore. Avec pour dénominateurs communs des voix atypiques (à la limite de l'agacement), des guitares scintillantes et un basse/batterie monstrueusement en place. Et aussi un style déjà bien à lui, tellement riche et abouti qu'il ferait passer les morceaux plus classiques (et d'une qualité certaine) en second plan ("Scorpions hills"). C'est dire !

La qualité de ce disque est déconcertante, tant le groupe fait preuve d'une maîtrise totale de la situation et propose des compos quasi parfaites (ils sont Canadiens et pas Anglais, ne l'oublions pas, et cette mauvaise blague est bien la preuve que je ne trouve à ce disque aucun défaut). À noter que les textes ne sont pas des plus réjouissants, le frontman Stefan Babcock combattant encore les démons de la dépression, ce qui contraste avec l'entrain et l'énergie positive de l'orchestration.

Ne connaissant pas les deux premiers albums, il m'est donc difficile de mesurer l'évolution du groupe, mais ce qui est certain, c'est que je ne suis pas près de lâcher ce disque qui a de beaux jours devant lui dans mon top cinquante de tous les disques du monde. C'est peu dire !

Publié dans le Mag #38