Voilà, vos enfants qui jouaient sur le tapis du salon vous regardent l'air interloqué presque abasourdi, votre femme est devant vous, le visage rougi par la colère et vous hurle "Tu nous fais ch**r, toi et ta musique". Vous, vous êtes sur le canapé et sur les conseils de la rubrique Carousel feeling vous avez fait jouer le premier titre de l'album de Private Property sur votre chaine hifi. Même si un petit décrassage d'oreilles en famille ne peut pas faire de mal. Pour l'instant vous n'en menez pas large. Heureusement, le deuxième titre "Trance wolf" assiéra votre caution d'homme cultivé auprès de votre famille car ce titre fleure bon la mise en scène de théâtre d'improvisation subventionné. Cette comptine doucement hurlée au clair de lune destiné aux adultes fera de toute évidence le jeu de vos enfants (hahouuuuu ahouuuuuu fait le loup). Le calme étant revenu et Carousel feeling n'étant pas là pour régler pour vos problèmes familiaux et votre goût prononcé pour les musiques extrêmes, nous allons désormais chroniquer cet album sans vous y mêler.
Avant ça, parlons de sa composition, Private Property est le groupe de Nicolas Leirtrø (Earth Moon Transit) ici à la basse. Au chant c'est la tromboniste Guro Kvåle, elle officie habituellement dans Gard Nilssen's Supersonic Orchestra, pour ne citer qu'eux, car a ce petit jeu, on découvre rapidement que cette petite bande joue dans une constellation de groupes, il en est de même pour Øyvind Leite, le batteur, qui affiche une page discogs bien garnie.
Pour le contenu de l'album, il y a quelques belles improvisations qui vous transporte dans un univers arty comme on en trouve à New York. Le propos et les idées abordés dans l'album se veulent aussi revendication comme dans "Free the people" ou la liberté individuelle et collective sont exprimées durant une minute quarante-huit. "Traffic" et "Private property" sonnent comme des pamphlets, qui m'ont fait penser aux Minutemen. Pour le chant et la voix et après quelques jours de réflexion je la rapprocherais aisément de celle de Lydia Gammill du groupe Gustaf. Et bien nous y revoilà, New York et art punk ou dans le cas présent Trondheim et art punk ! "Blood work", titre doux lent à la texture organique coulera dans vos oreilles au rythme ralenti de votre sang dans vos veines. Enfin c'est une longue composition qui clôture l'album dans le vrombissement d'un violoncelle suivi d'un vacarme finalisé par un retour au calme.
Malgré une entrée fracassante, on remerciera cette propriété privée de nous ouvrir ses portes et de rendre public un album qui fait du bien et élargit l'esprit. Les marqueurs : pochette, revendications, durée des compos et liberté d'expression si chers au mouvement alternatif sont ici représenté et respecté.
Publié dans le Mag #67


