Population II

Population II / Chronique LP > Maintenant jamais

Population II - Maintenant jamais Un an et demi après notre agréable découverte du rock sauvage d'Électrons libres du Québec, Population II revient frapper à nos tympans avec un troisième album studio sorti en mars dernier sur le label québécois Bonsound (Annie-Claude Deschênes, Jonathan Personne, Elisapie). Son nom, Maintenant jamais, intrigue autant qu'il fascine. Injonction paradoxale, il semble condenser l'essence même de sa musique : imprévisible, multiple et toujours audacieuse. Il s'avère après écoute de la bande sonore qu'il s'agit en réalité du nom de deux cheums (deux potes, quoi...). En tout cas, avec ce nouvel LP, le trio montréalais confirme qu'il a une pelletée d'incroyables idées à revendre et qu'il sait les traduire en quatorze morceaux inventifs et parfaitement incarnés. Les chouchous de John Dwyer des Oh Sees affinent encore leur formule de rock psychédélique groovy et jazzy traversée d'élans heavy prog qui ne déplairaient pas aux membres de Deep Purple, Pentagram ou Black Sabbath (RIP Ozzy). Mais plutôt de que s'épancher dans de longues errances, Population II préfère choisir l'efficacité avec des formats relativement courts et directs qui confèrent à sa musique une tension supplémentaire et une redoutable accroche.

Dans Maintenant jamais, on croise quelques pièces cosmiques rappelant les arômes hallucinés des seventies ("Poudreuse blues", "13 1 3 1"), des charges frontales dignes d'un At The Drive-In sous acide ("La trippance"), mais aussi de délicieuses ballades pop psyché ("Prévisions", "Haut-fond") cohabitant avec des pépites dansantes ("Le thé est prêt", "La cache", "Mariano (Jamais je ne t'oublierai)"). Chaque piste devient alors une facette nouvelle d'un même diamant incandescent. Le travail minutieux et plein de précision de Dominic Vanchesteing (Marie Davidson, Chocolat, Peter Peter) magnifie l'album et parvient à faire jaillir à l'oreille le moindre petit détail de la richesse musicale du trio qui se singularise d'autant plus avec son chant en québécois assez unique dans le genre. Avec cette nouvelle démonstration de force, Population II n'est plus seulement une belle promesse de la scène rock psyché francophone, c'en est devenu un sujet incontournable. En attendant d'être une référence à l'avenir ?

Publié dans le Mag #67

Population II / Chronique LP > Électrons libres du Québec

Population II - Électrons libres du Québec Alors qu'un nouvel EP nommé Serpent échelle est récemment sorti (le 19 avril) en numérique et en version cassette limitée, il serait déraisonnable d'être contraint de rater plusieurs trains en vous parlant du troisième album des Québécois de Population II lancé six mois avant : Électrons libres du Québec. Vu le style proposé par le trio, un krautrock/rock psyché bien racé, on ne peut s'empêcher d'imaginer que Population II doit être un clin d'œil à Amon Düül II, la question est de savoir si un "Population" a déjà existé sous quelque forme que ce soit ? En effet, à l'époque, Amon Düül, collectif artistique allemand très engagé politiquement, se sépare en deux pour des questions de visions artistiques. Le premier nommé Amon Düül (le "I" était parfois ajouté pour ne pas le confondre avec l'ancienne version du même nom) s'éclate à improviser sous psychotropes pendant trois ans, tandis qu'Amon Düül II, avait une ambition musicale beaucoup plus sérieuse et a contribué à faire naître le krautrock, une vague du rock allemand, psychédélique et progressif, né à la fin des années 60.

Si je cite Amon Düül II, c'est aussi parce que Population II partage le côté aventureux des Allemands, mais puisent dans le meilleur de Can également (les rythmiques de "C.T.Q.S" et "Rapaillé" !) et le free-rock jazzy de Soft Machine et son école de Canterbury, tout en rappelant par petits instants Aut' Chose, une formation québécoise active dans les années 70 que j'affectionne tout particulièrement (je vous conseille de tendre l'oreille sur Prends une chance avec moé et notamment l'excellent morceau "Le freak de Montréal") et qui est mené par le verbe de Lucien Francoeur. Une comparaison alimentée par le goût de l'exploration, de la diversité des sonorités, et... l'accent québécois ! C'est un fait, le rock psychédélique en langue française avait aussi une existence outre-Atlantique et ne peut laisser indifférent pour un Français. D'ailleurs, cela n'a pas foncièrement dérangé John Dwyer des Osees qui les a entraîné pour une tournée au States tout en les signant sur son label Castle Face pour la sortie d'À la ô Terre en 2020.

Si Électrons libres du Québec fait mouche, ce n'est pas seulement dû à son style bien connu et apprécié des fans de (kraut)rock psychédélique, cela ne suffit pas. C'est bel et bien cette variété d'ambiances que le trio parsème sur son œuvre. De morceaux pétulants ("Orlando", "Lune rouge") à de charmantes plages impavides où les guitares se mettent en valeur ("Beau baptême"), Population II laisse la voix et les mots de Pierre-Luc Gratton s'infuser librement dans ce cocktail magique. Contrairement à un premier LP éponyme de deux titres d'environ 20 minutes chacun, les Québécois facilitent ici la tâche pour l'auditeur en laissant des titres ni trop longs, ni trop courts, tout en ayant pris soin de bien équilibrer le tout. Car l'on sait tous que ces genres musicaux précités n'ont pas toujours eu cure des longueurs infinies des morceaux, qui bien qu'intéressants, peuvent dépassionner voire carrément rebuter une audience.

Publié dans le Mag #60