PoiL Ueda 1 Bonjour, comment s'est monté ce projet PoiL Ueda ? J'ai l'impression qu'il y a eu de nombreuses étapes avant que tout ça prenne forme...
Après l'album précédent, Sus, nous nous sommes posés la question de la direction à prendre. Nous avons alors évoqué plusieurs pistes parmi nos désirs musicaux de longue date : approfondir le chant occitan effleuré dans Sus en collaborant avec un chœur occitan ; travailler avec un ou une ou des artistes traditionnels japonais ; monter un projet hip-hop, entre autres. Notre intérêt pour la musique japonaise remonte à loin, et nous avions déjà emprunté un thème dans un morceau de notre album Brossaklitt, puis composé un morceau qui s'appelle "Gagaku", librement inspiré du genre, qui se trouve sur l'album MulaPoiL. Nous avons entendu parler de Junko Ueda par une connaissance commune aux Pays-Bas, qui nous a donné son contact. Nous lui avons écrit un mail, elle nous a répondu, quelques semaines plus tard on se retrouvait chez elle en Espagne, et le projet a commencé à prendre forme autour d'un disque référence de son répertoire traditionnel. Ensuite, de notre côté, nous nous sommes partagés le travail, chacun avec la mission d'écrire autour d'un passage du récit. Pendant un an, nous avons écrit, répété, puis maquetté les instrumentaux, que nous avons envoyé à Junko, qui a de son côté rajouté par-dessus sa voix et son biwa. Pour finir, nous nous sommes retrouvés tous ensemble en septembre 2021 pour une résidence à Lyon, avant une première série de concerts.

Comment expliquez-vous que la première tournée européenne de PoiL Ueda a été initiée un an et demi avant la sortie du disque ? Y'avait-il une envie de mettre en avant l'aspect live, l'enregistrement n'était-il que du "bonus" ?
Avec PoiL, nous avons presque toujours commencé par jouer les morceaux en concert avant de les enregistrer. Notre milieu naturel, c'est la scène, le studio sert à fixer la musique une fois qu'on en est satisfait à force de la jouer.

C'est peut-être une question bête, mais cela m'intrigue : comment arrive-t-on à communiquer en musique avec une artiste qui n'est pas occidentale et qui ne pratique pas du tout votre forme d'art ? Quel vocabulaire utilisez-vous pour vous mettre en accord ? Par ailleurs, est-ce qu'elle connaissait un peu la scène rock et PoiL ?
Junko Ueda connaissait déjà le langage musical occidental, elle avait déjà travaillé avec des compositeurs contemporains. C'était donc très facile de l'intégrer à une partition. La vraie difficulté consistait pour nous à ne pas détruire ce qui fait la subtilité de son art : pas de temps prédéfini à l'exécution, par exemple, tout en conservant ce qui fait la spécificité de notre style : temps ultra précis, pour garder le même exemple. Finalement, et assez curieusement, nous avons réussi à faire coexister deux temps musicaux différents dans un même espace. Elle ne connaissait pas PoiL, mais nous a raconté que notre énergie lui a tout de suite parlé. Elle connaissait d'autres groupes de rock, plus "classiques".

Est-ce que le disque a été enregistré en direct tous ensemble ou individuellement ? Et avez-vous enregistré dans des conditions particulières, une salle spéciale ou dans un petit studio ?
Nous avons enregistré tous ensemble, avec la possibilité pour chacun de refaire ce qu'il a raté lors de la prise d'ensemble.

Comment arrive-t-on à organiser une tournée européenne avec ce genre de spectacle ? Est-ce que la cible est difficile à trouver ? Est-ce un casse-tête ? Par exemple, pour Paris, je vous verrais bien jouer au Triton, la salle programme pas mal de projets jazz et sophistiqués ou la Dynamo à Pantin...
Globalement, nous contactons beaucoup de lieux, orgas dont on se sent proches artistiquement et/ou humainement. Nous avons la chance que ça réponde avec pas mal d'enthousiasme sur PoiL Ueda. Après, effectivement, ce n'est pas non plus facile sur plusieurs aspects. Déjà jouer en France, nous avons l'impression de toujours mendier des concerts à des programmateurs/trices peu sensibles à cette musique, au point que nous avons pour ainsi dire laisser tomber. D'autre part, il faut arriver à faire coïncider dans une même tournée - et sans que ce soit complètement débile ou impossible logistiquement - des propositions à Oslo, Belgrade, Madrid et Seoul. Mais... jusque-là ça passe, nous faisons pas mal de camion.

D'après vous, quel est le public de PoiL Ueda ?
Notre public vient en partie du réseau "rock progressif", en partie des réseaux de musiques crossover/world music, plus une petite base de gens qui nous suivent depuis nos débuts.

Est-ce que ce genre d'expérience musicale assez spéciale vous a permis de changer votre regard en tant que musiciens ? Qu'avez-vous appris de cette collaboration ?
Bien sûr que ça nous a modifiés. Quant à savoir en quoi et à quel point, il faudra sans doute quelques années pour le dire.

PoiL Ueda 2 Par moment, j'ai l'impression que votre musique se rapproche vraiment de celle de l'univers de Christian Vander et de Magma. Est-ce qu'il a eu vent de votre existence ?
C'est ce qu'on dit. Nous n'avons pas vent de si, oui ou non, il connaît notre existence...

En parcourant votre univers, j'ai découvert un peu par hasard Koenji Hyakkei qui combine pour moi justement Magma et PoiL Ueda, vous connaissiez ?
Oui, nous avons déjà ouï cette musique, voire peut-être croisé leur route... mais je confonds souvent, je ne suis plus très sûr.

Qui a réalisé la pochette du disque ? Aviez-vous une direction particulière pour représenter en image ce projet ?
Il s'agit de Lilas Mala, qui avait déjà réalisé la pochette de Brossaklitt. C'est une artiste dont le travail nous plaît beaucoup. Nous n'avions pas de direction particulière, mais la teneur du récit s'est chargé de mettre Lilas dans l'ambiance.

C'est tout pour moi, merci et bravo pour cette oeuvre, un mot à ajouter ?
Nous avons enfin trouvé notre La.