Pit Samprass Salut Pierre, ça fait plaisir de te retrouver avec Naked, un disque "surprise" ! Le titre de l'album et la photo de la pochette ne laissent pas de doute : tu te mets à nu sur ce disque. Même si je sais que tu avais fait quelques représentations acoustiques pendant la tournée des 30 ans des Burning Heads, j'ai été surpris de savoir que tu préparais un disque acoustique. C'est quelque chose que tu voulais faire depuis longtemps ? Peux-tu nous faire un rapport sur la genèse de ce disque ?
Salut ! Au tout début, quand j'avais 16 ou 17 ans, il traînait une fausse Télécaster à deux balles chez moi, et un pauvre ampli 10 watts avec un trémolo. J'ai tout de suite été séduit par le son d'une guitare amplifiée et c'est ce qui m'a fait rentrer dans la musique. Ensuite, chez des potes, j'ai compris qu'avec une simple guitare acoustique on pouvait s'amuser direct, sans avoir à trimbaler tout un merdier de matos. J'ai fini par avoir une Washburn électro-acoustique, qui tenait l'accordage, contrairement à cette pauvre Télécaster, et j'ai compris que pour composer des morceaux, c'était l'outil idéal. La plupart des chansons des Burning ont été d'abord jouées en acoustique avant d'être électrifiées. Le temps est passé, un jour Guillaume des Vulgaires Machins m'a rapporté une acoustique de Montréal. Cette guitare est dans mon salon depuis plus de 15 ans et est accessible à tout instant pour se défouler, composer, s'évader. J'adore ce côté direct-play. Et puis, il y a peu de temps, Lucie, ma compagne et chanteuse dans Monde De Merde, et moi avons été conviés à chanter un ou deux morceaux chez des potes en soirée, on s'est donc tapé quelques reprises et on s'est bien amusés. En début de cette année 2022, j'ai commencé à bosser la reprise de NOFX façon Frank Turner, et j'ai posté sur les réseaux sociaux une version à l'arrache enregistrée avec mon téléphone. Et d'un coup, j'ai reçu une demande de ma fille, Malou, qui voulait que je fasse tout un album acoustique. J'ai trouvé l'idée cool, et j'avais le temps et l'endroit pour le faire chez moi sans que ça ne coûte à personne. Je me suis amusé à chercher ce que je pourrais reprendre, en essayant d'aller à l'essentiel, en changeant les tonalités, mais sans rajouter une tonne d'instruments Sur ces reprises, il n'y a donc pas de basse, ni de batterie, les guitares et la voix sont donc un peu à nu, d'où l'idée de ce titre Naked.

Le tracklisting est riche avec des choix presque évidents (NOFX, Hüsker Dü, Descendents) et des interprétations qui rappellent Opposite ("Police and thieves") dans la première moitié du disque, et des morceaux plus surprenants dans la seconde partie. C'est important pour toi de sortir du spectre punk hardcore et de présenter des titres d'artistes qui ne viennent pas forcément du rock ? Ce sont des morceaux que tu jouais souvent chez toi ?
Le tracklisting est aussi l'ordre dans lequel j'ai enregistré les morceaux. J'ai donc naturellement commencé par des chansons avec lesquelles j'ai passé la moitié de ma vie, et puis petit à petit j'ai essayé d'aller aux racines de ce que j'aimais, c'est à dire les groupes que j'ai écoutés gamin (Gainsbourg, Celentano) et des artistes qui ont occupé une partie de ma vie quand j'étais étudiant (Tracy Chapman, Suzanne Vega), il y a donc cet effet naturel d'éloignement des classiques punk rock pour aller vers quelque chose de plus large musicalement. J'ai toujours écouté d'autres styles de musique, et essayé de comprendre de quelle façon certains artistes arrivaient à poser des textes engagés (comme "I want to know") ou des textes qui parlent de sujets difficiles ("Behind the wall" : les violences conjugales). Je n'ai jamais cessé d'écouter pleins de styles différents, histoire de pouvoir m'en inspirer et de me renouveler. À partir du moment où la musique que j'entends est faite de façon sincère, honnête, ça me touche.

Quels ont été les critères pour composer ce tracklisting ?
Essayer de ne pas toujours choisir les titres les plus connus des groupes, tenter de conserver l'esprit, rester dans un ton de voix qui est le mien, tenter de composer une musique à partir de l'a capella de Tracy Chapman sans changer la mélodie de voix, essayer de faire une version en anglais d'un morceau de Gainsbourg, histoire de changer un peu. Essayer de ne pas trop ajouter d'arrangements et de pistes superficielles. Souvent, j'ai commencé par rechercher le tempo original, poser une guitare acoustique à gauche, une autre à droite, et les quelques petites notes de solos de guitare en électrique, telles qu'elles existaient déjà dans les originaux.

Pit Samprass-Naked Malgré une adaptation d'un titre de Gainsbourg, tous les morceaux sont chantés en anglais. Pourquoi ne pas t'avoir essayé à une reprise en français sachant que tu l'as déjà fait avec des cover des Vulgaires Machins ?
"I want to know" de Celentano est en italien. Je ne suis toujours pas à l'aise avec le français en musique. Il n'y a vraiment pas beaucoup de groupes dans l'esprit Rock'n'roll qui chantent bien en français. Tout le monde ne peut pas prétendre écrire comme les Vulgaires Machins. D'ailleurs, c'est même pas du français c'est du québécois ! Je suis peut-être capable de chanter en français, mais ça me demanderait un boulot de ouf, alors que j'ai toujours bossé l'anglais depuis mes 16 ans. Ça serait presque comme un nouveau départ et j'ai pas le temps en ce moment.

J'ai une affection toute particulière pour ce "I want to know" d'Adriano Celentano. Ta version, lente et épurée, est tout simplement magnifique. Tu t'es pris un peu la tête sur les arrangements ou bien c'est venu assez naturellement ?
L'album de Celentano commence par une version épurée de cette chanson et on retrouve une version plus rock sur la face B. J'ai essayé de coller au plus près de cette première. Les arrangements me sont apparus de façon assez vite et évidente, c'est comme si je devais suivre une liste déjà toute faite dans ma tête. Comme s'il n'y avait pas de doutes sur ce que je devais rajouter pour finir le morceau. C'était un peu pareil pour les arrangements des autres morceaux. Je ne sais pas ce que j'ai dans le crâne mais ça sort naturellement et au bon moment, je t'avoue que ça m'arrange un peu.

As-tu reçu des coups de main pour réaliser, arranger et enregistrer ce disque ?
J'ai tout enregistré, mixé et masterisé seul. Mais à chaque titre qui sortait, j'ai tenté de le faire écouter à mes amis proches et à Lucie pour avoir un avis direct, histoire de voir si ça tenait la route ou pas. Comme je bosse dans des salles de concerts ou des théâtres, j'ai squatté de façon assez malhonnête les sonos pour y balancer mes enregistrements et demander l'avis de mes collègues techniciens. Ça m'a permis de garder confiance et de finir le projet.

Envisages-tu de présenter Naked sur scène ? Si oui, redoutes-tu l'exercice de jouer devant un public, seul avec une guitare acoustique ?
J'ai déjà une petite semaine de calée et je répète en ce moment chez moi pour jouer cet album sur scène sans trop galérer. Pour le moment, je suis programmé sur des petites scènes ou bien dans le bar de la salle. C'est plus intimiste, ça colle mieux avec ces chansons, J'ai moins de stress à jouer ces reprises car j'aime tellement les versions originales que je suis prêt à tenter de les représenter. Au fond j'espère faire découvrir ou redécouvrir ces standards de la musique. J'aimerais que ça donne envie aux gens de réécouter les titres originaux.

Tu penses déjà à une suite ? Avec des compos peut-être ?
Pas pour le moment, je suis dans cinq projets musicaux que j'essaie de mener de front. J'ai encore quelques surprises à présenter avant de me remettre à composer en acoustique. Mais pourquoi pas, un peu plus tard... qui sait ?

Comment s'est passé le deal avec Kicking Records ? C'était évident pour toi ?
Steph (Mr Cu) est un vieux pote, on s'est croisé pas mal de fois sur les routes. C'est le premier label à qui je l'ai fait écouter. Oui, c'était un peu comme une évidence de lui demander à lui. C'est un label honnête, il m'a juste demandé si j'étais capable de jouer ces titres en live, histoire de l'aider à vendre les disques. J'avais déjà pensé à la photo de Pierre Wetzel pour la couv, et Franck Frejnik m'a aidé pour la mise en place final de l'artwork. Au départ, il m'a proposé de faire un CD, je lui ai dit, tu me connais, avec ma gentillesse habituelle, qu'un CD c'était de la merde, du coup il m'a proposé un vinyle + un cd + un t-shirt et j'étais emballé !

Tribune libre cher ami. S'il y a quelque chose à ajouter, c'est le moment !
Merci Gui pour tes questions et l'intérêt que tu portes à aider les musiciens à exister. Longue vie aux zines !