PINIOL 2018 1 C'est à force de tourner ensemble avec Ni et PoiL, que vous vous êtes dit que ce serait plus simple de fonder un groupe unique ?
François (guitariste de Ni) : C'est effectivement lors d'une tournée commune qu'on s'est dit que ça pourrait être une belle expérience de pousser plus loin la rencontre. On s'est tout de suite entendu musicalement déjà...
Boris (bassiste de PoiL) : ...comme larrons en foire !
François : Exactement, et même sur des plans... euh...
Boris : Non, non, ne dis pas ! Ouais, on a partagé quelques tournées et à force d'être dans le même camion, l'idée nous est venue.
François : C'était même dès la première tournée.
Boris : Peut-être bien, ouais, je sais plus. En tout cas, l'idée a germé et on l'a fait.

C'est un projet qui est amené à durer ?
François : On verra bien ce que l'avenir nous réserve mais, dans l'idée, oui. On voulait partir sur un projet qui débouchait sur un album, ce qu'on a fait. C'était une première pour nous d'écrire pour ce type de formation composée de deux guitares, deux basses, deux batteries, et deux claviers même s'il y en a qu'un seul. Voilà, c'était un premier jet qu'on a fort apprécié. On a même déjà tous des idées pour un prochain répertoire.
Boris : En ce qui me concerne, je n'ai même pas pensé une seule seconde à la question de la durée de ce projet. On a jamais évoqué ensemble le "one-shot", ni même qu'on soit là encore là dans 10 ans. Comme disait François, le challenge c'était déjà de le faire, de monter ce répertoire. Le groupe existe désormais, on sort notre premier album, on n'est pas près d'arrêter, on avance tout simplement.

Combien de temps faut-il pour monter de A à Z un album comme Bran coucou ?
Boris : Ça dépend si on considère l'album ou le répertoire. On a mis exactement un an pour monter le répertoire, pour travailler les morceaux afin d'avoir un set présentable sur scène. C'est un an, c'est ça ?
François : Au bout d'un an, on faisait déjà notre premier concert. Après, pour finaliser le répertoire complet de Bran coucou, ça nous a pris six mois supplémentaires.
Boris : Ouais, donc en gros un an et demi en tout, parce qu'on a tous des agendas un peu remplis.

Et l'enregistrement ?
François : Ça, c'est venu plus tard.
Boris : De la première répétition à la fin de l'enregistrement du disque, ça nous a pris deux ans, en fait.
François : L'enregistrement a eu lieu en juin dernier, quasiment un an avant sa sortie.

Comme les instruments sont doublés, comment vous arrivez à ne pas vous marcher dessus au niveau compositions ? Est-ce que vous savez d'avance qui fait quoi ? Il y a des rôles prédéfinis ?
François : Bien sûr, on avait déjà une idée de la place de chacun dans PinioL, le fait que les instruments soient doublés est un contexte particulier. On a essayé des choses dans la composition, certaines ont marché, d'autres non qu'on a dû retoucher. Mais ça reste quand même un groupe de rock qui est doublé donc on retrouve ses éléments classiques.
Boris : Après, on a pas mal utilisé des formules avec des répartitions de voix, des espèces de polyrythmies où les basses ne jouent pas en même temps comme une ligne de basse exécutée à deux basses où chacune va jouer une note sur deux. Ça permet des jeux rythmiques assez complexes du coup dans lequel le son se ballade de gauche à droite, avec une basse à gauche et une à droite, pareil pour les guitares où ça va tricoter entre la gauche et la droite, et idem pour les batteries. Au final, on va à la fois jouer des parties à l'unisson et d'autres où ça va se découpler et se complémenter. Ça permet d'enrichir l'écriture.

Est-ce que votre vision pour PinioL, c'était de faire la musique la plus complexe possible ?
François : Non, mais on pratique quand même la gymnastique rythmique et sportive du cerveau et des doigts. On officie à la base dans des groupes à la musique un peu complexe mais c'était pas du tout l'objectif premier de PinioL. Disons qu'on ne s'est pas trop posé de limites dans la composition et au niveau de la façon de jouer.
Boris : C'est plus à l'envers qu'il faut prendre la chose. On s'est dit qu'avec toutes les possibilités qui s'offraient à nous, on allait pouvoir les explorer. C'est plus comme ça qu'on prend la problématique, on ne cherche pas la complexité mais il s'avère qu'on la trouve. Le but est moins la complexité que d'explorer les possibilités de l'orchestre. Parce que ce groupe nous offre pas mal de choses notamment en polyrythmie, en écriture de couches, en jeu de timbres. Mais la complexité rythmique fait partie de notre langage, donc on ne s'en prive pas.

Qu'est-ce que PoiL ou Ni n'a pas que PinioL a ? Et vice-versa ?
Boris : Alors, une chose évidente que ni Ni, ni PoiL n'ont, et que PinioL a, c'est la force du nombre. Déjà, rien que ça, c'est incroyable. D'être sept comme ça tous ensemble sur scène, ça nous donne une assise, un poids, une sensation de clan qui est hyper forte. On se sent un peu costaud, c'est agréable. Qu'est-ce t'en dis, François ?
François : Ben il y a Ni, il y a PoiL, et il y a PinioL. On ne peut pas dire que c'est un mélange des deux univers. C'est l'écriture qui nous a amenés vers quelque chose qui est propre à PinioL. Bien sûr, on reconnaît les influences de chacune des formations de base mais je trouve qu'au final, ça fait un répertoire différent de celles-ci.

Selon vous, quelle est la meilleure expérience pour vivre pleinement PinioL, sur scène ou sur un support audio ?
Boris : Il y a pas photo !
François : Ouais, la meilleure expérience c'est sur scène bien sûr, par rapport à ce que disait Boris, cette notion de masse et d'énergie sur scène. Évidemment, on a essayé de retranscrire ça sur disque, mais il écrase le tout en deux voix en stéréo.
Boris : Dans le public, il y a différentes attentes et de qualité d'écoute. On sait qu'une partie de notre public qui nous suit est très très attentive à ce qu'on fait, qui a une tendance à essayer de comprendre ce qu'on joue, aller loin dans l'écoute et l'analyse. Pour eux, l'album va être une bonne chose parce qu'ils pourront se passer l'album plein de fois (rires). En concert, on est plus happé par l'énergie que par la précision des sources. Donc pour décortiquer un morceau ou si on cherche à comprendre ce qu'est la musique de PinioL, mieux vaut écouter l'album. Alors que pour la recevoir en pleine gueule, un concert c'est assez incomparable.

PinioL - Bran coucou Quel est votre morceau préféré de Bran coucou ? Et pourquoi ?
François : Le morceau que Boris a composé...
Boris : C'est vrai ?
François : Non, non... Je n'ai pas de morceau préféré. Tout le monde a composé dans son coin ce qui fait que tu as l'empreinte individuelle de chacun dans les compositions. Et chacune d'elles développe son propre univers, il n'y a pas de hiérarchie. Puis même un morceau qu'on va jouer un soir sur lequel je sens que la sauce ne prend pas va me faire vibrer le lendemain.
Boris : Je saurais pas non plus te dire quel morceau je préfère.

C'est votre première tournée ?
Boris : Ouais, c'est la première fois qu'on enchaine cinq dates dans la même semaine. En général on fait des petits groupements de quelques dates de concerts, mais on n'a jamais fait de grosse tournée.
François : C'est compliqué de faire dix ou quinze dates d'affilée pour PinioL car ça demande des conditions d'accueil, de l'espace pour pas que ça soit trop agressif pour les gens, la machine est plus grosse. On marche avec le réseau qu'on a avec Ni et PoiL que l'on connaît bien, mais ça reste quand même assez difficile de remplir des semaines complètes de tournée.

Comment se sont passés les premiers concerts, les sensations et le public ?
Boris : Très bien, on a été bien reçus, le public était super. On est bien content, on est sur une bonne lancée.

Vous continuez à vous découvrir sur scène ?
Boris : Non, pas spécialement.
François : Ça fait quand même un moment qu'on a commencé à faire des concerts. Les sensations ne sont plus du tout les mêmes qu'au début où le répertoire était très frais, il nous fallait une concentration à chaque instant, une sorte de décalage avec la réalité de ce qui se passait parce qu'à un moment donné, il faut lâcher le cerveau. Là, ça fait un moment qu'on est libéré de tout ça, de cette réflexion, de cette anticipation, la musique devient vraiment naturelle et ça permet d'aller chercher cette énergie qui rend le groupe plus puissant sur scène.
Boris : Voilà, c'est plus ça qui change soir après soir, nos humeurs, nos énergies, notre façon de se connecter les uns aux autres. Ça varie d'un soir à l'autre mais au niveau de la musique, ça déroule maintenant, c'est assez naturel.

Vous chantez en quelle langue exactement? J'avoue ne pas avoir tout saisi, c'est multilingue ? Du yaourt ?
François : Ah ! Le chant dans PinioL... qui est plus présent sur le disque qu'en concert. Ben, ça dépend du morceau. Il y a des textes en anglais, enfin, c'est même pas des textes ?
Boris : Il y a du latin, de l'anglais, de l'italien, du japonais, du français inventé qui est en effet une sorte de yaourt avec du français, je vois de quoi tu veux parler. Voilà, je crois que c'est tout. On a enlevé pas mal de textes en concert parce qu'on privilégie l'énergie instrumentale, qui est l'essentiel de ce qu'on a dire.

Est-ce que PinioL compte répandre sa folie à l'étranger ?
François : On est déjà parti à l'étranger, surtout en Allemagne où on a un public d'amateur vraiment motivé, hyper sympathique et généreux. Quand on va faire un concert là bas, ça en parle à droite, à gauche, et ça nous amène à en faire d'autres. Cela en devient plus simple de jouer en Allemagne qu'en France, c'est particulier, et donc aller jouer à l'étranger ouais, on y pense. Il y avait même des petits projets de traverser des mers ou autres, on n'y est pas encore mais on n'est pas contre.

Est-ce que le live est complètement fidèle au disque ?
François : La version live est assez fidèle à l'enregistrement. Il y a quelques tout petits moments où il y a une sorte de place à l'"improvisation", des moments de timbres ou de recherches sonores qui vont pas forcément être pareils que sur le disque, ce sont des choses qui se créent sur le moment. Mais sinon, la musique est très écrite donc ça doit ressembler. Après, comme disait Boris, la précision va se retrouver sur le disque car c'est très léché.

Est-ce que vous jouez en live des titres non inclus dans le disque ou bien des titres de PoiL ou Ni en bonus ?
François : Non, on ne joue que des titres de Bran coucou sur cette tournée. Au tout début de la création de PinioL, on avait envisagé de faire des titres de Ni et de PoiL et tout de suite on s'est dit que ça n'avait aucun sens de réarranger des titres des deux formations.
Boris : On voulait justement éviter que ce soit PoiL et Ni, d'où la création de PinioL et jouer uniquement la musique de ce nouveau groupe.

Cinq minutes avant de monter sur scène, ça ressemble à quoi PinioL ? C'est du genre silence total et concentration, au contraire gros bordel, ou anticipation de reproches du style "Hey, surtout te plante pas là et là, OK ?"
Boris : Ah ! Ça dépend des soirs. Ouais, l'avant-scène, ça change chaque soir. Par exemple, hier soir, il n'y en a pas vraiment eu. Je n'ai pas bien compris, tout d'un coup, hop, c'était parti, on ne s'est pas réunis avant de monter sur scène. Il y a des soirs où on prend le temps de se retrouver tous ensemble, de se dire 2-3 choses. Et des fois, ça arrive aussi ce que tu dis, "Bon, ce soir, hein, tu fais gaffe sur ce passage !", des petites mises au point comme ça. Mais le plus souvent, juste avant de monter sur scène, on se retrouve et on se fait un petit câlin.

Piniol 2018 2 Lyon semble être la capitale de la musique rock expérimental avec Dur et Doux notamment, parlez moi de cette ville et son offre culturel, ses groupes. Est-ce que ça s'entraide entre groupes à Lyon ou chacun bosse de son côté et c'est très cloisonné par scène ?
Boris : J'ai pas l'impression que je sois en mesure d'expliquer comment ça fonctionne à Lyon, mais il se trouve que nous répétons dans une salle de concert qui s'appelle le Périscope et qui a en son sein des locaux de répétition. C'est un lieu qui à la base est dédié au jazz et qui, petit à petit, s'est ouvert aux musiques actuelles amplifiées. Et dans ce même lieu, se croisent beaucoup de groupes de scènes différentes, et ça a donné naissance à un brassage de musiciens qui ont commencé à se côtoyer jusqu'à devenir pote et faire des projets musicaux ensemble. Il y a un gros crossover entre le rock et le jazz qui s'est effectué à ce niveau là, du coup, le Périscope a ouvert aussi sa programmation à ces groupes-là. Notre expérience est en lien étroit avec la constitution de notre label collectif Dur et Doux qui s'est fait sur un coup de cœur à force de tourner et qui nous a permis de rencontrer des groupes comme Ni. PoiL a fait partie des premiers groupes à avoir rejoint ce label qui a été formé par les membres de Brice Et Sa Pute. Et puis après ça, tout s'est agrégé par des coups de cœur qui n'ont pas grand chose à voir avec l'appartenance à une scène musicale puisque Brice Et Sa Pute fait de la chanson française théâtralisé, PoiL c'est encore autre chose, Ni aussi. Ce sont avant tout des rapports affectifs et passionnels qui ont réuni ces groupes. Dur et Doux est maintenant un grand vivier avec des artistes comme Pierre Pierre, un chanteur de variété qui côtoie aussi bien Ni que La Degustación, un groupe de punk barcelonais. C'est hyper hétéroclite, je ne saurais pas expliquer pourquoi.

OK, mais à Lyon tu as des groupes qui ne sont pas chez Dur et Doux. Comme votre musique est assez violente par moments, je me demandais si vous aviez des affinités avec des formations comme le métal par exemple.
François : Comme dit Boris, notre environnement musical est basé sur l'humain et les rencontres amicales. Et je pense que le Périscope est un super lieu pour vivre ça. Tu as raison, il y a plein de groupes sur Lyon, mais on les connait pas tous et je crois pas que les affinités se fassent grâce à un style musical commun. Il y a des bulles un peu différentes sur Lyon y compris dans la musique underground et barrée, mais certaines écoles ne se croisent pas forcément, des fois si, voilà, c'est la vie quoi !

Ce soir, c'est une soirée Dur et Doux, vous venez d'évoquer un peu le label. Des choses à rajouter là dessus ?
François : Ouais, c'est un collectif amical avant tout, ensuite culinaire.
Boris : Ah ouais, et accessoirement musical !
François : Oui, c'est très riche, ce qui est bien parce que ça permet de ne pas rester un univers unique. Et les gens peuvent aller sur le site, il y a la liste des artistes qui est assez conséquente, et t'as des groupes qu'existaient avant le label et d'autres qui se sont créés grâce à lui comme PinioL. Il y a de tout, de la folk toute douce, de la musique électronique, de la pop, du punk, donc comme dans un bon cochon, tout est bon (rires).