Oslo Indie Fest 2023 Jeudi 4 mai 2023

C'est le Jour J, départ de l'aéroport Charles de Gaulle, je monte à bord d'un ... Boeing, dans mes écouteurs "Manhattan skyline" de A-Ha, l'avion décolle... Comment va faire le jeune passager en bermuda devant moi ? Sait-il qu'à notre arrivée, il fera cinq degrés ? Cette idée du froid m'a préoccupé jusqu'à l'atterrissage. À mon arrivée, sur le quai de gare qui me mènera à Oslo Sentralstasjon, j'ai l'agréable sensation d'être dans un frigo à côté du ventilo. C'est frais, je n'avais pas ressenti ça depuis de lointaines vacances au ski.

Une demi-heure de train et me voilà en gare d'Oslo, c'est un bloc de bâtiments énormes où vous pouvez tout à fait vous perdre dans un gigantesque centre commercial de plusieurs étages, si vous ne prenez pas la bonne porte. Les chambres d'hôtel coûtant un bras, je n'ai eu d'autre choix que d'opter pour l'auberge de jeunesse et son dortoir en lits superposés. Le temps de faire mon lit au carré et prendre une douche règlementaire, je pars à la conquête d'Oslo.

Les festivités commencent plus tôt que prévu, dès le jeudi, avec deux groupes Hey, Wait ! et Killer Kid Mozart.
C'est le moment de vous présenter le premier lieu où se déroule le festival. Il s'agit du Kulturhuset, situé Young Gates 6, où l'on retrouve sur 2000 m² répartis sur 3 étages, 3 salles de concert ou dancefloor (Boksen, Laboratoriet, Hovedromet), 3 bars qui ne servent pas les mêmes bières (craft évidemment), une pizzeria, un restaurant et une salle immense où l'on peut jouer au shuffleboard sur des tables de championnat. Le bâtiment a même reçu un prix d'excellence d'architecture en 2018.

Le temps de vérifier que la pinte de bière avoisine les 15 euros (on ne m'avait pas menti), je vais prendre place pour le concert de Hey, Wait !. Ce que j'avais pris pour une bande de copains qui répète le samedi après-midi dans son garage se révèle être un groupe indie aux compositions de bonne facture. Je suis surpris par le fait que le groupe fasse bloc sur des chansons si lumineuses, les guitares savent se faire entendre (le sol vibre sous mes pieds). Le show est pro et carré, je décide de les interviewer.

C'est ensuite à Killer Kid Mozart d'investir la scène, je n'ai bien entendu pas eu le temps d'écouter leurs albums car ce concert a été programmé à la dernière minute. Les trois premiers titres ne vont pas m'emballer mais il faut que le groupe se chauffe un peu et par la suite, ça le fait. Ils sont de plus en plus soudés, c'est looké beaucoup plus rock que Hey, Wait!, le chanteur a la voix caractéristique de la prolifique vague pop anglaise du début des années 2010... ce n'est pas pour me déplaire. Un bon set bien décoiffant, ça bouge bien sur scène. Au fur à mesure du show, le public s'investit et chante parfois, preuve qu'ils ont quelques hits. Tout ce déluge de pop rugueuse et saturée finira avec quelques guitares envoyées au plafond puis explicitement frottées aux amplis pour mieux saluer un parterre conquis.

the switch the switch Vendredi 5 mai 2023

Je n'ai absolument pas préparé mes interviews prévues, je me dis qu'une balade sur le Fjord m'inspirera. J'embarque, je branche l'album des Porto Geese dans les portugaises, l'air frais marin, le soleil et le délicieux rythme de croisière font couler l'encre sur mon carnet. Les doux paysages qui défilent mêlés à la musique psychédélique des Porto Geese, c'est comme une recette sucrée salée dont on ne sait laquelle des saveurs on préfère. L'interview est prévue vers 17h15 au Kulturehuset... Et puis non ! Message de Bendik (l'un des guitariste) à 16h30 : "Nous avons un petit studio à cinq minutes de Kulturhuset, tu peux passer, on boira une bière."
Sympa, mais studio ? Veulent-ils dire leur appartement ? Je m'interroge sur le double sens du mot. Je me mets en chemin, mais surtout je me perds pour parvenir au studio et je commence à m'enfoncer dans un Oslo beaucoup moins lisse que celui que j'arpentais cent mètres avant.

Ça sent le haschich dans la rue et le coin n'est pas fréquenté que par des enfants de chœur et pour le coup je me sens comme un touriste avec sa banane et son appareil photo autour du coup (normal, j'en ai un avec un mac bien visible dans le dos). Je fais demi-tour et trouve. L'interview est terminée, le timing est serré, je dois assister au concert The Little Hands Of Asphalt à 19h30.

Serré certes mais je dois vous présenter le deuxième lieu du festival. Le Skogen est la salle de concert située au-dessous du Camping d'Oslo. Je vous sens un peu perdu (comme moi sur la carte en arrivant). Sachez que le Camping est un mini-golf d'intérieur très grand, c'est paradoxal, j'en conviens. Pour y être allé, les balles de golf glissent à vive allure sous votre siège quand vous buvez votre bière, l'idée est plutôt originale.
J'arrive au Skogen, la fréquentation est timide, le show ne devrait pas tarder à commencer. J'aperçois Mads qui sera le photographe de ce report. Mads est un jeune norvégien de vingt-deux ans, sa passion est de créer des souvenirs, documenter et raconter des histoires. Il photographie des concerts depuis l'âge de 13 ans ! Il aime la musique norvégienne, non seulement parce qu'il a eu l'occasion de travailler avec beaucoup d'artistes, mais aussi parce qu'elle est incroyable : Sigrid, Aurora, Highasakite, Isák, Sondre Justad, Julie Bergan et bien d'autres. Je laisse Mads à son travail, il doit photographier 15 groupes chaque soir sur deux lieux et plusieurs niveaux différents. On peut retrouver son travail sur Instagram : fotopettersen.

The Little Hands Of Asphalt, n'est autre que le projet solo du chanteur de Flight Mode, Sjur. Il enchaîne les morceaux acoustiques, changeant de sonorités autant que de guitares, les chansons sont souvent touchantes, probablement toujours écrites avec beaucoup de cœur. Son set s'achèvera avec cette chanson qui avait déjà attendri mes oreilles "Foreverest", mot valise cher à Boris Vian et petit bijou entêtant et mélodique taillé dans la montagne la plus haute du monde.

Direction le Laboratoriet pour découvrir un groupe de jeunes musiciens de Bergen nommé depuis six ans, Fucales. Ils se définissent eux même comme un buffet de sonorités humides où on vous propose aussi bien de déguster du shoegaze, de la noise, de l'indie rock, le tout saupoudré de quelques éléments de jazz. La recette me convient et je trouve le mélange cuisiné avec justesse. Je vous conseille d'écouter "Verona" et leur dernier EP Norwegian seaweed society, pt.1.

ticket oslo indie fest Retour au Skogen pour The Switch, groupe gagnant du Spellemann (Grammy norvégien) du meilleur album en 2016, qui sortira ensuite Birds of paradise, puis Macca/Jawakka 1 et Macca/Jawakka 2, respectivement en 2020 et 2021. Autant vous dire qu'avec eux, on se promène dans les verdoyantes campagnes de la pop anglaise et je suis parfois décontenancé par des ambiances de salon anglais où quelqu'un aurait mis une infusion cosmique dans la théière. Mention spéciale à l'organiste (ou clavier) qui donne une dimension différente au show comparé aux albums.

Il est temps de remonter au 3ème étage du Kulturhuset pour les mecs de Porto Geese. Une couleur rouge unique et une diffusion fractale blanche en fond de scène seront leur seule mise en scène. Fidèles à leurs principes, ils joueront aussi fort que possible, un tel volume provoque forcément des déplacements d'air qui créent une ambiance sonique assez envoutante. Le lieu s'est considérablement rempli, les festivités devraient durer une bonne partie de la nuit avec un DJ set de Bärd Berg.

Samedi 6 mai 2023

Je dois préparer mes trois interviews pour ce soir, mais je ne vais pas m'enfermer pour si peu. Il est temps d'aller visiter le lieu où le black metal norvégien a vu le jour, ou plutôt les ténèbres, j'ai nommé ou devrais-je incanter le Neseblod.
Tous les amateurs de black metal savent que le Neseblod est le magasin de disques ayant appartenu à Euronymous, fondateur du groupe Mayhem et qu'il ne faut pas confondre black metal norvégien et black metal suédois. Sacrilège !!! Pour les autres qui ne savent pas où ils mettent les pieds, je conseille la lecture des Seigneurs du chaos aux éditions Camion Noir ou pour les cinéphiles, le film de Jonas Akerlund, The lords of chaos (pour ces deux références pas besoin d'être fan de musiques extrêmes).

Sur la route, je croise trois personnes avec les mêmes T-shirts de Tom Waits. Tiens Tom Waits doit jouer à Oslo... mais je n'ai vu aucune affiche... Bizarre. J'approche du quartier du Neseblod, il est midi et demi passé et des dizaines, peut être des centaines de personnes font la queue devant les bars et ils ont toujours ces foutus t-shirts de Tom Waits. Je ne maintiendrai pas l'interrogation comme elle m'a tenu. Ce premier samedi de mai, c'est le Tom Waits-løpet, une course qui se fait de bars en bars, qui commence dans les pubs de Ruinparken et se termine au café Fiasco du centre-ville. La devise est donc : De la ruine au fiasco ! Les Cadillac sont de sortie et la bière va couler à flots.

Je ne vous gâcherai pas le plaisir de la visite de Neseblod en vous décrivant ce monument de fond en comble. Pourtant, un fait troublant s'est produit lorsque j'ai visité l'antre du black metal inner circle. J'avais photographié l'inscription black metal dans la légendaire cave et en sortant, la photo avait disparu de mon appareil. Probablement les mystères du seigneur Satan. Ne nous égarons pas, si nous sommes ici, ça n'est pas pour le black metal, mais pour la musique indé ! 18h30, l'accès au Skogen est fermé, je me pose alors au mini golf de l'Oslo camping. Les golfeurs et golfeuses sont nombreux, ça putt sévère ce soir.

Je ne ferai pas mes interviews. Imposer un planning strict aux artistes pour y répondre entre les balances, les retrouvailles et l'évènement, c'est impossible surtout qu'il y a beaucoup trop de bruit pour que j'actionne mon enregistreur. Tout ceci sera mailé, il ne me reste qu'à profiter en posant quelques questions au milieu de conversations avec les musiciens en guise de pré-interview (c'était beau d'y croire, je n'ai rien retenu).

19h30 au Skogen, Valleypolicella entre sur scène, je retrouve ce que j'ai aimé sur disque, cette pop rock directe, emballée dans du velours. Les paroles sont accrocheuses (l'album ne quitte pas ma tête depuis deux semaines) et les thèmes faciles d'accès. Tore le leader et chanteur du groupe impose autant par la sensibilité de sa voix que par sa taille. Les autres membres du groupe n'ont pas l'air d'en être à leur première performance sur scène. Voilà un bel enchainement de pop songs qui mêlent bonheur tapageur et parfois douce mélancolie. Encore un gros de cœur pour moi cette année.

Beezewax Beezewax Mineral avait réussi à me faire déplacer jusqu'à Milan, Jimmy Eat World jusqu'aux Pays-Bas, en Allemagne, et également en Belgique, et j'ai trouvé Flight Mode assez convaincant pour me faire voyager jusqu'en Norvège. Je croise Sjur avant leur set : "Je te présente Kenneth Flatnes parfois il vient faire des voix et des hurlements au studio, on les enregistre, c'est lui les backing vocals sur "Dö yoü rëmëmbër"."

Kenneth (Beezewax) m'avait prévenu avec un grand sourire : "Tu verras, il y aura dans le public des gens étranges". Le groupe bénéficie en effet d'une bonne popularité à Oslo et le Skogen s'étoffe de quelques looks originaux (crâne rasé tatoué en salopette camel ou à l'inverse d'un grand gothique aux cheveux roux colorés au henné). Flight Mode jouera les titres de ses deux EPs en mode shuffle. Il est agréable de mettre enfin des silhouettes et des visages sur ses membres. Le public lentement chauffé par les compositions, finira par pogoter sur "Sixteen" qui clôture le set.

À travers le monde, il existe des monstres légendaires : les Tibétains ont le Yéti, les Écossais ont le monstre du Loch Ness, Les Norvégiens ont les Trolls et Jötnar, mais ils possèdent une autre légende, c'est Beezewax. Un groupe dont on connait l'existence, mais que l'on a rarement vu. Le line-up de 2002 a été reformé cette année, c'est celui de l'époque de l'album Oh Tahoe et pour le set, le groupe a sélectionné dix titres issus de cinq de leurs albums. Ça commence fort par le très influencé Dinosaur Jr. "The snooze is on", sorti en 1997. S'ensuit l'imparable "Play it safe", qui les aura révélés aux branchés de la VPC de compact disc punk des années 2000, lorsque pour les labels punk, il était de bon ton d'avoir un groupe pop dans son écurie. Du même South of boredom, seront joués "And it's all about you" et "In the stands". Quatre titres de Oh Tahoe dont le classieux et très anglais "Brighton concorde" ou "Phonebooth minutes", titre tendu et parfois noise, et enfin deux hits fabuleux de Peace jazz que sont "Rainbows" et "Closer". Sur scène, c'est la grande forme et le public qui a attendu depuis vingt ans ce show à domicile ne se laisse pas prier pour exprimer sa joie. J'entends derrière moi "C'est Brighton concorde", sauf que tout est joué sans piano et sans ajout d'instruments ou arrangements studio, c'est beaucoup plus brut. J'adore ! Le show s'achèvera par le sublime "Graffiti" aux accents dreampop...