Orpheum Black Le groupe s'est monté quelques mois avant le confinement, vous n'avez pas eu des moments de doute quand tout était arrêté ?
Romain : Je crois qu'étonnamment, ça nous a plus rapproché qu'autre chose. Finalement, nous n'avions rien d'autre à faire de notre temps que de réfléchir et de trouver du plaisir là où c'était possible. Le musique est une belle échappatoire et ça faisait longtemps que je n'avais pas pu me poser avec mon instrument juste par simple plaisir d'explorer et jouer. On a donc écrit de la musique à distance à base de visios et d'échanges d'enregistrements. Elle se retrouve sur notre premier album Sequel(s).

L'an dernier, vous avez intégré deux nouveaux membres, quelles sont les principales qualités requises pour jouer dans Orpheum Black ?
Romain : Je crois que la principale qualité requise pour jouer dans Orpheum Black est de rester ouvert et curieux. On cherche à mêler plusieurs arts pour en tirer une esthétique qui nous est propre. Il faut donc sans cesse explorer de nouveaux horizons et ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort.
Mélodie : Oui, sortir de sa zone de confort et avoir une sensibilité artistique également, au-delà de la musique. Il est important que chacun de nous se sente concerné par l'univers que l'on développe, et si chacun peut y amener sa patte, c'est encore mieux !

Alexis, tu es le dernier arrivé, les morceaux étaient déjà écrits, tu as pu te faire ta place quand même ?
Alexis : On a eu assez de temps entre mon arrivée et les premières dates pour que j'intègre les morceaux et que je puisse les reprendre à ma sauce, ajouter des petits breaks, changer les grooves etc. On m'a surtout demandé de jouer droit et que ça groove. Une fois les structures intégrées, on a bossé pour que la section rythmique, qui inclut Romain, soit bien en phase, que ça déroule pour les voix et les mélodies. Le but est d'être puissant et efficace comme sur "Inner world" ou "My tribe" mais aussi parfois plus en finesse et au service des voix comme "Deep blue" et "Firefly".

Le groove est un élément important, tout comme le mariage des chants, quel élément arrive en premier dans la composition ?
Romain : Généralement, on compose en amont avec Greg. On met en place une structure assez sommaire mais qui donne bien le ton et l'ambiance du morceau. On propose ça ensuite au reste de l'équipe et, si ça accroche, alors chacun y met sa patte. C'est vraiment à ce moment-là que le groove peut se mettre en place. La musique arrive donc avant le chant. Après, c'est une façon de faire qui a fonctionné avec l'ancien line-up. Les choses ont changé et je pense que l'on va essayer d'autres approches quant à la composition de notre musique.

Les sonorités des guitares sont très variées, c'est un travail dès le début ou c'est le genre de choses qui se fixe en studio ?
Romain : L'idée, c'est de trouver le bon son et la bonne sonorité dès le départ. Je pense qu'il est plus simple de donner le meilleur de soi et d'avoir la bonne couleur si l'on prend le temps d'y réfléchir en amont. Ça permet de créer une bulle de son dans laquelle on est bien. Évidemment, en studio, on peut pousser les détails et c'est ça qui est excitant car on peut trouver le son qui colle parfaitement à chacun des morceaux. Je n'aime pas trop quand un disque est trop homogène et que l'on retrouve dix fois le même son de caisse claire, dix fois le même son de basse, etc. Je trouve que l'écoute est plus stimulante lorsque chaque morceau a vraiment son identité tout en restant cohérent dans un ensemble. C'est quelque chose que l'on a mieux réussi avec Outer space. On a tous pas mal de matos. On peut donc faire pas mal de tests avec tout un tas de guitares/pédales/claviers. Avec Greg, on aime bien jouer avec les banques de sons... C'est un aspect important de notre musique car elles servent à donner une fondation à certains de nos morceaux. On a en plus la chance d'être entourés d'artisans locaux de grande qualité comme CDM Custom Labs et Guitar Mecano. On entretient une bonne relation avec eux et ils nous ont permis d'avoir un peu plus de matos à disposition lors de l'enregistrement du disque. Nous avons donc pu affiner les sons en testant tout un tas de combinaisons amplis/baffles/guitares/pédales. On a enregistré à l'ancienne, comme tu peux le voir, et c'est quelque chose auquel on tient. Nous n'avons pas envie d'avoir le même son que d'autres groupes. C'est important pour pouvoir nous démarquer.

Sur certaines parties de gratte, je sens un certain amour pour David Gilmour, je me trompe ?
Romain : C'est marrant que tu dises ça car jusqu'à la sortie d'Outer space, on ne nous avait jamais fait la réflexion. J'aime beaucoup Pink Floyd, et David Gilmour est un peu le Miles Davis du rock selon moi. Toujours le bon son, la bonne note et la bonne intention. C'est une vraie légende. Il a été une influence plutôt tardive sur mon jeu de guitare car avant je m'intéressais davantage aux techniciens. Sur Outer space, il y a un côté assez aérien sur pas mal de passages instrumentaux. Cela permet d'aborder le jeu et le son de guitare différemment. Pour la petite histoire, il n'y avait à l'origine ni solo ni de phrasés sur "Deep blue". Lorsqu'on a mis le morceau en boite, Stéphane qui était aux manettes m'a dit : « Il manque un truc sur ce morceau ». Je lui ai répondu « Quoi ? » et, là, il me sort spontanément : « David Gilmour. Il faut que tu improvises tout le long comme David Gilmour le ferait ». On a donc relancé le morceau et j'ai essayé de libérer le David Gilmour qui est en moi (rires). Évidemment, on a sorti la Strat' pour l'occasion et il a fallu que j'utilise le Floyd. Truc que je ne fais jamais ! En tout cas, c'était un exercice très chouette et très spontané.

Vous donnez de nombreux concerts, vous avez encore de la pression sur certaines dates ?
Alexis : Moi oui, mais ce sont mes premiers avec eux et je me la mets tout seul, c'est de la "bonne pression", elle me fait monter sur scène. Le but est d'encore plus savourer les moments passés en live, sans contaminer les autres. C'est de la motivation plus qu'autre chose, ça décuple ce que je ressens et c'est tellement bon !
Romain : Jamais. Je suis toujours très excité et impatient avant de monter sur scène. Je me sens un peu invincible derrière ma guitare (rires).
Mélodie : La pression, je ne sais pas si c'est le mot. Nous, on se challenge pour donner le meilleur, mais on essaie d'aborder chaque scène de la même manière, avec la même énergie. En revanche, on garde cette petite excitation, nos petits rituels d'avant scène, quoi qu'il arrive !

Parmi les concerts à venir, il y a une date au Motocultor, vous y serez tout le week-end ?
Romain : Je crois qu'on y sera dès le dimanche pour pouvoir voir quelques groupes !
Alexis : Dès le samedi plutôt, avant de jouer le dimanche en début d'aprèm et profiter de la fin du fest'.

Orpheum Black-Outer space Vous accordez beaucoup d'importance aux clips, parmi les "vieux", quel est votre préféré ?
Alexis : Je ne suis pas objectif car j'ai bossé dessus, mais clairement "Together & alone" ! C'est très cinématique, il a une belle esthétique, à titre personnel j'en suis très fier, et j'adore le morceau !
Romain : Ils ont tous quelque chose de spécial et d'unique. C'est très compliqué d'en choisir un car il y a toujours une histoire derrière. Je les aime vraiment tous. Pour la symbolique, je vais dire "Unsaid forever" car c'est Mélodie qui l'a réalisé en autonomie et nous avons tous été bluffés par son esthétisme !
Mélodie : De mon côté, je vais pencher pour "Strangest dream", c'était le premier clip scénarisé du projet, et c'est celui qui nous a donné le goût de continuer à développer toute une histoire à travers ceux qui ont suivi.

Celui de "Deep blue" vient de sortir, il va être suivi par "Innerworld" début juillet, quelle est l'idée derrière ce "duo" ?
Mélodie : On l'a imaginé et conçu comme un court métrage aux côtés de l'équipe de DTMC Productions. Il y a ces deux clips, mais des petites capsules narratives autour, que j'invite les gens à découvrir. L'idée, c'était de créer un vrai champ de narration, et de donner suite et fin à l'histoire distillée sur l'album précédent. Les ambiances sont radicalement différentes, les énergies aussi, c'est une évolution. La métaphore derrière tout ça, c'est qu'on peut tous surmonter nos traumatismes, nos "séquelles", pour avancer et se retrouver.

Avoir deux clips "reliés", ça permet aussi de baisser les coûts ?
Mélodie : On pourrait le penser... Néanmoins, c'est deux fois plus d'images ! Et ça n'est pas un paramètre auquel nous avons pensé. Le but était pour nous de créer un chemin narratif surtout. Pour ce projet, nous avons cumulé une bonne semaine de tournage étalée dans six lieux différents, et nous avions une plus grosse équipe que sur les clips précédents. C'est un projet dont nous sommes très fiers mais qui fait partie des plus gros challenges du groupe à ce jour.

"Innerworld" est selon moi un des meilleurs morceaux du nouvel album, si vous avez choisi de le faire en vidéo, c'est aussi votre sentiment ?
Romain : C'est un morceau plus direct et punchy. On avait besoin de montrer qu'Orpheum Black, c'est aussi des moments plus intenses. On l'a écrit vraiment peu de temps avant d'entrer en studio. Après une écoute de ce que nous avions déjà prévu, on s'est dit qu'il fallait quelque chose qui puisse faire bouger les gens en concert ! C'est également un morceau qui montre bien l'apport de Nathan dans le groupe : un côté plus tribal et bestial.

Vous avez fait un passage sur la Hell Stage l'an dernier. L'an prochain, on vous retrouve sur l'affiche du HellFest ?
Romain : Rien n'est prévu pour le moment, mais ce serait avec plaisir.

À part ça, qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ?
Romain : Réussir à vivre de notre musique. Ce serait vraiment un vrai kiff de pouvoir écrire et jouer ensemble sans devoir gérer tous les à-côtés d'un groupe en émergence.
Mélodie : Continuer de pouvoir tourner, et de faire vivre nos envies et nos projets !