Oneida - Rated O Après un premier chapitre fourmillant d'idées mais composé de seulement trois titres (certes fleuves mais bon...) et mêlant joyeusement tout ce que le groupe avait sous la main, revoici les Oneida présentent le deuxième volet de leur trilogie discographique, intitulé "Thank you parents" avec un Rated O composé de. 3 disques (rien que ça), compilés dans un digipak plutôt classe et une quinzaine de titres qui permettent d'entrevoir de manière quasi exhaustive l'incroyable palette artistique de ce groupe prolifique, inventif et hors norme. Et là, forcément, au rayon défrichage musical et originalité décousue, les natifs de Brooklyn ne l'ont pas vraiment joué petit bras. On appelle aussi ça : un joyeux bordel. Mais ça en vaut la peine. et pas qu'un peu.

Acte I : Oneida ouvre le feu avec "Brownout in Lagos", pur condensé d'électro aux beats pénétrants et de rock bruitiste bercé d'incantations shamaniques. Halluciné et percutant. Du grand art en moins de 6 minutes pour les Américains qui d'entrée de jeu, mettent la barre assez huat. Etonnant mais électrisant comme jamais. A ce moment-là, on le sait, va falloir s'accrocher pour suivre les furieux. D'autant qu'il y a encore quatorze morceaux comme ça. Enfin non, pas comme ça justement. Car, les Américains ne font jamais de fois la même chose. Jamais. "What's up, Jackal ?" en est la meilleure illustration. Sorte de délire sous LSD dopé aux élucubrations sonores que ne renierait certainement pas un Mike Patton des grands soirs, ce deuxième titre s'inscrit dans la démarche de cohérence expérimentale initiée par le groupe. "10:30 at the Oasis" et son krautrock noisy inflammable vient renforcer cet état de faits en imposant sa construction rythmique et son inspiration électronique... que "Story of O" viendra justement contredire. De par son côté déstructuré, il vient ainsi rompre un temps avec ce qui faisait l'implacable efficacité des premiers titres pour dévoiler une autre facette d'un groupe, toujours sur le fil du rasoir et définitivement jongleur de sons ("The human factor" et son drone narcotique à souhait).

Acte II : On a bien appréhendé l'aspect électronique, drone et rock synthétique puissant aux effluves mystique, alors Oneida va changer de registre et se lancer dans les expérimentations dont il a le secret. Mais pas que. Alliage fulgurant de stoner orageux et de krautrock échevelé, "The river" fait parler les riffs de guitares et nous renvoient à nos explorations psychédéliques des meilleurs groupes de stone(r) rock, le côté "tornade synthétique qui emporte tout" en plus. Groove démoniaque, riff no-wave clinquant, transe psyché-rock et effluves soniques héritées des premiers rois du désert, les Américains poursuivent leur épopée électrique aux confins des immensités désertiques sans jamais se départir de cette froide et asphyxiante saturation qui s'empare de la plupart de ses compos ("I will haunt"). Sauf sur "The life you preferred" où les furieux se la jouent vraie/fausse country pour nous embrumer l'esprit avec ses effets de répétition. Et si le résultat n'est très clairement pas à la hauteur de ce que le groupe sait faire de mieux, ça nous permet de nous changer les idées avant la suite et notamment l'instrumental "Ghost in the room", puis l'enfiévré "Saturday" et ses débordements mystiques de nouveau éclairés par des guitares légèrement enfumées. Pour conclure ce second disque, on oublie les envolées space-rock sous additifs pour se laisser gagner par l'efficacité noisy plus brute d'"It was a wall", puis par l'hybridation rock/électro/nawak total bluffante d'un excellentissime "Luxury travel" biberonné aux sons des Shellac et autres Fugazi. La classe quoi.

Acte III : Pour ceux qui ont survécu à l'écriture bouillonnante et la virtuosité formelle des deux premiers disques (c'est sûr que ça change un peu de 90% de la production rock actuelle), voici un troisième et dernier, assez curieusement compartimenté. Un titre relativement court ("End of time" et ses 3'51 d'étrangeté bruitiste un peu autiste), court étant ici forcément relatif, entouré de deux autres fleuves (13 minutes pour l'un, plus de vingt pour l'autre.) et on embarque dans le pick-up pour un "very mad trip" électrique sous acide. Sulfureux mais complètement fascinant, bien qu'un brin longuet à la troisième écoute... au moment-même où on commence paradoxalement à en saisir toutes les subtilités justement. "O", moitié du titre de l'album est ainsi une sorte de long jam folk psychédélique et envoûtant qui, s'il s'éternise un peu par moments, n'en possède pas moins des vertus neuroleptiques qui viennent s'opposer au caractère compact et frontal des compos que l'on retrouvait sur les deux premiers volets de l'album. En guise de final, on se prend une grosse vingtaine de minutes d'un périple musical oscillant entre folk psychotrope et rock caniculaire ("Folk wisdom", tout est dans le titre... ou presque). Une sorte de symphonie psychée tourmentée et finalement emportée par une véritable tempête de rock amplifié, magistral point d'orgue de cet album hybride et inventif, imparfait évidemment mais constamment inspiré. Du très haut niveau.