Olafur Arnalds - For Now I am Winter De cette Islande dont toute une myriade de musiciens surdoués nous renvoient régulièrement les échos soniques d'une beauté panoramique épurée et ataraxique (Björk, Sigur Ros, Of Monsters And Men, Sóley, Múm et consorts...), Olafur Arnalds n'est pas le moindre des génies. Le petit prince de la musique néo-classique venue du froid a pendant des années fait les beaux jours du label qui n'en finit plus de tutoyer les cieux : Erased Tapes (Nils Frahm, Peter Broderick, Rival Consoles...), pour finalement s'en aller tenter l'expérience d'une major. C'est finalement via Mercury Classics (Universal donc) que paraît From now I am winter, le troisième album long-format du prodige islandais (il n'a "que" 27 ans). Un petit bouleversement dans la trajectoire jusque-là idyllique du pianiste/compositeur nordique.

Quelques mélodies malicieusement cachées dans un flocon (le très beau "Sudden throw", "Brim" et ses pulsations électro/pop envoûtantes, l'éponyme "From now I am winter" et sa complainte vocale feutrée), des arrangements à l'amplitude harmonique comme à l'accoutumée ineffable ("Reclaim"), Olafur Arnalds compose toujours sa partition avec un talent hors-norme et pourtant, l'album n'est pas constamment à la hauteur de ce que l'Islandais a pu écrire par le passé. Ni de son potentiel on l'a dit, quasi inégalé à son âge. Enfin pas toujours. Car s'il ne force pas forcément son talent sur "Worlds of amber", si la construction de "Reclaim" est parfois dommageable (comme l'omniprésence de son chant venant encombrer les instrumentations par ailleurs, on l'évoquait plus haut, magnifiquement épurées), il n'en reste pas moins que From now I am winter réserve quelques moments de beauté lacrymale incomparable ("A sutter", "Hands be still"). Mais pas que.

S'il est parfois en roue libre, un peu trop sur ses acquis ou comme limité dans ses mouvements ("Old skin", "We (too) shall rest", "Carry me anew") - son changement de maison de disques y serait-il pour quelque chose ?-, le natif de Mosfellsbær, petite cité de même pas dix mille âmes nichées à quelques encablures de Reykjavik, parvient à retrouver sa magie sur "This place was a shelter" et plus encore pour le sublime "Only the winds", soit LA pépite de l'album. Une petite merveille de (néo)classicisme raffiné qui rappelle que quand il veut, Olafur Arnalds peut tutoyer des sommets. Et s'il a d'ores et déjà promis qu'il continuerait de collaborer avec Erased Tapes à l'avenir, le label qui on le rappelle lui a offert ses lettres de noblesses et l'a propulsé parmi les grands, on peut certainement attendre de la suite de ses pérégrinations discographiques de très belles choses dans un futur assez proche.