Olafur Arnalds - Eulogy for evolution Il était une fois une petite île du Nord de l'Europe recelant des talents musicaux rares, insoupçonnés, ceux-ci ne demandant qu'à exprimer leurs dons bien aux-delà de leurs frontières, tout simplement pour ne pas priver le monde de biens aussi précieux. Que l'on aime ou pas Björk, Sigur Ros, Múm ou Amiina pour ne citer qu'eux, il faut bien reconnaître une chose, la concentration de pépites musicales est, sur cette île, pour le moins étonnante. Alors comment ne pas poser son regard du côté de Mosfellsbaer, petite cité de quelques 8000 âmes située à quelques encablures de Reykjavik (17 kilomètres pour êtres précis) quand on sait que les Sigur Ros y ont installé leur studio, que les Múm en ont fait de même et que tout le monde là-bas parle d'une nouvelle découverte ? Un jeune homme d'une vingtaine de printemps seulement dont on dit monts et merveilles, un auteur dont il se murmure qu'il serait un paradoxe à lui tout seul doublé d'un véritable diamant brut. Surdoué, précoce et collaborateur des bûcherons teutons d'Heaven Shall Burn au sortir de l'adolescence, Olafur Arnalds, puisque c'est de lui dont il s'agit, est un compositeur multi-instrumentiste d'inspiration... classique et contemporaine. Comme quoi, on peut collaborer avec un groupe de metal bien bourrin et se nourrir du raffinement intemporel de l'oeuvre d'un Arvö Part ou d'un Max Richter. C'est aussi ça avoir le talent de coucher sur une partition des musiques qui savent repousser les frontières, faire oublier les codes et conventions pour aller à l'essentiel...
On cède alors à la curiosité et on se laisse instantanément envoûter par "0040" (tous les morceaux d'Eulogy for evolution sont identifiés par une série de chiffres...). Cordes célestes, mélodies scintillantes, quelques accords de piano qui courent le long de notre épiderme, cajolant notre âme et libérant un fluide harmonique qui génère en nous des émotions troublantes ("0048/0729"), on est déjà sous le charme. "Classique" d'inspiration, moderne de part son écriture, (les deux notions n'étant définitivement pas incompatibles), ce disque est un peu le fantasme de tout mélomane désireux de rester en prise directe avec le réel, de ne pas sans cesse avoir l'esprit tourné vers le passé. Des compositions au souffle mélodique d'un Anton Dvorák, des panoramas musicaux sur lesquels l'association piano-violons fait des merveilles, renvoyant à la contemplation des paysages enneigés de son Islande natale, Olafur Arnalds fait dès son premier essai preuve d'une maturité ahurissante et démontre sans l'ombre d'un doute que les échos plus que flatteurs qui enveloppent sa musique n'ont rien d'usurpés. Ce piano qui nous plonge dans un cocon émotionnel sur "1440" malgré quelques esquisses mélodiques parfois naïves (il faut bien trouver quelques défauts...), ces crescendo passionnels qui enflamment "1953", cette sensibilité à fleur de peau qui marque les esprits sur "3055" où Olafur s'essaye au post-rock dynamique avec une élégance rare, tout ou presque est ici mesuré, porté par une écriture à la fois intimiste et fiévreuse. Quelques tentations plus expérimentales sur "3326" et les cordes qui semblent se battre en duel(s), avant un dernier morceau où l'islandais ose fusionner des élements rock heavy à ses arrangements post-classiques, comme les réminiscences d'un background métallique qui seraient venues s'insinuer bruyamment dans son esprit de compositeur. Alors que le temps s'est déjà arrêté lorsque s'égrène les dernières notes de "3704/3837", Eulogy for evolution, s'affirme définitivement comme l'oeuvre d'un surdoué qui, quarante minutes durant, nous aura fait vivre un véritable rêve éveillé...