Oh Sees - Face Stabber Quasiment un an jour pour jour après le lancement du ténébreux Smote reverser, la bande du stakhanoviste américain John Dwyer remet le couvert avec Face stabber, leur 22ème album depuis 2003. Et ce n'est pas pour 40 minutes puisque le disque contient 1h20 de musique à travers 14 titres (dont un comptant une vingtaine de minutes). Alors, soit le groupe en garde beaucoup sous le pied, soit la phobie de ne plus être sur la route ou en studio est trop forte, ou autre explication bancale : ces types sont des cyborgs du son. Franchement, on n'est pas loin de le croire vu le résultat absolument magique et de classe mondiale obtenu sur ce dernier méfait des Oh Sees.

Si Face stabber est si long, c'est tout simplement parce qu'il rassemble en son sein un nombre important de plages faites d'improvisation sous contrôle, que sans doute certains qualifieront sans retenue "d'expérimentales", pour que le résultat colle au mieux aux prestations scéniques de cette formation à deux batteurs, à l'image de "Scutum & scorpius" qui pendant 14 minutes laisse défiler notes sur notes à la fois furtives et étirées. Mais très souvent, ces jams, au sein desquels la basse ne respecte même plus les silences, se retrouvent à l'intérieur de formats beaucoup plus courts où des instruments comme le saxo ("The experimenter") ou le mellotron ("Henchlock") s'expriment sans retenue. Oh Sees n'a pas tout chamboulé non plus, le groupe se sent confortablement bien dans sa formule 70's teintée de krautrock ("The daily heavy", la très CANienne "Snickersnee"), de rock psychédélique ("Fu Xi", "Psy-ops dispatch") et de heavy-punk ("Gholü", "Heartworm") sans refouler d'autres styles comme le funk et le prog-rock par exemple, ou même l'ambiant avec le mystique "Captain loosely" !

Cette nouvelle galette, qui rend hommage au guitariste Greg Enlow (membre de Living Grateful et The Strange Boys) décédé en mars dernier à l'âge de 33 ans, est intense et se démarque aussi et surtout par un équilibre imparable dans la variété des sons (une douzaine d'instruments), dans les types de compositions (longues, courtes, avec et sans impro), et dans l'approche des ambiances fournies (dansantes, hypnotiques, violentes, calmes...). Une attention de la formation pour ses auditeurs ou fans afin de leur montrer que dans la continuité, il est toujours possible d'éviter l'écueil de la redite. Et de prouver par la même occasion que le rock n'a jamais été aussi vivant.